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Suite de l’article « Le travail de l’ASPSP pour la sauvegarde des variétés paysannes du mil », journal de la 4ème Foire de Djimini, 2014.

Par Irina Vekcha*

I. Résumé de l’article Travail de l’ASPSP sur la sauvegarde du mil, 2014.

Mbaye (Babacar) Diouf, un paysan pilote de l’UGPM, Union des groupements paysans de Meckhé et membre de l’ASPSP, Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes, a commencé, à partir de 2007 le travail de sauvegarde des variétés locales du mil de son terroir, après avoir reçu la formation sur la production de semences paysannes, organisée par l’ASPSP en 2006..

Fils de paysan, originaire du village de Lissar, région de Thiès, Sénégal, il connait bien la problématique de la semence.

Il avait une expérience de travail avec l'ISRA, l’Institut Sénégalaise de recherche agronomique et le CERAAS, Centre de Recherche sur l’Amélioration de l’Adaptation à la Sécheresse, en participant dans les essais en milieu paysan sur les nouvelles variétés du niébé et de mil, essais menés dans son champ.

Ces expériences ont montré à Mbaye Diouf l’intérêt des variétés paysannes: leur adaptation, bon rendement, l’autonomie semencière, sans utilisation de produits toxiques, sans dépense pour le paquet technologique cher, etc.

Il a commencé par l’élaboration d’un répertoire des variétés paysannes du mil pour sa zone de culture.

Les enquêtes qu’il a mené sur les variétés locales du mil dans sa zone lui ont montré l’existence de 3 anciennes variétés de mil: la variété Khoune, la variété Lack et la variété Makhaly, variétés en voie de disparition, menacées fortement par les variétés de la recherche.

Mbaye Diouf a élaboré un programme de sauvegarde de ces variétés, programme consistant à chercher les souches, les multiplier et réintroduire chacune des variétés dans sa localité d’origine.

Il était confronté au problème de difficulté de respect des longues distances d’isolement - 1 kilomètre - entre les parcelles des variétés différentes du mil, plante allogame. Ce problème existe dans son terroir à cause de la proximité des parcelles de paysans qui cultivent des variétés différentes, problème dû plutôt au manque de terres cultivables, qu’à l’ignorance des règles de production de semences.

Mbaye Diouf a fait l’analyse de la situation et a réalisé la nécessité de s’organiser avec d’autres paysans de son village. Malgré leur méfiance initiale face à la nouveauté de l’approche, il a su les convaincre pour travailler ensemble.

Il a élaboré une stratégie pour réussir la production de semences de 3 variétés, en respectant les conditions requises permettant d’éviter la dégénérescence des variétés par pollinisation non contrôlée.

Il a regroupé dans un le même endroit les parcelles des paysans qui cultivent la même variété, pour avoir un rayon de 500 m autour de la parcelle de production de semences afin de la protégé contre la pollinisation non contrôlée par les variétés des parcelles voisines.

C'est lui-même qui a géré la parcelle de production de semences et c'est lui qui a fourni aux paysans qui ont collaborés avec lui, les semences dont ils avaient besoin .

Il a fait ce genre de travail avec chacune de 3 variétés.

Ensemble avec d’autres paysans, il a réussi à produire les semences de 3 variétés, variété Makhaly, Lack et Khoune.

Ensuite, il a fait la réintroduction des variétés dans leurs terroirs, en remettant les semences de chacune des variétés aux paysans qui lui ont fournis les semences de départ, au début de ses recherches.

Maintenant, ces variétés sont bien implantées, chacune dans son terroir, où elles constituent l’essentiel de la production: Makhaly – à Lissar, Souna Lack - dans le village de Lack et Souna Khoune – à Gade Koule. Chaque terroir a sa semence, la semence de la variété originaire de son terroir.

Avant, les 3 variétés avaient une faible superficie et étaient en voie de disparition. Maintenant, elles s’étendent sur plus de 100 ha, cultivées par 60 producteurs.

La production de semences est effectuée par Mbaye Diouf en utilisant les pratiques agro écologiques:

  • Utilisation de la fertilisation organique ; compost ou fumier decomposé,
  • Labour peu profond
  • Rotation des cultures.
  • Biodiversité :
  • Cultures associées, mil / niébé
  • Haies vives,
  • Utilisation des énergies renouvelables: solaire, biogaz
  • Lutte biologique au champ avec les produits biologiques; neem, piment, feuille de tomate, etc
  • Conservation des semences en utilisant le fongicide - insecticide naturel: huile de neem, de ricin, urine de vache, etc.

II Questions générales sur le mil.

Domestication du mil.

Beaucoup d’espèces de céréale sont originaires d’Afrique de l’Ouest, notamment le mil à chandelle, le sorgho, l’eleusine, le mil éthiopien et le fonio.

Le mil à chandelle ou petit mil Pennisetum glaucum semble avoir été domestiqué aux environs de 6000 avant J.-C en Afrique sahélienne.

Centres de domestication des plantes cultivées.

L’Afrique de l’Ouest qui est le centre de domestication du mil à chandelle possède la plus grande richesse des variétés du mil dans le monde, et de ce fait les variétés locales des paysans du Sahel présentent une valeur inestimable!

Le mil à chandelles est la céréale la plus tolérante à la sécheresse. Il est cultivé dans des régions où la pluviométrie annuelle se situe entre 150 et 800 millimètres

Réseau Mils de l'Inde, MINI et concept des mils.

Le Réseau Mils de l'Inde, MINI, est une alliance indienne comprenant 65 institution et individus, notamment les agriculteurs, les scientifiques, les décideurs politiques, les groupes de la société civile, etc.

Le réseau a élaboré le concept selon lequel, la culture du mil ne se limite pas uniquement à une gamme étroite d’espèces, mais c’est un formidable concept qui englobe la biodiversité, les systèmes de production écologiques ainsi que la souveraineté alimentaire de populations rurales.

Pendant des milliers d'années, les producteurs des mils ont cultivaient une large gamme de mils, comme , le mil à chandelles, le sorgho, le mil des oiseaux, l'éleusine, le petit millet, mil Kodo, mil proso, le mil japonais, à côtés des legumineuses : le pois d'Angole Cajanus cajan, haricot mungo Vigna radiata, niébé, lentilleset les oléagineux: sésame, amarante, carthame, moutarde,etc. Ils produisent un système alimentaire extraordinaire qui peut sécuriser l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture de l’Inde.

C’est pourquoi la MINI a refusé d'appeler les mils «  céréales d’importance secondaires » et les a renommé « céréales les plus importantes pour la nutrition (Nutri-cereals) ».

Après une demi-décennie de la lutte pour mettre le mil au centre de la politique alimentaire public de l’Inde, le réseau Mils de l'Inde a réussi à amener le mil dans le système alimentaire public de l’Inde, ainsi mettant fin à la domination exclusive du riz et du blé.

Nouveau Réseau indo-africain des Mils,

Le Réseau indo-africain des Mils, Africa - India Millet Network, est né en 2013, résultant des travaux d'organisations de protection de l'environnements de l'Inde et de l'Afrique de l'Ouest. Ces organisations considèrent le mil comme un lien, à travers une plante alimentaire, entre l'Inde et l'Afrique, en particulier en raison sa grande valeur nutritionnelle, etc.

D'après le coordinateur du Réseau Mils de l'Inde P. V. Satheesh, la production de mil en Inde a diminué de 50 % au cours des deux dernières décennies, principalement à cause de manque des mesures incitatives en faveur des agriculteurs et de manque de politique adéquate d’accompagnement.

Les membres du Réseau des Mils de l'Inde aiment à dire, que le mil n’est pas seulement la culture, il est tout un concept. Partout en Inde le mil n’est jamais cultivé seul, mais toujours en combinaison avec un grand nombre d'autres cultures qui incluent d'autres mils, les légumineuses, les oléagineux, les légumes, et un grand nombre d’autres cultures, chacune avec le cycle cultural différents et différentes utilisations.

Dans le district de Medak il y a un système qui comprend 12 différents espèces cultivées sur chaque site.

Ces cultures, semées à peu près au même moment, viennent à maturité aux différents moments, et répondent à la plupart des besoins alimentaires des communautés concernées.

Non seulement ces cultures peuvent se développer sur les sols dégradés, ils ont également besoin de très peu d'eau (parfois poussent en utilisant seulement l'humidité du sol). Le plus étonnant est ce que ces cultures ont été développées depuis des générations par certaines des communautés les plus pauvres et les plus marginalisées!

Reproduction du mil.

Le mil à des fleurs hermaphrodites ou bisexuées, cependant il possède le mécanisme favorisant l’allogamie appelé la protogynie 

Dans le cas de la protogynie, on observe le décalage dans le temps entre les floraisons mâle et femelle, de manière que la floraison femelle précède de quelques jours la floraison mâle. A part le mil, il y a d’autres plantes qui possèdent la protogynie : ricin, manioc, avocatier, cacaoyer.

La protogynie est beaucoup plus rare que la protandrie, qui est le décalage dans le temps entre les floraisons mâle et femelle où la floraison mâle précède de quelques jours, 1 à 5 jours, la floraison femelle. Ex.: maïs, oignon, tournesol, betterave, carotte.

Dans le cas du mil, sur un même épi, on observe 2 vagues de floraison : d’abord, la floraison femelle, ensuite, 2-4 jours plus tard – la floraison mâle; chaque fleur fonctionne d’abord comme une fleur femelle, ensuite – comme une fleur mâle.

Le mil est une plante allogame avec le taux de fécondation croisée de 80%.

Le mil, en tant que plante allogame, possède une grande variabilité génétique.

Variétés paysannes du mil.

Les variétés traditionnelles du mil peuvent être classées en 3 groupes : les Sounas (variétés précoces), les Sanios (variétés tardives) et la variété Tiotandé spécifique de la vallée du fleuve Sénégal (mil de décrue);

La recherche ne connait pas bien les variétés traditionnelles du mil, malgré les programmes de recherche existants.

Problèmes de production de semences du mil au Sénégal.

Le mil étant une plante allogame, son mode de reproduction impose à l’agriculteur une vigilance particulière. Il faut respecter les distances d’isolement entre les parcelles des variétés différentes de 1 km pour préserver l’identité variétale. Ceci est difficile au Sénégal, vue le manque de terres cultivables.

Il est possible de multiplier plusieurs variétés du mil dans une ferme paysanne, en jouant sur les dates de semis, avec le décalage des dates de semis des variétés différentes, et en contre saison, malgré les faibles rendements obtenus à cette période peu propice pour le mil.

III Multiplication du mil en contre saison, 2015 – 2016.

Contexte : l’hivernage 2015 était une année de sécheresse, ainsi la multiplication de 3 variétés de mil local n’a pas pu se faire normalement et le risque de la perte de ces variétés est devenu réel.

Mbaye Diouf a gardé une petite réserve de semences de ces variétés, restant des semis de l’hivernage 2015. Ces semences provenaient des récoltes novembre 2014.

En principe, ces réserve pourrait lui permettre de multiplier les 3 variétés en hivernage qui suivit. Cependant, pour lui, il y avait un risque de baisse de la faculté germinative des semences, si on devait les ressemer en hivernage prochain 2016, la période de conservation de ses stocks, entre la récolte novembre 2014 et semis juillet 2016 était de plus d’un an et donc ne repondait pas au critere de durée de conservation de la semence - mère de la production de semences.

La durée acceptable de la conservation de semence - mère utilisées pour la production de semences, d’après les normes de production de semences paysannes, est normalement ne doit pas depasser 1 an, pour les cultures hivernales, conservées dans des conditions traditionnelles locales (et a la température ambiante).

Sur la base de ces considérations, Mbaye Diouf a pris la décision de multiplier les 3 variétés pendant la contre saison 2015 -2016.

La multiplication des variétés du mil en contre saison n’est pas une activité courante chez les paysans, et il a fait la reflection sur de nombreux problèmes que cela comporte:

  • Il faut avoir la possibilité d’arrosage des plantes pendant 3 mois,
  • Il faut résoudre le problème d’isolement de 3 variétés, pour éviter les croisements non controlés
  • Il faut résoudre le problème de menaces des oiseaux granivores pendant la période de maturation des graines.
  • Il faut s’attendre à des faibles rendements puisque la période de contre saison n’est pas une période propice pour le mil.
  • Il faut se décider entre le choix de la 1re et 2e contre saison et fixer de la date de semis.

Concernant le problème d’isolement de 3 variétés, la solution qui s’imposait était l’isolement dans le temps, en différant la date de semis de 3 variétés.

Concernant le problème d’accès à l’eau d’irrigation, il a décidé de faire un branchement sur le forage du village de Begul, avec la distance forage – parcelle de multiplication de 64m.

La multiplication se faisait dans une parcelle du village de Lissar: le périmètre total de 750 m2 avec la superficie de chacune des 3 parcelles de 250 m2 par variété, le périmètre étant situé derrière la maison de Mbaye Diouf.

Les dates de semis étaient:

  • le 10 novembre 2015  pour la variété Makhaly
  • le 25 novembre 2015  pour la variété Lack
  • le 10 décembre 2015  pour la variété Khoune.

Le problème de menaces des oiseaux granivores pendant la période maturité – récolte a été réglé par la combinaison de 2 méthodes: 

  • la protection des épis avec un tissu moustiquaire. Au moment de la maturation, il faisait la sélection des meilleurs épis et il les enveloppait par groupe de 3-5 épis dans un morceau de tissu.
  • la surveillance quotidienne durant toute la journée effectuée par lui-même et sa famille ; pendant la période de maturation – récolte.

La quantité récoltée de semences était de:

  • Variété Makhaly: 2 kg
  • Variété Lack: 1 kg
  • Variété Khoune:1.5 kg

Les semences récoltées étaient destinées à être semées pendant l’hivernage 2016 avec une garantie de bonne qualité de semences.

Pendant toute la durée de l’expérimentation, les parcelles ont été visitées par les paysans de la zone de Meckhé et des environnes. Ils ont manifesté un grand intérêt pour l’expérimentation, ont posé beaucoup de questions et ont bien apprécié le travail.

Conclusion  sur l’expérimentation «Multiplication du mil en contre saison»: l’objectif fixé est atteint: on a multiplié les semences de 3 variétés du mil afin de pour pouvoir disposer de semence - mère de qualité requise pour la production de semences hivernage 2016.

IV Pépinières du mil.

Expérimentation 2016.

Contexte: l’année de sécheresse passée a beaucoup marquée les esprits et la réflexion sur la recherche des moyens de lutte contre la sécheresse se poursuivait. Ainsi, Mbaye Diouf a décidé d’expérimenter la méthode de pépinières du mil.

Il a parti de la connaissance de la pratique fréquente de repiquage des plantes de mil pendant le démariage, opération pratiquée au début du cycle de la culture de mil, pratique ancienne, en voie de disparition

Pour son expérimentation, il a choisi comme source de la semence, les semences  de 3 variétés multipliées en contre saison 2015 -2016.

  • La date de semis en pépinière : 14 mai 2016.
  • La parcelle de pépinière était située dans la cour de la maison de Mbaye Diouf.
  • La superficie de la parcelle élémentaire: 1.5 m2 par variété.
  • Le texte de germination a donné un bon résultat: la levée était bonne.
  • La source d’eau: le branchement sur le forage du village de Begul.
  • Le dispositif comportait le semis simultané de 3 variétés.
  • Le repiquage a été effectué dans les 3 champs bien distants du village de Lissar, il s’agit de l’isolement dans l’espace, avec des distances d’isolement dépassant largement la distance règlementaire de 1 000 m.
  • La date de repiquage: 10 aout 2016.

Les 3 parcelles de repiquage:

  • variété Makhali, 0.75 ha situé au sud du Lissar,
  • variété Lack, 1.0 ha, association mil / niébé Mbaye Gagne  situé à l’ouest Lissar,
  • variété Khoune, 0.5 ha situé à est du Lissar

L’association mil / niébé variété Baye Gagne avait des plantes du niébé grimpées sur les plantes de mil.

Les 3 parcelles ont donné de belles récoltes, confirmant ainsi l’intérêt de la méthode de pépinières de mil. Depuis cette date, il continue à faire des pépinières du mil chaque année.

Expérimentation 2018.

L’hivernage 2018 est caractérisé par la sécheresse de debut du cycle dans village de Lissar, comme dans toute la zone centre du Sénégal. Les pluies ont commencés au mois de juin ont été suisit d’une longue pause pluviométrique pour revenir vers la fin du mois d’aout. Ceci a accasionné la mortalité importante des jeunes plantules pour la plupart des cultures hivernales : mil, sorgho, maïs, arachide.

L’expérimentation portant sur les pépinières de mil s’est déroulé ainsi :

  • Semis en pépinière  de 3 variétés Makhaly, Lack, Khoune: 3 mai 2018
  • Repiquage de 3 variétés: 2 juin, avec comme résultat la perte de la parcelle de repiquage du au problème de sécheresse.
  • Reprise de l’expérimentation : semis en pépinière  de 3 variétés: 2 juillet 2018
  • Repiquage de 3 variétés: 26 aout 2018
  • Superficie de parcelle élémentaire : 10 m2 / variété
  • Les 3 parcelles élémentaires faisaient partie du même périmètre, regroupées ainsi pour faciliter l'entretien des parcelles. Avec ces parcelles rapprochées, le problème de respect de l’isolement de 3 variétés se posait et Mbaye Diouf, par sa propre initiative, a trouvé une solution originale. Il a laissé dans chaque poquet 7 - 8 plantes de mil, sans les démariées, jusqu'à leur développement complète. On moment de la floraison, il a fait envelopper les épis par groupe de plusieurs épis provenant des plantes différentes et en utilisant le papier padex
  • Récolte ; 27 novembre 2018, en moyen 25 épis / provenant de 20-22 plantes différentes.

Ces semences ont permit de sauvegarder les variétés local du mil menacées par la sécheresse.

V Case de semences communautaires.

Elle a été construite par l’ASPSP et devenue fonctionnelle en 2017, dans le cadre du Projet de Renforcement du réseau des producteurs des semences paysannes, 2016 -2018.

Mbaye Diouf, point focal de la zone UGPM, est responsable de la production de semences, gestion de la case des semences, formation des producteurs, recherche paysanne.

La production de semences se fait dans la ferme agro écologique de Lissar.

Construction de la case de semences paysannes à Lissar. La première production des semences destinées à la case de semences était faite pendant ‘hivernage 2017.

Les activités de la ferme et de la case de semences sont dirigées par Mbaye Diouf.

La liste des semences de la case de Lissar :

  • Mil variété Makhaly
  • Mil variété Lack
  • Mil variété Khoune
  • Sorgho variété Blanc de Ndegemar
  • Sorgho variété Rouge Tin
  • Courge variété Lequete
  • Courge variété Mbante
  • Niébé variété Baye Ngagne
  • Niébé variété Ndiage Aw
  • Echantillons de semences des variétés cultivées à Lissar. Echantillons de semences des variétés cultivées à Lissar.

Liste des variétés en expérimentation dans la ferme de Lissar (variétés venant de la Foire de Djimini 2016 et 2018:

  • Mil Torognon de Mali
  • Gombo de Guinée
  • Tomate de Kielle, Sénégal, etc.

 

Encadré I Catalogue des variétés.

Catalogue Régional des Espèces et Variétés Végétales CEDEAO –-UEMOA – CILSS, 2016.

96 variétés du mil, dont

7 variété enregistrées par l’ISRA ( obtenteur), Sénégal :

  • Souna 3, nature génétique: Synthétique, formée à partir de 5 lignées provenant des populations locales sénégalaise PC 28 et PC 31, date d’obtention 1 969, obtenteur ISRA
  • IBV 8001, Synthétique, formée à partir de 3 populations locales : 700516 ( Nigeria), Serere 2A et Cassady ( Ouganda), date d’obtention 1 989, obtenteur ISRA
  • IBV 8004, Synthétique, formée à partir de 4 populations, locales : 700516 ( Nigeria), Serere 2A, Serere 14 et Souna 3, date d’obtention 1 983, obtenteur ISRA
  • BMV 8402, Synthétique, formée à partir 13 lignées ICMI, date d’obtention 1 984, obtenteur ISRA
  • ISMI 9507, Synthétique, formée à partir 3 lignées en F7, date d’obtention 1 995, obtenteur ISRA
  • Gawane, population locale Sénégal, date d’obtention 2 006, obtenteur ISRA
  • Thialack 2, population locale Sénégal, date d’obtention 2008, obtenteur ISRA

VI Système semencier officiel

Le système semencier officiel national comprend les éléments suivants :

  • seules les variétés inscrites au catalogue national sont acceptées pour la production et commercialisation de semences, il s’agit essentiellement de variétés produites et présentées par les stations de la recherche.
  • les semences produites doivent être obligatoirement certifiées par les agents de l’état, la DISEM pour garantir que les semences produites sont conformes aux normes du système.
  • Le système est basé sur la notion de « semences de pré base, semences de base et semences certifiées », où les  semences de pré base sont obligatoirement obtenues auprès des stations de recherche.
  • Les stations de la recherche sont chargées de la multiplication des semences de pré base à partir des semences de souche qui sont initialement fournies par le sélectionneur qui a « créé » la variété.
  • le paysan est autorisé à intervenir à la dernière étape de la production de semences :
  • production semences certifiées 
  • le paysan multiplicateur doit signer un contrat et suivre les règles dictées par l’encadrement technique sans aucun écart

Implications de la législation semencière nationale :

  • Les semences paysannes ne sont pas reconnues par le système formel
  • Les paysans ne sont par reconnues en tant que spécialistes de production de semences

Conséquences du système semencier officiel

  • pour la biodiversité : disparition des variétés paysannes
  • pour les paysans ; disparition de leur savoir faire en tant que sélectionneurs et producteurs de semences
  • pour les agronomes et chercheurs : manque de connaissance sur la valeur des variétés paysannes et le rôle du paysan en tant de producteur compétant de semences.

VII Législation semencière sous régionale.

Elle est composée de

  • REGLEMENT N°03/2009/CM/UEMOA et
  • CATALOGUE REGIONAL DES ESPECES ET VARIETES VEGETALES DE L’UNION

REGLEMENT N°03/2009/CM/UEMOA portant harmonisation des règles regissant le contrôl de qualité, la certification et le commercialisation des semences végétales et plants dans l'UEMOA

Le règlement sous régionale, fruit de la vague d’harmonisation des lois et règlements, stipuleen autre, que pour être produite et commercialisée, toute variété doit être inscrite au catalogue spécial appelé Catalogue ouest-africain des espèces et variétés végétales, COAFEV.

D'après ce règlement, chaque Etat membre accepte sur son territoire les semences inscrites aux Catalogue ouest-africain des espèces et variétés végétales, COAFEV.

  • Principe d’harmonisation

Article 4 «  Aux fins de la réalisation de l’harmonisation visée par le présent Règlement, l’Union contribue au rapprochement des politiques et des actions des Etats membres en matière de semences et plants ».

  • Principe de libre circulation des semences et plants.

CATALOGUE REGIONAL DES ESPECES ET VARIETES VEGETALES DE L’UNION OU CREVU : le catalogue des espèces et variétés végétales commun aux Etats membres de l’UEMOA il est constitué par la somme des variétés inscrites dans les catalogues nationaux des États membres.

Article 19 : Variétés à multiplier

Seules peuvent être multipliées, en vue de la certification, les semences et plants de variétés inscrites au Catalogue national ou au CREVU

VIII Analyse.

Ce programme de recherche est lé résultat de 12 ans d'étroite collaboration entre les paysans producteurs de semences paysannes et les chercheurs indépendants travaillants dans le domaine de sélection variétale et production de semences, les deux parties partageant les même intérêt et qui tout au long du travail ont aboutit à la même vision sur la problématique de la semence..

Le travail sur la sauvegarde des variétés locales du mil présente une grande importance. Basé largement sur l’initiative paysanne il a permit de preserver la patrimoine génétique du mil menace de disparition suite à une série d'années de secheresse; un autre facteur qui contribue à cette disparition est l'intervention des programmes de la recherche officielle mal adaptés aux besoins réels du monde rural, recherche qui ne s’intéresse pas beaucoup aux variétés paysannes.

Certes la recherche publique et privée a fait de nombreuses prospections pour collecter toute la biodiversité cultivée qui est concervée dans dans les différentes banques de gènes de l’ICRISAT, ISRA et même dans le Reserve mondiale des semences de Svalbard située sur une ile arctique.

Ces variétés collectées librement et offerte gracieusement par les paysans aux chercheurs perdent leurs nom local et sont appele desormé « entréé », enregistré son un numéro.

Ces entrées sont destinées à etre utilisées, en tant que matière première de sélectionneurs, dans les programmes pour les croisements donnant des nouvelles variétés, acceptées d’après les critères du système de sélection variétale officielle. Ces nouvelles variétés, une fois homologuées, vont entrer dans le système officielle de production de semences, avec comme produit finale - les semences certifiées de ces variétés qui seront vendues aux paysans, si ces derniers acceptent de les acheter.

Ces collections constituent la négation de la valeur intrinsèque des variétés paysannes et du travail de sélection accomplit par les générations de paysans qui les ont sélectionné.

Le terme «  variété paysanne » ne figure pas dans les documents scientifiques, où on utilise plutôt les termes « variété locale » ou « variété traditionnelle », les termes qui sous - entendent que ces variété sont le résultat de la sélection naturelle opérant dans un milieu particulier, auquel s’ajoute le facteur « pratiques culturales ».

A part la sélection classique des variétés dites améliorées qui constituent l’essentiel des variétés proposées par la recherche aux paysans, il est apparue depuis quelque temps des variétés protégées par les droits de propriété intellectuelle qui donne un droit à une firme d’avoir le monopole. Le COV, le certificat d'obtention végétale, est utilisé pour les semences non OGM en France et en Afrique de l’Ouest et le brevet - pour les semences OGM.

Ces variétés protégées par les droits de propriété intellectuelle existent déjà en Afrique de l’Ouest, avec le cas le plus célébre de la variété Violet de Galmi de l’oignon, originaire du Niger, et donc, d’apres la vision paysanne, créée par les paysans du Niger. La Société Tropicasem, basée au Sénégal a obtenue le COV pour le Violet de Galmi, delivré par l’OAPI, Organisation Africaine de la Propriété intellectuelle, en 2008, qui lui était retiré par cette même OAPI suite à une série de protestation contre cette pratique qualifiée par les paysans du Niger de «confiscation des efforts des communautés d’agriculteurs de Galmi », pour finalement  obtenir le COV pour cette variété , en changeant son nom pour «  Violet de Damani », dont les semences circulent en vente partout en Afrique de l’Ouest.

La majorité des petits producteurs qui achetent les semences de Violet de Damani n’est pas au courent qu’il s’agit de la variété qui est devenue le monopole de la Tropicasem, avec toutes les consuéquences de ce droit exclusif privé.

Concernant le travail sur la sauvegarde des variétés paysannes du mil de Mbaye Diouf, certes, il a reçu la formation et l’encadrement nécessaire de la part de la recherche indépendante, mais, l’essentiel de travail sur la sauvegarde des variétés locales du mil était faite par lui-même. C’est une confirmation de la réalité, reconnue par beaucoup de scientifiques, que le paysan est le plus grand expert en matière de sélection variétale et production de semences. Le paysan était toujours le premier chercheur depuis l’apparition de l’humanité,

Sa motivation est supérieure à celle de la recherche officielle, puisque pour le paysan, il s’agit de préserver le patrimoine de sa communauté, résultat de travail d’ innombrables générations qui l’ont précédées.

Les plantes cultivées étaient domestiquées par les communautés, elles constituent son un bien le plus précieux, puisque les variétés paysannes ont assuré la survie des communautés pendant les années de bonne et mauvaise pluviométrie.

La recherche officielle doit s’ouvrir à la réalité et travailler étroitement avec les paysans.

Ce cercle vicieux instaurant la séparation entre la recherche et les paysans est la conséquence des lois existantes sur les semences.

Les lois et les politiques existantes ne facilitent leur entente.

La recherche paysanne ne bénéficie presque d’aucun soutient financier. Le travail de Mbaye Diouf était basé essentiellement sur l’enthousiasmes, avec comme moyens financiers, l’autofinancement et quelques dons de bonnes volontés. Mais le volontariat a des limites.

Les fond énormes vont vers les programmes et politiques officielles qui concernant uniquement les semences certifiées des variétés améliorées, et depuis quelque temps les variétés OGM sont encouragées par le gouvernement, notamment le niébé Bt.

La Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles, AATF, a produit les variétés du Bt, dont les plantes secrètent constamment une substance insecticide. Cette manipulation génétique est conçue pour protéger la plante contre le Maruca, la foreuse des gousses du niébé, qui pourtant au Sénégal, est un ravageur mineur du niébé. On s’étonne du choix de ravageur ciblé. Normalement, un projet visant la lutte contre le parasitisme devrait cibler le ravageur principal du niébé, comme les trips, pucerons ou la bruche du niébé.

Pour luter contre un ravageur mineur, on a modifié le patrimoine génétique de la plante pour qu’elle produise durant toute sa vie une substance toxique. Pourtant il s’agit qu’une plante vivrière et fourragère!

Quells sont les résultats des études toxicologiques concernant la consommation des graines contiennant l’insecticide par les personnes humains et l'alimentation du bétail par les fanes toxiques?

Les variétés paysannes africaines les plus précieuses ont été choisies pour recevoir les gènes Bt fournis par la société Monsanto. Ces gènes ont été transférés dans le niébé par les scientifiques dans un centre de recherche public australien.

En 2017, le gouvernement s'est prononcé favorablement pour l’introduction des semences OGM, sur la base du rapport de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal, ANSTS. Mais, les variétés du niébé Bt, ni autres variétés OGM ne figurent pas dans le Catalogue.

Comment concilier ces contradictions?

C’est un monde à deux visions et deux vitesses, mais tout le monde est perdant dans cette situation qui cultive des contradictions génératrice de tensions

La législation semencière nationale et régionale ne reconnait pas le paysan en tant que spécialiste de production de semences. Elle ne reconnait pas les semences paysannes n’ont plus.

C’est une législation inadaptée qui constitue un blocage au développement de la filière semences. Ces lois sont à l’origine de manque de synergie entre les agronomes et chercheurs, d’une part, et les paysans, d’autre part (paysans dévalorisés par le système). Sans une bonne collaboration entre ces 2 principaux acteurs agricoles, le développement de l’agriculture n’est possible.

Quant les chercheurs sont obligés à suivre aveuglement la réglementation, cela peut conduire a des situations absurdes.

La variété du mil Thialack 2, population améliorée, figure dans le catalogue. Cependant, les paysans sénégalais affirment qu’il s’agit d’une variété paysanne qui existe toujours sous un nom locale. L’ISRA a inscrit cette variété locale, en changeant son nom, et en procédant à une épuration pour rendre la variété paysanne plus homogène, selon les règles du catalogue, mais cette homogénéité qui réduit la variabilité génétique d’une variété, est préjudiciable a l’adaptation, surtout pour une espèce allogame comme le mil.

Inscrire une variété locale dans un catalogue officiel sous un nom donné par la recherche s'apparente, d'après la vision paysanne, au »bio piratage" 

Les variétés paysannes sont en train de disparaitre, c’est une catastrophe qui compromet l'avenir de l’agriculture. Le paysan seul ne peut pas régler ce problème.

La prise de conscience de ce danger a provoqué un changement des mentalités aboutissant au changement réglementaire, au niveau international, favorable aux semences paysannes, proclamant la reconnaissance officielle des droits des paysans sur les semences par le biais de TIRPAA, Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture.

Le TIRPAA reconnaît les droits des agriculteurs qui incluent, notamment,

  • le droit à la protection des connaissances traditionnelles,
  • le droit de conserver, utiliser, échanger et vendre leurs semences
  • le droit de participer à la prise de décisions concernant les semences paysannes.

Les paysans, dans leur majorité ne connaissent pas le TIRPAA qui est, pourtant un nouvel outil juridique important pour défendre leurs droits et leurs semences.

Le Parlement européen a adopté en avril 2018 le règlement autorisant les semences paysannes. En Europe, où les semences industrielles occupent presque la totalité des superficies cultivées et les semences paysannes seraient presque perdues, si ce n’était pas la persévérance de l’association Kokopelli, du Réseau Semences Paysanne de France et d’autres structures, on assiste au revirement de la situation pour sa normalisation.

Au Mali le processus a commencé par la création en 2017 d’un Cadre de concertation pour la reconnaissance juridique des semences paysannes et des droits des agriculteurs.

Au Sénégal, où malgré d’importants moyens destinés à la production des semences certifiées, ces semences restent fortement minoritaires, et représentent 12% des semences utilisées pour l’ensemble des cultures, et environ 5% - pour la culture du mil. L’essentiel des semences utilisées sont des semences paysannes.

Pourquoi on maintient des lois qui ne répondent pas aux besoins du monde rural ?

*Irina Vekcha, plant breeder

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