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Nous membres du Comité Ouest Africain des Semences Paysannes COASP, nous, paysannes et paysans, représentantes et représentants des organisations paysannes, de la société civile, des instituts de recherche nationaux et internationaux, venu­‐e­‐s de 8 pays d’Afrique de l’Ouest et de 3 pays d’Europe, nous sommes réuni­‐e­‐s du 5 au 7 mars 2018 pour la 6ème édition de la foire ouest africaine des semences paysannes de Djimini.

Nous étions près de 500 personnes qui durant nos différents espaces d’échanges d’information, de connaissance de pratiques et de semences paysannes, avons réaffirmé l’importance et l’urgence de reconnaitre et de renforcer les systèmes semenciers paysans fondamentaux pour l’agroécologie paysanne garante de notre souveraineté alimentaire.

Nos semences paysannes ont un énorme potentiel pour procurer aux populations africaines les produits nécessaires à leur alimentation, en quantité et en qualité suffisante. Elles sont adaptées à l’environnement changeant, à la salinité des terres, au stress hydrique et contribuent à l’expression culturale et culturelle des communautés qui font la richesse et la beauté de notre continent.

De tous les temps et aujourd’hui encore, les paysannes et paysans d’Afrique ont su sélectionner, multiplier une diversité végétale et animale et transmettre leurs connaissances associées.

Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que les semences paysannes sont de mauvaise qualité et que nous n’avons pas de savoir ni de savoir-­faire en matière de semence. On voudrait nous faire croire que pour résoudre les problèmes de la faim dans le monde, il faudrait manipuler la semence, créer des hybrides, transgresser le vivant afin d’obtenir des variétés plus productives ou enrichies en vitamines. On voudrait aussi nous faire croire que nos semences paysannes relèvent de l’informel et sont ainsi marginalisées dans nos législations.

Mais l’expérience et les réalités des terroirs montrent que cette option productiviste est un chemin incertain, dangereux, et qui mène à la pauvreté. En effet nous constatons que :

  • malgré les milliards de francs CFA dévolus à promouvoir les semences commerciales, les semences paysannes occupent encore la majorité des champs cultivés en Afrique de l’ouest ;
  • les systèmes semenciers paysans basés sur l’agroécologie paysanne renforcent les services environnementaux y compris la fertilité des sols ;
  • l’agroécologie paysanne peut permettre de doubler les rendements en quelques années, de réduire les effets des changements climatiques et de refroidir la planète ;
  • les semences paysannes et l’agroécologie paysanne renforcent la santé et l’autonomie des populations de nos pays.

Ainsi, nous demandons aux gouvernements africains et spécifiquement à ceux d’Afrique de l’Ouest :

  • D’abandonner toutes activités favorables au développement d’une agriculture industrielle destructrice de l’agriculture paysanne et qui diffuse les pesticides et les semences non reproductibles ;
  • D’abandonner toutes activités favorables à l’introduction de semences OGM ou issues des nouvelles biotechnologies (nouveaux OGM, OGM cachés) ;
  • D’abandonner toute activité d’appropriation du vivant par des droits de propriété intellectuelle sur les semences paysannes car elles sont contraires à nos us et coutumes ;
  • De reconnaitre et protéger nos systèmes semenciers paysans et les droits collectifs des paysannes et paysans sur leurs semences dans les législations nationales et sous régionale ;
  • De défendre au sein du TIRPAA [Traité international sur les ressources phytogénétiques], les propositions des organisations paysannes pour la reconnaissance et la mise en œuvre des droits des agriculteurs ;
  • De créer de mécanismes garantissant la transparence et la participation à la prise de décision, y compris des femmes et des jeunes.
  • De soutenir les initiatives paysannes pour la promotion de l’agroécologie paysanne et des semences paysannes : cases vivantes de semences paysannes, foire des semences paysannes et toutes autres initiatives en faveur des semences paysannes ;
  • D’encourager les espaces de formation, de transmission de savoirs, et les alliances pour la co-­construction des savoirs. 

Fait à Djimini, le 7 mars 2018.

 

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