Les supermarchés, source de l’alimentation d’aujourd’hui – Tendances et répercussions

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Auteur: Supermarket watch Asia bulletin
Date: 10 décembre 2018
Traductions: English
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Supermarket watch Asia bulletin | 10 décembre 2018 | Entreprises & commerce, Bulletin de veille des supermarchés d’Asie

 

Matilda Moses vend des tomates au Tudu Market, à Accra, au Ghana. Photo : Yepoka Yeebo

Bulletin de veille des supermarchés d’Asie n° 12, décembre 2018

La croissance du secteur des supermarchés a été extrêmement rapide. Aujourd’hui, à elles seules, 30 chaînes mondiales de supermarchés contrôlent un tiers du marché de la distribution alimentaire dans le monde, récoltant ainsi une énorme part du marché de la nourriture consommée aujourd’hui par l’humanité. Ce n’est pas juste une tendance actuelle, une simple évolution de la manière dont se vendent les choses. Il s’agit ici de questions structurelles. L’expansion tentaculaire des supermarchés a été soutenue et encouragée par les accords de libre-échange (les ALE), la libéralisation des investissements, les politiques des gouvernements pour promouvoir les investissements étrangers directs, et les lois et réglementations qui empêchent les systèmes alimentaires à petite échelle de continuer à opérer normalement. Les systèmes de distribution des supermarchés sont très largement subventionnés par les gouvernements, grâce à l’argent des contribuables. Tout comme le système agricole industriel qui produit la majeure partie des matières premières utilisées dans les aliments transformés bon marché qui couvrent les étagères des supermarchés.

Le rapport est un résumé du séminaire public coorganisé par la Fondation Biothai et GRAIN à Bangkok en septembre 2018. Des participants venus de 14 pays ont échangé les informations acquises au niveau local et international sur ces tendances actuelles qui menacent d’avoir des effets à long terme sur les systèmes alimentaires locaux, les petits producteurs et les commerçants et vendeurs de rue locaux, la santé des consommateurs et l’environnement.

Les présentations couvraient cinq sujets : un aperçu des questions-clés concernant l’expansion mondiale des supermarchés ; la croissance des supermarchés en Afrique ; les systèmes alimentaires autochtones face à la transformation alimentaire industrielle au Mexique ; l’émergence du commerce en ligne en Asie ; et le développement et la monopolisation du commerce de détail moderne en Thaïlande.

Pour lire l’intégralité du résumé, cliquer ici : https://www.grain.org/e/6051


Le marché de Tsukiji : encore un marché historique qui disparaît en Asie orientale

Le 6 octobre, le plus vieux marché au poisson du monde, le marché de Tsukiji, a cessé ses activités. Après 83 années de service, il a été fermé pour être relocalisé. Le marché avait ouvert en 1935 dans l’arrondissement de Chuo à Tokyo, près du célèbre quartier commercial de Ginza. Depuis, il fournissait chaque jour quelque 13 millions de dollars de produits de la mer de haute qualité, ainsi que des centaines d’espèces de fruits et de légumes. Depuis son ouverture, il a contribué à satisfaire l’appétit des Japonais pour les fruits de mer frais. Le marché est célèbre pour ses enchères quotidiennes de thon qui avaient lieu à l’aube et permettaient à l’épicier lambda de se battre avec les plus grands chefs pour obtenir le meilleur thon pour fabriquer leurs sushis.

Ce qui s’est passé avec le marché de Tsukiji ressemble fortement à la situation qu’on a pu observer dans le pays voisin, la Corée du Sud, en début d’année. Une décision d’éviction avait alors frappé un autre marché historique, le marché de Noryangjin, situé au cœur de Séoul. Il s’agit de deux très vieux marchés qui occupaient un vaste espace dans des emplacements stratégiques des métropoles les plus florissantes d’Asie orientale et tous deux ont dus être relocalisés pour des raisons similaires : l’amélioration des conditions d’hygiène et de sécurité sanitaire, la nécessité d’adopter des technologies plus modernes, comme de meilleurs systèmes de réfrigération. Mais qu’en est-il en réalité ?

L’intention de relocaliser le marché de Tsukiji date de 2001, mais elle s’est heurtée à la résistance des résidents locaux et d’autres supporters. L’emplacement de Toyosu qui devait accueillir le nouveau marché de Tsukiji avait auparavant abrité l’usine de Tokyo Gaz et on a découvert et on détecte encore sur le site des taux importants de benzène, un produit chimique toxique. La relocalisation a alors été retardée, tandis que le gouvernement de la ville de Tokyo cherchait les moyens de résoudre le problème de la contamination.

Le plan de relocalisation a été ressuscité avant les Jeux olympiques 2016 pour lesquels le Japon avait candidaté. Cette année-là le Japon n’a pas décroché les Jeux. Le marché de Tsukiji s’étend sur 23 hectares de terrain et le maire de Tokyo de l’époque, Isihara, décide de construire un centre de presse juste à cet endroit pour couvrir les Jeux olympiques. Le gouvernement de la ville décide de construire un nouveau marché qui ouvrirait en novembre 2016. Toutefois quand la nouvelle gouverneure de Tokyo, Yiriko Koide, est élue à ce poste, elle prend conscience d’un problème de sécurité et repousse le plan de relocalisation juste deux mois avant la date d’ouverture prévue pour le nouveau marché.

Aujourd’hui que le Japon s’apprête une nouvelle fois à accueillir les Jeux olympiques, la situation se complique à nouveau au marché de Tsukiji. Et cette fois le déménagement est censé avoir vraiment lieu, puisque le nouveau marché de Toyosu a ouvert le 11 octobre. Ce nouveau marché est un marché fermé avec un système de climatisation soi-disant essentiel pour contrôler la fraîcheur et l’hygiène. Cependant, certains opposants craignent que le plus gros de la contamination n’ait pas encore été résolu. Les résultats de la surveillance menée par le gouvernement de la métropole ont encore révélé des concentrations de taux toxiques de benzène 130 à 140 fois supérieurs aux normes environnementales. D’autres produits toxiques comme l’arsenic ont également été détectés à des taux pouvant aller jusqu’à quatre fois les taux standard. On a aussi détecté du cyanure dont la présence est totalement interdite dans les nappes phréatiques.

Un sondage organisé parmi les quelque 500 grossistes du marché indique que la plupart d’entre eux étaient opposés au déménagement. Outre les dangers de la pollution trouvée sur le nouveau site, les vendeurs et les travailleurs du nouveau marché de Toyosu ont fait état d’un problème qu’ils n’avaient jamais rencontré avec l’ancien marché, à savoir des odeurs insupportables émanant de la zone de vente de poisson en gros. Les responsables de la supervision du marché estiment que ces odeurs immondes sont dues à l’étanchéité du bâtiment.

Une semaine avant la date officielle du déménagement, le 29 septembre, plusieurs centaines de protestataires ont manifesté contre la relocalisation, en scandant « Sauvons le marché de Tsujiki ». Les protestataires ont déjà déposé plainte pour essayer d’empêcher le déménagement. Si l’hygiène et le système sanitaire sont les principales raisons pour déménager le plus grand marché au poisson du monde, pourquoi le transplanter dans une installation polluée et mal équipée qui génère des odeurs fétides ?

Article écrit par GRAIN
Sur la base d’un entretien avec Chie Masumoto ([email protected]),  journaliste indépendant qui travaille sur le sujet, et de divers articles de presse.


Supermarket watch Asia est un bulletin internet trimestriel produit par GRAIN. Destiné aux mouvements sociaux, il est consacré aux évolutions du secteur de la vente au détail et de la distribution alimentaires en Asie. Cliquer sur ce lien pour voir la totalité du bulletin (en anglais) et vous abonner.

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