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Auteur: GRAIN
Date: 22 septembre 2014
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GRAIN | 22 septembre 2014 | Planète huile de palme, Les rapports

La culture de l’huile de palme connaît une expansion rapide d’un bout à l’autre du monde. Ces nouvelles plantations en monoculture ont pour corollaire la destruction des forêts tropicales, l’exploitation de la main d’œuvre et un accaparement brutal des terres.

Dans les pays comme la Malaisie ou l’Indonésie, il devient de plus en plus difficile d’acquérir de nouvelles terres pour y établir des plantations, ce qui pousse les grands producteurs à se tourner vers l’Afrique qui est le berceau du palmier à huile. Au cours des quinze dernières années, des sociétés étrangères ont signé plus de 60 accords représentant une superficie de près de 4 millions d’hectares en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, pour développer des plantations de palmiers à huile.

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L'huile de palme est omniprésente dans de nombreux systèmes alimentaires. Si vous examinez les ingrédients sur de nombreux emballages alimentaires, vous allez très probablement découvrir qu'elle y figure. Les entreprises agroalimentaires l'adorent parce qu'elle est à la fois bon marché et abondante, si bien qu'elles l'utilisent chaque fois qu'elles le peuvent.

Et la croissance de la demande est appelée à se poursuivre. En effet au fur et à mesure que les accords de libre-échange se mettent en place, il devient plus facile d'importer de l'huile de palme et de la substituer aux huiles animales ou végétales. D'une part, les multinationales agroalimentaires et les grandes surfaces sont surtout en pleine expansion en Afrique et en Asie et développent ainsi la consommation des aliments transformés et conditionnés à base d'huile de palme. D'autre part, les quotas imposés en matière d’agrocarburants créent de nouveaux marchés pour les huiles végétales qui augmentent indirectement la demande en huile de palme, en particulier en Europe.

Et ce n'est pas seulement la demande qui pousse à cette expansion. Les plantations de palmier à huile sont une cible privilégiée pour les investisseurs, qu'il s'agisse de grandes entreprises agroalimentaires, de fonds de pension ou de magnats corrompus à la recherche d'un moyen sûr et rentable de blanchir des fonds. Ces derniers temps, l'argent vient remplir les comptes bancaires des entreprises d'huile de palme, et ces dernières utilisent les liquidités pour augmenter leurs réserves foncières.

Toute cette production d'huile de palme bon marché coûte en fait très cher : destruction des forêts tropicales, exploitation de la main d'œuvre locale bon marché dans les plantations et accaparement brutal des terres: ce ne sont que quelques-unes des conséquences déplorables qui accompagnent aujourd'hui le développement des plantations de palmier à huile. Et, avec la croissance de la demande, d'autres régions de la planète sont affectées par ces conséquences.

Mais l'expansion mondiale des plantations de palmier à huile a forcément des limites. Le palmier à huile ne peut être cultivé de façon rentable que dans des régions tropicales, près de l'équateur qui bénéficient d'une pluviométrie importante. L'expansion mondiale des plantations de palmier à huile se concentre dans les régions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine où ces conditions sont réunies. Il se trouve que ces terres sont occupées par des paysans, des communautés locales et des peuples autochtones, et par les forêts tropicales dont ils dépendent.

L'expansion des plantations de palmier à huile se traduit donc nécessairement par le déplacement de ces populations, et la destruction de leurs forêts et de leurs terres agricoles, pour laisser la place à des plantations en monoculture.

    Femmes camerounaises en train de trier les fruits de palmier à huile. (Photo : Nature Cameroon) L'Afrique occupe une place centrale dans cette dynamique d'expansion des plantations de palmier à huile. Le palmier à huile n’est pas une nouveauté pour ce continent. C'est en Afrique que l'histoire de l'huile de palme a commencé. Depuis des générations, les Africains utilisent l'huile de palme pour produire des huiles végétales, du vin, des médicaments et de nombreux autres produits qui jouent un rôle essentiel dans leurs économies, leurs cultures et leurs vies quotidiennes. Les grandes puissances européennes ont tenté à diverses reprises de transformer cette culture en une activité industrielle, tournée vers l'exportation et basée sur une production dans de grandes plantations. Mais la plupart de leurs efforts se sont soldés par des échecs et la production industrielle n'a pris son essor qu'en Malaisie et en Indonésie, où le palmier à huile d'Afrique a été introduit au début du XXe siècle. En Afrique, la production et la transformation de l'huile de palme se fait encore à petite échelle, et reste entre les mains de millions de paysans, en majorité des femmes paysannes et transformatrices.

Cette situation est sur le point de changer radicalement. Comme les entreprises d'huile de palme ont de plus en plus de difficultés à acheter des terres en Indonésie et en Malaisie, elles se tournent actuellement vers l'Afrique, qui fait figure de nouvel eldorado à conquérir pour produire une huile de palme bon marché destinée à l'exportation. En Afrique centrale et occidentale, au cours des quinze dernières années, les sociétés étrangères ont signé plus de 60 contrats portant sur près de 4 millions d'hectares, pour l'établissement de plantations de palmier à huile (voir Annexe 1). Les accaparements de terres suscitent déjà de violents conflits dans plusieurs pays africains.

La situation africaine nous rappelle que ce développement brutal de l'huile de palme ne se résume pas à un problème foncier. Il s'agit d'une lutte plus globale qui porte sur les systèmes alimentaires et les modèles de développement. L'huile de palme africaine sera-t-elle produite par les paysans africains ou par les grandes multinationales ? Sera-t-elle produite par des paysans dans des exploitations familiales avec des cultures associées et des palmeraies semi-sauvages ? Ou ces paysans seront-ils expulsés pour laisser la place à de vastes plantations industrielles ? Ces questions ont des implications au-delà de l'Afrique. Si ce continent devient une nouvelle frontière à conquérir pour l'huile de palme bon marché, les exportations de l'Afrique auront un impact sur les agriculteurs qui cultivent des oléagineux dans d'autres pays, comme l'Inde et le Mexique. Il existe donc une solidarité objective entre les luttes des paysans camerounais contre les plantations de palmier à huile, et les luttes des producteurs de noix de coco en Inde contre les importations d'huile de palme. Cette solidarité se retrouve également entre les paysans de la vallée de l'Aguán au Honduras, qui se battent contre les grands propriétaires terriens pour empêcher l'accaparement brutal des petites exploitations, et les coopératives d'huile de palme qui desservent les marchés locaux.

Ce livret est divisé en deux parties. La première partie est consacrée à l'expansion mondiale des plantations de palmier à huile. Elle cherche à expliquer les principaux leviers de cette dynamique, les mécanismes qui la favorisent et les régies qui sont ciblées. La deuxième partie est consacrée à la production traditionnelle de l'huile de palme en Afrique occidentale et centrale, qui offre un modèle de filière pour l'huile de palme très différent de celui qui est prôné si fortement par les gouvernements et les grandes entreprises. Le modèle africain assure l'approvisionnement des marchés alimentaires locaux, et il repose en grande partie sur le travail des femmes dans les zones rurales. La production est basée sur des pratiques agro-écologiques et l’utilisation rationnelle de la biodiversité. Le modèle de la plantation industrielle, en revanche, est au service des marchés d'exportation, et il concentre le pouvoir et les profits entre les mains des propriétaires des grandes entreprises. Il optimise le profit par l'exploitation du travail et de l'environnement et de l'accaparement des terres et des ressources en eau des communautés locales.

Ce rapport contient également deux tableaux en annexe. Le premier donne des éléments d'information sur plus de 60 opérations d'accaparement de terres de grande ampleur, réalisées en Afrique depuis 2000, celles-ci visent à la mise en place de plantations de palmier à huile par des entreprises étrangères. Le deuxième porte sur l'accaparement des terres destinées à l'huile de palme chez les Papous d'Indonésie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

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