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Le Président Macky Sall à l’Académie des sciences, à l’occasion de la présentation du rapport sur les OGM.

Le 28 février 2017, le président de la république du Sénégal a fait une déclaration en faveur de l’introduction des OGM, en s’appuyant sur le rapport de l'Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal, ANSTS.

Ce rapport, intitulé « Les Organismes génétiquement modifiés : état des lieux, enjeux et perspectives au Sénégal », est le résultat d’une étude de la problématique des OGM. 

L'étude a été conduite par l’ANSTS sur l’instruction du président de la république souhaitant de  disposer d’une base de données scientifiques permettant de prendre une décision concernant introduction des OGM au Sénégal.

L'étude a été faite sur la base d’une enquête menée par l’ANSTS.

D'après le rapport de l'ANSTS, l’enquête, menée dans les 14 régions du Sénégal, révèle que 68% des populations enquêtées, tous secteurs confondus, sont favorables à l’introduction des OGM au Sénégal.

Cependant d’après les déclarations des paysans enquêtés, les enquêteurs n’ont pas utilisé le terme « OGM », mais plutôt celui de « semence de la recherche » et les paysans ont répondu en fonction de cette terminologie. Ceci jette un doute sur la qualité de l’enquête.

Un passage du rapport  affirme que les « principaux acteurs du monde rural notamment les agriculteurs ont une connaissance très limitée de la question ». Cela rend l'affirmation de l'ANSTS peu crédible.

Le rapport souligne l’existence de nombreux risques des cultures transgéniques pour les petits producteurs:

  •    « Les semences transgéniques sont vendues avec l'obligation d'acheter de nouvelles semences chaque année...
  •    Les semences transgéniques sont plus chères que les semences traditionnelles...
  •    L’immense pouvoir que les firmes vont détenir sur l’agriculture, en contrôlant et imposant un modèle d’agriculture unique et intensive, risque d’exclure ou d’enfoncer dans la pauvreté les petits paysans de l’Afrique ».

Le rapport de l’ANSTS mentionne le fait que les pays de l’Union européenne ont interdit  les cultures transgéniques, en donnant plusieurs explications à cette interdiction, notamment les conséquences socioéconomiques liées à la culture d’OGM. Il précise qu’en « aucun cas, cette interdiction n’est basée sur les risques pour la santé humaine ou l’environnement ». Cet argument reflète mal la situation réelle européenne, où les populations refusent massivement les cultures OGM, en évoquant des risques pour la santé humaine ou l’environnement.

Concernant la question de la santé, le rapport de l’ANSTS, en faisant de vagues références sur les données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’OCDE, la FAO et certaines académies dont les académies américaine, française, etc., affirme que les aliments génétiquement modifiés ne présentent pas de risques pour la santé humaine et animale.

Test de germination fait par les paysans.

Cependant, il existe des études qui montrent le contraire.

L’Académie Américaine de la Médecine Environnementale, l’AAEM,  a publié en 2009 un rapport sur les OGM qui montre que les produits alimentaires génétiquement modifiés provoquent des dommages d'organes, et les désordres de système immunitaire et gastro-intestinal, le vieillissement accéléré et l'infertilité. L’AAEM appelé à un moratoire immédiat sur les OGM et conseille aux docteurs de prescrire des régimes non-OGM pour tous les patients.

Une étude publié en 2012 par le professeur Giles-Eric SERALINI sur les effets à long terme (deux ans) des aliments transgéniques a montré que la consommation par les animaux expérimentaux du maïs transgénique (le NK603) provoquait l'apparition de tumeurs, ainsi que des troubles hépatiques et rénaux.

Le rapport de  l’ANSTS fait mention de Burkina Faso en tant que pays très avancé dans le processus de mise sur le marché d’OGM. En réalité, l’expérience du coton Bt (coton OGM résistant aux insectes ravageurs) au Burkina Faso est un échec: à partir de 2015, les paysans massivement abandonnent  le coton Bt pour la culture conventionnelle, notamment à cause de la mauvaise qualité des fibres du coton Bt. 

Le rapport de  l’ANSTS critique certaines  dispositions de la loi nationale sénégalaise sur les OGM appelée loi de biosécurité, la loi n° 2009-27. Notamment, il critique le principe de précaution qui est la base de la loi nationale. D’après le rapport, le principe de précaution est devenu un principe d'inaction, qui entraver la science, donc, il est nécessaire, voire urgent, de reviser la loi de biosécurité.

D'ailleurs, il y a actuellement le processus très avancé de la révision de la loi 2009, processus dirigé par l'Autorité Nationale de Biosécurité.

Ousseynou Kassé, Directeur de l'Autorité Nationale de Biosécurité.

Le rapport critique également les sanctions, prévues par la loi en cas de non respect des dispositions de la loi, sanctions jugées très lourdes, en donnant des arguments suivants : « Mais il est à craindre surtout, en raison des sanctions très lourdes imposées en cas de non respect, que ces dispositions n’incitent les utilisateurs à les contourner par l’usage de fausses déclarations ».

Il est évident que le rapport privilégie l’intérêt des promoteurs des OGM, nommés ici « utilisateurs » et admet la possibilité pour ceux-ci de contourner facilement les dispositions de la loi.

Cette phrase laisse également entendre  que les organes mis en place pour gérer la question des OGM ne peuvent pas faire grand chose contre les fausses déclarations.

Il s'est passé maintenant plus d'un an depuis la  déclaration du  président du Sénégal  en faveur des OGM, mais on a entendu très peu de contre déclarations de la part de la société civile sénégalaise. La  déclaration de la Foire des semences paysannes de Dioral, mars 2017, et celle du mouvement Nous sommes la solution sont des rares déclarations contre les semences OGM.


Le Comité Ouest-Africain des Semences Paysannes, COASP, a été crée le 23 novembre 2011 à Djimini, Sénégal, à l'issue de la 3e Foire sous-régionale ouest-africaine des semences paysannes.

 

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