Crise alimentaire de 2004-2005 au Niger : Avons-nous tiré les leçons ?

by Mariama ABDOUSSALAM Epouse HOUNSA | 14 Jan 2009

alimentaire de 2004 – 2005 au Niger : Avons-nous tiré les leçons ?

Mariama ABDOUSSALAM Epouse HOUNSA

Témoignage fait en décembre 2007, pendant le Cours Régional sur "Les fondements holistiques pour l’évaluation et la régulation du génie génétique et des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) en Afrique"

La crise alimentaire de 2004-2005 au Niger avait à l’époque suscité beaucoup de débats. De nombreux articles ont notamment été publiés, tentant d’en expliquer objectivement ou non les causes et les manifestations. Pour comprendre ce qui s’est passé, il importe de retenir que cette crise avait un caractère multifactoriel, avec des facteurs structurels et conjoncturels.

LES FACTEURS STRUCTURELS

Ils sont multiples :

•   La situation géographique du pays : Le Niger est un vaste pays continental (1 267 000 km²) sans ouverture sur la mer, situé en Afrique Occidentale, en bordure du Sahara et au cœur de la bande sahélienne. Environ 1/3 du territoire bénéficie d’une pluviométrie irrégulière et à peine suffisante pour satisfaire les besoins hydriques des cultures céréalières, aliments de base de la grande majorité des populations, surtout en milieu rural. Cette situation géographique rend le pays vulnérable à la sécheresse, et donc propre à de fréquents déficits céréaliers, imputables aussi à la dégradation continue de sols initialement pauvres, voire très pauvres. En effet, malgré la croissance globale qu’a connue la production agricole de 1999 à 2000, deux années sur trois sont déficitaires au Niger, selon le document sur la stratégie de réduction de la pauvreté élaboré en 2002.

•   Un fort taux de croissance démographique de 3,3 %, selon le recensement général de la population de 2000, l’un des plus élevés d’Afrique. Ce taux est en net déphasage avec le taux de croissance de la production agricole (2,5 % en 2003). De ce fait, la production alimentaire reste en déça des besoins réels de consommation des populations.

•   L’existence de poches d’insécurité alimentaire chronique dans quelques zones du pays, même en cas de bonne campagne agricole. Cette situation est une conséquence directe de la mauvaise répartition pluviométrique dans l’espace et dans le temps. Ceci pose le problème de l’accès limité des populations aux denrées alimentaires, du fait de :

•   la difficulté d’approvisionnement de certaines zones (enclavement, insuffisance des infrastructures de transport, absence de circuits de commercialisation, etc.).

•   la pauvreté (monétaire) des populations ; au Niger, elle touche environ 63 % de la population selon les données de 2002. Cela signifie que plus de la moitié de la population a des difficultés à subvenir à ses propres besoins fondamentaux, parmi lesquels l’alimention.

Par ailleurs les politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions de Breton Wood qui ont eu pour conséquence la libéralisation du secteur agricole ont en grande partie contribué à accroître la pauvreté en milieu rural. En effet, avec cette libéralisation, on assiste à une forte insertion des producteurs dans le marché ; il est très fréquent de voir des petits producteurs, même déficitaires, vendre une partie de leur production à la récolte, et se trouver dans l’obligation de recourir encore au marché pour assurer la survie alimentaire de leurs ménages.

•   L’existence d’une malnutrition qui touche nombre d’enfants de 0 à 5 ans.

En effet, la situation nutritionnelle, au Niger, s’est détériorée depuis 1992, selon le document de stratégie de réduction de la pauvreté de 2002. De cette année à 2000, le pourcentage d’enfants souffrant de retard de croissance est passé de 32 à 40 %. Celui d’enfants souffrant d’insuffisance pondérale, de 36 à 42 %. La malnutrition et l’insécurité alimentaire ne sont donc pas des faits nouveaux au Niger. Par ailleurs, si la sécurité alimentaire des populations est fortement influencée par la qualité de la campagne agricole (bonne ou mauvaise), il n’en est pas de même de la malnutrition. Ceci est d’autant plus réel que les taux de malnutrition (d’enfants de 0 à 5 ans) les plus élevés s’observent généralement dans les zones à plus forte production céréalière, telles que Maradi et Zinder, où ils peuvent atteindre environ 50 %. De plus, dans tout le pays, la malnutrition est influencée par d’autres facteurs :

•   Selon un rapport de l’UNICEF daté de 2005, le manque d’eau et sa mauvaise qualité, l’incapacité à payer les services médicaux dans les installations sanitaires gérées par le gouvernement, l’inadéquation des soins infantiles et les mauvaises conditions d’assainissement.

•   Les difficiles conditions d’accès aux soins, inhérentes au degré de pauvreté monétaire.

•   L’existence de facteurs socio-culturels qui contribuent à entretenir un état de déséquilibre alimentaire structurel chez les enfants. De récentes études ont notamment démontré que pour des raisons socio-culturelles, certains aliments sont interdits aux enfants : c’est le cas de la viande et des œufs qui, semblerait-il, si les enfants les consommaient, ces derniers risqueraient de devenir des voleurs en grandissant !!!

Conséquences : les enfants n’ont pas accès à une alimentation équilibrée, d’où le caractère quasi endémique de la malnutrition au Niger. De plus, le sevrage précoce favorise la malnutrition. Une étude réalisée en 2006 par l’ONG Médecins Sans Frontières-Suisse dans la région de Zinder, sur les causes de la malnutrition dans le pays, a fait ressortir que le sevrage précoce en est responsable dans au moins 30 % des cas.

La conjonction de ces facteurs structurels constituent indéniablement le terreau d’une grande vulnérabilité aux chocs de n’importe quelle nature (catastrophes naturelles, mauvaises récoltes, hausse des prix des denrées alimentaires, etc.). Ceci explique que des situations d’insécurité alimentaire et de malnutrition chronique dégénèrent brusquement en crises majeures. C’est justement à ce scénario qu’on a assisté avec la crise de 2004 – 2005.

A suivre...

Author: Mariama ABDOUSSALAM Epouse HOUNSA