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Titre de l’expérience : La gestion de l’espace communautaire Ker Cupaam

Auteurs : Regroupement des Femmes de Popenguine pour la Protection de la Nature

Pays : Sénégal

Village : Popenguine

Région écologique :   Sahel

 

Résumé :

 La réserve naturelle de Popenguine, créée en 1986, a pour objectif, la réhabilitation d’un milieu fortement dégradé, du fait de la coupe abusive du bois de chauffe, du surpâturage et de sécheresses successives. Elle est composée de deux ensembles d’écosystèmes naturels distincts : une partie continentale, formée de collines découpées, ancienne forêt classée créée depuis 1936, et une frange maritime principalement composée d’un habitat rocheux qui constitue une zone de frayère pour les poissons.

 Le volet sécurité alimentaire, avec le maraîchage et la conservation des semences, occupe une place importante dans les activités des femmes. Dès 1987, une organisation féminine le RFPPN (Regroupement des Femmes de Popenguine pour la Protection de la Nature) s’est constituée au niveau de la réserve, dans le but de contribuer bénévolement à la réalisation des objectifs de conservation et de restauration de la biodiversité de leur milieu. Par la suite, les femmes ont pu  sensibiliser leurs consœurs de sept villages périphériques de la Réserve Naturelle qui ont très tôt compris le bien fondé du programme, et y ont adhéré. Pour la restauration de la biodiversité, les mécanismes employés sont : - la production des pépinières dans chacun des huit villages ; la production du bois de chauffe, avec les arbres fruitiers et les plantes d’ornement ; - la lutte contre l’érosion : il s’agit de faire des cordons pierreux et des barrages pour diminuer la vitesse des eaux de pluie.

 

Les résultats obtenus dès les premières années de cette expérience de participation communautaire des populations limitrophes à l’effort de restauration de la biodiversité ainsi qu’à la gestion d’une aire protégée ont convaincu le gouvernement et les partenaires au développement du Sénégal. Afin de mieux formaliser la relation, désormais entretenue entre l’Etat et les populations, un protocole d’accord a été signé entre le Ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature et la Communauté de Popenguine. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, l’exploitation touristique d’une aire protégée revient alors aux populations riveraines.

 

Contact : Regroupement des Femmes de Popenguine pour la Protection de la Nature

                        BP 10 Popenguine – SENEGAL

                        Tél./Fax : 221 956 49 51 – Email : kcupaam@sentoo.sn


 

1.    Le Regroupement des Femmes de Popenguine pour la Protection de la Nature

 

Dès 1987, une organisation féminine, le R.F.P.P.N. (Regroupement des Femmes de Popenguine pour la Protection de la Nature composé de 116 femmes) s’est spontanément constituée dans le but de contribuer bénévolement à la réalisation des objectifs de conservation et de restauration de la biodiversité de leur milieu. A cette époque, un enseignant de Guérew, village situé au sud du CAP de NAZE était venu faire du reboisement avec ses élèves dans la réserve et c’est ce qui a motivé davantage la curiosité des femmes à rencontrer le conservateur pour leur implication dans les activités de la réserve. Ceci constituera forcément un cas d’école pour le Sénégal où la relation entre les responsables de la conservation et les populations a toujours été conflictuelle.

Elles ont bénéficié de l’encadrement et du soutien financier de plusieurs bailleurs de fonds. C’est ainsi que des thèmes tels que le reboisement, pépinière, lutte contre l’érosion, des pare-feu et arboriculture ont été ciblés. Durant dix ans, la population féminine a œuvré bénévolement pour accompagner le processus de restauration du milieu. Il faut souligner qu’au début, elles étaient confrontés à un grand problèmes de moyens matériels et des ressources en eau. Cette mobilisation volontaire et spontanée leur vaudra l’admiration des pouvoirs publics et des organismes de financement.

Afin de mieux formaliser la relation désormais entretenue entre l’Etat et ses populations, un protocole d’accord a été signé entre le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature et la communauté de Popenguine.

Ainsi, pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, l’exploitation touristique d’une aire protégée revient aux populations riveraines.

 

Naissance du Collectif.

A partir de 1995, nous avons décidé d’étendre notre mouvement à tous les autres villages ceinturant la Réserve, dans le dessein de conjuguer nos efforts autour de la restauration de la réserve et de sa périphérie, créant ainsi un espace vital autour de
100 km² sous l’appellation d’ESPACE COMMUNAUTAIRE KEUR CUPAAAM. (Ker Cupaam est le nom du génie local qui habite la falaise du CAP DE NAZE) . Cet espace comprend au total, en plus de la Réserve les terroirs de huit villages environnants. Ces derniers sont représentés par des GIE (Groupements d’intérêt Economique des femmes) pour former un collectif inter-villageois pour la protection de la nature, appelé COPRONAT et comptant 1555 membres. Avec le soutien financier de plusieurs bailleurs de fonds, le programme actuel du RFPPN s’articule autour de cinq volets :

a) Gestion de la déforestation : Pépinière, Aménagement des bois villageois, Création d’un réseau de distribution de combustibles

b) Gestion de la salubrité : Organisation de la collecte et du tri des déchets ménagers, Traitement et transformation en compost, Construction des latrines.

c) Gestion des pénuries alimentaires : Création de banque de céréales, Création des banques de crédit, Maraîchage.

d) Formation à la gestion communautaire des aires protégées : Formation autour de six (6) thèmes que sont Traitement des ordures, Maraîchage, gestion des espaces naturels, Initiation en informatique, Hôtellerie, Construction d’un centre de formation, Equipement informatique et audio visuel

e) Gestion de l’accueil : Agrandissement et équipement du campement touristique

 

2.    Le contexte local

La réserve naturelle de POPENGUINE a été créée en 1986 par décret n° 86 - 604 du 21 mai 1986. Elle est composée de deux ensembles d’écosystèmes naturels distincts : il s’agit :

-          d’une partie continentale, d’une superficie de 1009 ha, constituée par la partie de l’ancienne forêt classée, crée depuis 1936. Elle est essentiellement formée de collines découpées, dont le CAP de NAZE culmine à 74 m.

-          d’une frange maritime, d’une largeur de 1/2 mile marin. Elle est principalement composée d’un habitat rocheux qui constitue une zone de frayère pour les poissons.

L’objectif à la création de la réserve était la réhabilitation d’un milieu fortement dégradé du fait de la coupe abusive du bois de chauffe, d’un surpâturage et enfin des sécheresses successives. La restauration de la lagune temporaire constitue également une raison qui a motivé la création de la réserve, en ce sens qu’elle abrite une partie de la migration des oiseaux du Paléarctic Occidental.

La réserve est ainsi le dernier des parcs nationaux créés depuis 1954, dans le but de servir d’exemple de participation communautaire à la gestion d’une aire protégée.

D’ailleurs, elle se particularise ainsi tant dans ses objectifs que de l’approche de sa gestion. En fait, il s’agit d’un écosystème en restauration.. Enfin, elle constitue un exemple peu commun de participation active des populations limitrophes à l’effort de restauration de la biodiversité.

 

3. Problème abordé par l’expérience

La réserve naturelle de POPENGUINE a besoin d’être protégée contre l’exploitation irrationnelle des ressources végétales et contre la divagation du bétail domestique.

 

4. Activités développées pour résoudre ce problème

Nos activités sont axées principalement sur :

·         l’installation de pépinière

·         le reboisement et la lutte contre la déforestation et l’insalubrité

·         La lutte anti-érosive

·         La gestion des aires protégées.

Notre méthodologie a été de restituer à la base toutes les informations reçues. C’est ainsi que le rôle du Corps de la Paix Américain a été d’amener une de nos collègues en formation sur les techniques de greffage et d’arboriculture dès le début de la création du groupement en 1987. A son retour, elle a effectué une restitution auprès des autres femmes. Ces formations ont été élargies grâce à un programme financé par la Commission Européenne et comprend les volets suivants :

·         Les techniques horticoles et maraîchères

·         Les techniques de pépinières et de reboisement

·         La gestion des déchets ménagers

·         La gestion des espaces naturels.

 

5. Réalisation

Une centaine de femmes volontaires du Collectif ont pu bénéficier pendant deux ans de huit séances de formation sur chaque  thème précité. Chaque formation durait cinq jours et les participantes étaient chargées d’effectuer une restitution à la base.

Les mécanismes employés pour la restauration de la biodiversité sont :

·         La production des pépinières dans chacun de huit villages Une partie des ces pépinières est destinée au reboisement (bois de chauffe) et une autre partie est destinée à la vente (arbres fruitiers et plantes d’ornement).

·         La lutte contre l’érosion : il s’agit de faire des cordons pierreux, des barrages culinaires et des gabions pour diminuer la vitesse des eaux de pluie afin de freiner l’érosion.

 

6. Les contraintes et les futures activités à développer

Nos principales contraintes sont :

·         La tenue fréquente des réunions de sensibilisation et d’information au niveau de huit villages du collectif.

·         L’enclavement de quelques villages. Ceci rend difficile les séances de sensibilisation et de pouvoir véhiculer les informations à temps;

·         Le changement de pouvoir au Sénégal avec l’alternance politique arrivée le 19 mars 2000 et qui pousse certaines personnes à confondre politique et développement.

Pour surmonter toutes ces contraintes, nous organiserons des causeries élargies au niveau de chaque village pour sensibiliser et informer en cas de nécessité.

Nos principales finalités sont l’augmentation du quota de céréales et de gaz butane qui posent un gros problème du fait de l’augmentation sans cesse du prix d’achat.

Nous pensons procéder par des voyages d’étude dans d’autres pays voisins pour approfondir nos connaissances. A partir de ces voyages, nous pensons échanger nos idées et expériences dans la sous-région.

 

7. Leçons apprises

Nous travaillons pour la protection de l’environnement, sur la gestion des ressources naturelles en collaboration avec la Direction des parcs nationaux du Sénégal. Ces expériences nous ont permis de bien maîtriser notre environnement et d’avoir l’adhésion des populations. Toutes les femmes de Popenguine sont actuellement convaincues que seul le travail paye.

Nous conseillons à nos consœurs de bien protéger et de bien gérer leur environnement, car la terre ne nous appartient pas, nous l’avons empruntée à nos ancêtres et nous nous devons la garder pour nos petits-fils.

 

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