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Titre de l’expérience :  Utilisation durable des plantes médicinales par les guérisseurs traditionnels de Timbé

 

Auteurs :       Association des Guérisseurs traditionnels de Timbé

 

Pays : Côte d’Ivoire

 

Village : Timbé – Sous-Préfecture de Katiola

 

Région écologique :   Savane

 

Résumé :

 

Autrefois, la région de la Sous-Préfecture de Timbé était riche en gibier et en plantes médicinales. Face à la régression progressive et alarmante des plantes médicinales et de leur patrimoine génétique, les communautés villageoises des Sous – Préfectures de Timbé ont entrepris de contribuer à la recherche de solutions durables. Cette initiative partie des tradithérapeutes, a atteint les différents responsables de la communauté villageoise et de la région. Après une série de discussions et débats entre les responsables de la communauté villageoise et les tradithérapeutes, des décisions relatives aux propriétaires terriens ont été prises. Il s’agit  des mesures dissuasives visant à freiner l’exploitation abusive des parcelles de terre.

Profitant de leur influence sur les communautés villageoises dans lesquelles ils vivent et exercent leur métier de guérisseurs traditionnels, les tradithérapeutes ont entrepris la sensibilisation des communautés villageoises par l’intermédiaire de leurs responsables que sont : les chefs de village et les Notables, les Présidents des Jeunes, les Présidentes des femmes, des villages de Timbé et de quelques villages frontaliers de la Sous-Préfecture de Fronan.

Par ailleurs, des actions de sensibilisation et de dissuasion ont été engagées, contribuant à une meilleure prise de conscience de la communauté, et à une diminution de la vente des parcelles de terre. La mise en culture d’espèces de plantes médicinales sur une parcelle de un hectare devrait permettre à ces communautés villageoises de conserver des espèces utiles, surtout médicinales menacées de disparition.

 

Contact : Association des Guérisseurs traditionnels de Côte d’Ivoire Section de Timbé

                        Prof. KONE Penahouré, Président

UFR Biosciences, Université de Cocody - 22 BP 582 – Abidjan 22

COTE D’IVOIRE

 


1.      Organisation locale 

 

Le Groupe des Tradithérapeutes (Section AGUECI de Timbé)

Le groupe des tradithérapeutes de la section AGUECI se compose d’une vingtaine de membres tous originaires de la région.

 

Les Communautés Villageoises

Les tradithérapeutes ont entrepris la sensibilisation des communautés villageoises, avec lesquelles ils vivent et exercent leur métier de guérisseurs, et leurs responsables que sont : les chefs de villages et les notables, les présidents des jeunes, les présidentes des femmes, des villages de la sous-préfecture de Timbé (Kabolo, Timbé, Kafigué, Worougbankaha, Yékolo, Koffissiokaha, Kassémé, Toumbo, Attienkaha) et de quelques villages frontaliers de la Sous-Préfecture de Fronan (Tafolo, Kanangonon, Takala).

L'ensemble (Tradithérapeutes, Communautés Villageoises, Autorités Politiques et Administratives) fonctionne par une concertation permanente, surtout lorsqu'un problème se pose, à un niveau quelconque. les tradithérapeutes, de concert avec les responsables de la communauté villageoise, rendent compte périodiquement, et à l'occasion des problèmes posés sur le terrain, des mesures pratiques envisagées ou décidées après concertation.

 

2. Contexte local

Bien avant l’époque de la colonisation, les populations ivoiriennes, à l’image de toutes les populations africaines ont eu recours à la médecine traditionnelle pour leurs besoins de santé tant au niveau des villes que des villages. La perte de la biodiversité, généralement causée par le défrichage rapide de la végétation à des fins d’expansion de l’agriculture et de l’élevage, les feux de brousse, et l’exploitation forestière, a entraîné une baisse spectaculaire des ressources en remèdes traditionnels. A cela, il faut ajouter le phénomène de l’urbanisation galopante de nos villes et des demandes sans cesse croissantes des populations pour les besoins de santé, que la médecine moderne n’arrive pas complètement à  couvrir malgré les efforts des pouvoir publiques.

Les communautés rendent responsables de cette situation des personnes étrangères, nantis de moyens d'exploitation plus développés, qui exploitent des superficies de plus en plus grandes, diminuant constamment toutes leurs réserves de terres et avec elles, leurs richesses floristiques et faunistiques.

Sont mis en cause par la communauté, les exploitants agricoles modernes, les exploitants forestiers, et les exploitants de charbon de bois qui déciment tous les grands arbres et les principales essences de la savane soudanienne, qui sont reconnues être des plantes médicinales utilisées dans la pharmacopée africaine. Par exemple l'arbre de karité (Butyrospemum parki) exploité pour le beurre de karité, l'arbre à néré (Parkia biglobosa) dont le fruit contient une substance contre l’hypertension, l'iroko (Chlorophora excelsa) qui est un bois recherché, le tamarinier (Tamarindus indica) exploité en pharmacopée africaine, de même que les grands arbres (“séculaires”), reconnus traditionnellement pour intervenir dans la « magie » des faiseurs-de-pluie dans les villages.

Les régions étudiées, était autrefois riches en gibiers divers, tels que les aulacodes (Thryonomys swinderianus), les céphalophes (Cephalophus spp.), les cobes (Cobus spp.), très prisés en cuisine africaine en sont devenues pauvres.

Les guérisseurs traditionnels ont une grande influence sur la communauté dont ils ont la responsabilité des soins de santé. Ils utilisent les plantes et les substances naturelles pour la fabrication des médicaments qu’ils utilisent. Au sein de l’AGUECI, ils ont entrepris de contribuer à la recherche de solutions durables au problème de santé de la communauté par la protection, la conservation et la gestion locale de leur milieu naturel et de leur diversité biologique. Pour cela,  différentes séances de concertations, d'abord entre eux, puis avec les responsables de la communauté villageoise (Chefs de Village et Notables, Chefs des Jeunes, Présidentes des Femmes), et les Responsables Politiques et Administratifs de la Région (Sous-Préfets, Maires, Secrétaires et Délégués Politiques)..

 

3. Problème abordé par l’expérience

 

Aujourd’hui, les ressources végétales nécessaires à la tradi -thérapie continuent de baisser, avec des effets beaucoup plus marqués dans les zones rurales dans lesquelles les populations en sont fortement dépendantes. C’est pourquoi les communautés villageoises des sous-préfectures de Timbé sont inquiètes de la réduction progressive et alarmante de leurs terres fertiles, ainsi que du couvert végétal et de la faune qu'elles abritent.

 

4. Activités développées pour aborder ce problème

Le groupe des tradithérapeutes sont eux-mêmes, pour la plupart, des cultivateurs qui exercent leur fonction de guérisseur à mi-temps. Aussi, la dégradation du milieu naturel et leur incidence sur les plantes médicinales les préoccupent. Ils ont entamé des réflexions sur la dégradation et la dévastation progressive et persistante de leur patrimoine floristique naturel. Avec les responsables des communautés villageoises, ils ont pris ensemble des décisions, après discussions et débats. Ces décisions concernent :

a)      Des mesures de sensibilisation des propriétaires des parcelles de terres villageoises : par exemple ceux-ci sont sensibilisés pour ne pas accorder, ni vendre leurs parcelles de terres aux personnes étrangères à la communauté villageoise, particulièrement aux commerçants, aux exploitants forestiers, aux exploitants de charbon de bois etc...

b)      Des mesures dissuasives visant à freiner l'exploitation abusive des parcelles de terres : par exemple en instituant un droit de péage pour tout exploitant forestier ou charbonnier qui traverse le village et emprunte une piste allant vers les parcelles concernées. Ces pistes sont gardées à l'aide de barrages que réalisent les jeunes du village. Les droits de péages perçus sont reversés à la caisse du village, pour les actions de développement du village

c)      Les propriétaires terriens  qui accordent ou vendent leurs terres devront indiquer le périmètre précis de leurs parcelles, de sorte que l'exploitation agricole, forestière ou charbonnière ne concerne que ce périmètre précis, et n'atteigne pas les terres voisines. Ainsi la flore et la faune des périmètres voisins seront conservées intactes.

Les tradithérapeutes et les responsables des communautés villageoises ont pris contact avec les Sous-préfets de Timbé, de Fronan et de Katiola, les Maires de Fronan et de Katiola, les Secrétaires et les Délégués politiques de Timbé, de Fronan et Katiola, afin de les informer des dispositions et des mesures prises et envisagées, en vu d'une meilleure stratégie de gestion locale concertée du patrimoine naturel et de sa diversité biologique.

 

 

 

5. Réalisations

La principale méthodologie utilisée est la sensibilisation de la communauté villageoise pour la conservation durable de la nature et de la diversité biologique. Il y a également la méthode de Dissuasion des contrevenants à la conservation de la nature par la prise de mesures coercitives (exemple : barrage des pistes des exploitants forestiers et charbonniers, afin qu'ils payent des droits à la Communauté Villageoise). Il faut citer également l'utilisation de l'influence des tradithérapeutes sur la communauté villageoise, de l'influence des personnes qui font tomber la pluie et celle des autorités politiques et administratives de la région. L'une des grandes finalités de cette activité est la conservation et l'exploitation durable des plantes médicinales au niveau local, avec comme corollaire l’accès facile à ces ressources pour les soins de santé des communautés.

 

6. Les futures activités à développer

 

Pour la suite des activités de la section Timbé, il est prévu de renforcer  la sensibilisation-dissuasion des communautés villageoises, et d’envisager la réalisation d’un projet de  protection de périmètre de plante  et  d’un projet de plantation de plantes médicinales suivant le protocole suivant :

a)      La Protection de périmètres de plantes naturelles : un hectare au moins par Tradithérapeute. Ce périmètre naturel doit être entretenu, nettoyé et protégé, en réalisant chaque année un pare-feu autour de lui, pour le préserver des feux de brousse.

b)      La culture des plantes médicinales un hectare au moins par tradithérapeute. Chaque guérisseur devra planter sur cet hectare l'essentiel des plantes qu'il utilise pour soigner, de sorte à conserver les espèces florales concernées et éviter leur éventuelle disparition.

 

7. Leçons apprises

La méthode sensibilisation-dissuasion a été plus rentable, car elle a permis une prise de conscience individuelle et collective sur l’importance des ressources naturelles dont dispose la communauté et de la nécessité de son utilisation rationnelle.

L'action des Tradithérapeutes et de la communauté villageoise, pour être efficace, doit être connue et soutenue par les autorités politiques et administratives, eux-mêmes impliquées dans les programmes gouvernementaux de conservation de la nature et de la diversité biologique : Parcs Nationaux (PN), Réserves Nationales de la Faune et de la Flore (RNFF), Plan Directeur Forestier (PDF), Plan National d'Action Environnemental (PNAE), Programme Cadre de Gestion des Aires Protégées (PCGAP), etc..

Cette expérience a permis aux tradithérapeutes de Timbé (Section AGUECI), aux communautés villageoises de la région de Timbé, aux autorités politiques et administratives de la région, de contribuer à promouvoir la gestion locale efficace et concertée de la nature, ainsi que de sa biodiversité. Elle a également contribué à l'utilisation et au renforcement de l'influence et des capacités des tradithérapeutes sur les communautés villageoises, dans la recherche des solutions à la dégradation du patrimoine naturel et de sa biodiversité. Il s’agit également d’une contribution à la recherche locale d'un programme d'action concertée, entre différents partenaires (tradithérapeutes, communautés villageoises et autorités officielles), pour la gestion locale du patrimoine naturel.

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