| Titre de l’expérience : Le système de conservation des semences par les paysans au Burkina Faso
Auteurs : Fédération Nationale des Groupements Naam (FNGN) Pays : Burkina Faso Villages : Gassan, Kougny, Kaïn et Pobé-Mengao : Province du Yatenga Région écologique : Savanes soudanaises Résumé : La Fédération Nationale des Groupements Naam (FNGN) est l’une des plus importantes organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest. Elle a été créée en 1967 par Bernard Lédéa OUEDRAOGO, et reconnue en 1978 comme ONG. Elle possède des structures à tous les niveaux administratifs du pays : village, département, province et nation. La FNGN travaille avec les villageois et collaborent avec les organismes d’Etat et d’autres ONG. L’expérience de conservation de semences concerne quatre villages : Gassan Kougny, Kaïn et Pobé-Mengao et trois provinces : Nanyala, Yatenga et Soum. Les ethnies que l’on y retrouve sont : Mossi, Bwaba, Samo, Dafing, Peuhl et Dogon. Dans le Yatenga, les populations cultivent le mil chandelle, le sorgho, le niébé, le maïs, le gombo, l’arachide, l’oseille et le pois de terre. Pour la conservation des récoltes destinées à la consommation ou aux semences les pratiques traditionnelles font appel à différents matériels, techniques et plantes conservatrices. Parmi les matériels de conservation utilisés, nous avons les greniers multiformes en paille ou en banco pour conserver les épis en vrac ou en bottes, les jarres très variées construites avec de la terre argileuse, pétrie avec de la paille pour conserver uniquement des graines ; les canaris, les marmites, les gourdes, les sacs,…sont aussi utilisés pour stocker les récoltes destinées à la consommation ou aux semences. Pour lutter contre les termites, les villageois utilisent les résidus de beurre de karité pour badigeonner les greniers, les excréments d’animaux, les cendres de karité, la fumée dans les cases…La sélection des semences est assurée par le chef de famille, et est parfois associée à des rituels socio-culturels ou religieux. Contact : Fédération Nationale des Groupements Naam BP 100 – Ouahigouya – BURKINA FASO Tél. 226 55 04 11 / 55 42 92 – Fax 226 55 01 62 Email : fngnagf@fasonet.bf 1. La Fédération Nationale des Groupements NaamLa FNGN ou Fédération Nationale des Groupements Naam est l’une des plus importantes organisations paysannes d’Afrique de l’ouest ; créée en 1967 par Bernard Lédéa Ouédraogo. Elle est reconnue comme ONG depuis 1978. Sa philosophie est « Développer sans abîmer ». Le siège est à Ouahigouya dans la Province du Yatenga. à 182 km de Ouagadougou. Sa couverture géographique en janvier 2000 est de 85 unions réparties dans 28 provinces du Burkina. Il y a au total : Environ 654 000 adhérents dont 53 % d’adhérentes femmes ; -5260 groupements (38 % hommes, 36 % femmes ; et 26 % mixtes) répartis dans 1518 villages. La FNGN entretient des contacts avec des autorités légales du pays par l’intermédiaire du BSONG (Bureau de suivi des ONG) qui dépend du Ministère du Plan et de la coopération. La FNGN travaille en relation avec les organismes d’Etat tels que l’INERA, les CRPA (les centres Régionaux de Promotion Agropastorale), le service des Eaux et Forêts, le Ministère de l’Organisation du Monde Rural, ainsi q’avec d’autres ONGs, dans le cadre de la formation et de la sensibilisation des villageois.La structure de la FNGNa - au niveau du village, existent les comités de gestion du groupement et d’activité, et Comité de coordination villageois ; Chaque groupement qui se constitue se dote d’un comité de gestion.b - au niveau du département, Il y a le bureau de l’union : Les groupements forment au niveau du département une union qui élit un bureau. Chaque union se dote d’un comité technique formé d’un technicien spécialisé pour chaque activité (Conservation des eaux et des sols, maraîchage, élevage alphabétisation, audio visuel, banque de céréales, moulins etc.) c - au niveau de la province : Six responsables élus forment le bureau de l’inter-union. d - au niveau national : Les unions au nombre de 85, forment la Fédération Nationale des Groupements Naam à laquelle sont rattachées 14 cellules techniques d’appui. Les cellules sont formées d’un ou de plusieurs responsables techniques compétents et capables d’assurer la formation des responsables paysans. Ce sont des ingénieurs hydrauliciens, géographes, agronomes, formateurs économistes, gestionnaires et d’hommes de terrains disposés à travailler avec les paysans dans un esprit de complémentarité des compétences, tenant compte du savoir et de l’expérience paysanne.
2. Contexte localLe Milieu naturelLa présente enquête a été menée dans quatre villages (Gassan Kougny, Kaïn et Pobé-Mengao) et regroupe trois provinces (Nanyala, Yatenga et Soum). Ces villages sont situés entre les parallèles 12° 30’et 14°00’ nord et les méridiens 1°30’ et 3° 30’ Ouest. Ils sont distants en moyenne de 100 km sur des axes différents par rapport à Ouahigouya qui est le chef lieu de la province du Yatenga situé à 182 km de Ouagadougou. Le climat est de type Nord Soudanien, Sub-Sahélien et Sahélien avec respectivement des pluviosités moyennes de 700 mm, de 600 mm et de 450 mm, réparties entre 55 et 90 jours par an. Les villages étudiés appartiennent au secteur soudanien septentrional et au secteur sahélien srtict, respectivement du domaine soudanien et du domaine sahélien défini par Guinko (1984). La flore est caractérisée par une savane arbustive composée de principaux ligneux comme Vitellaria pardoxa, Combretum micranthum, Ptérocarpus lucens et Balanites aegyptiaca et des herbacées dominantes suivantes : Andropogon gayanus, Andropogon pseudapricus, Loudetia togoensis et Schoenefeldia gracilis. Cette aire correspond principalement à une aire d’extension du mil et dans une moindre mesure de sorgho, d’arachide et de niébé. Les différentes ethnies sont : Mossi, Bwaba, Samo, Dafing, Peul et Dogon. Les sols sont gravillonnaires, latéritiques, argileux, et sablonneux.
La variabilité génétique agricole existanteLa variabilité génétique est constituée principalement de : Sorgho, mil chandelle, Niébé arachide et Gombo. Le nombre de variété de sorgho est plus élevé partout et cela explique que les paysans aiment beaucoup cette céréale qui est la base de leur alimentation. Les autres variétés ne sont pas moins importantes et constituent les variétés locales du paysan malgré qu’il existe aussi quelques variétés améliorées du niébé.
3. Problème abordé par l’expérience Il s’agit de décrire le système traditionnel de conservation des semences par les paysans.
4. Activités développées pour aborder ce problème Des recherches documentaires, des observations dans les villages et des enquêtes complémentaires auprès des paysans dans les 4 villages (Gassan, Kougny, Kain et Pobé-Mengao) ont permis d’aborder le problème. Les observations directes accompagnées des prises de vues ont été effectuées dans les villages sur des greniers, des jarres, des gourdes et les arbres. Les entrevues ont été axées sur des questions relatives à la sélection et à la conservation de la variabilité biologique en milieu paysan. Soixante dix neuf (79) paysans dont 49 hommes et 30 femmes ont donc été enquêtés dans la deuxième décade du mois de juin 2001, pendant une semaine soit en moyenne deux jours par village. Les animateurs d’union dans chaque village ont joué un rôle de facilitation pendant les discussions ce qui a permis de recueillir les informations nécessaires pour ce travail.
5. Réalisation La sélection des semencesLe choix des semences se fait au stade de la maturité complète, juste avant la récolte du champ et tient compte des dates de semis, de la bonne maturité des épis, des panicules, de l’aspect satisfaisant et de la beauté des grains chez les céréales; Chez les légumineuses, ce sont les bonnes gousses, bien remplies qui sont retenues et après le décorticage, ce sont les meilleures graines qu’on retient. Le chef de famille s’occupe généralement de la sélection des semences de céréales (mil et sorgho) mais il peut arriver que ce dernier soit indisposé ou appelé à faire autre chose mandate l’aîné de la famille pour sélectionner. En cas d’absence de l’aîné de la famille, la première femme aguerrie peut sélectionner. Il existe quelque fois des rituels socioculturels et religieux juste avant de procéder a la récolte des semences. La Conservation des semences-la conservation est confiée a un adulte désigné dans la famille. Ce dernier doit avoir une bonne main. La conservation se fait soit très tôt le matin avant le lever du soleil pour éviter l’entrée des rayons solaires dans les différents matériels soit durant une période ou la lune n’éclaire pas. Dans la plupart des cas la conservation des semences doit tenir compte de certaines obligations et des interdits. Nous retenons ceci pour un minimum de conduite à tenir lorsqu’on veut conserver les semences en milieu paysan : - les mains doivent être frottées à de la potasse; - la femme qui connaît ses règles ou qui allaite ou qui est en grossesse ne doit ni toucher aux matériels ( greniers, jarres, gourde calebasse tec.) Ni manipuler les semences pour des raisons non encore bien expliquées jusque là. Les différents matériels de conservationIl existe une diversité de des matériels utilisés par les paysans pour stocker les récoltes et conserver les semences. Les ages varient de 2 a 190 ans. Il s’agit : - Des greniers multiformes, en paille (Kergo en Mooré) ou en banco, pour conserver les épis en vrac ou en bottes. Le « kergo » reposant sur les blocs de latérites est soutenu par le bois. Le grenier simple en banco peut se présenter comme une case ronde ou rectangulaire et repose sur au moins 9 blocs de latérites. - Les jarres très variées construit de terre argileuse pétri avec de la paille généralement de Digitaria exilis (fonio). « Bibla » est le nom Moore de jarre qui peuvent exister plus de 60 ans. Elles servent a conserver uniquement des grains. Les canaris, les marmites, les gourdes, les bidons de 20 litres, les boites de tomate, les fûts de 200 litres et les sacs sont autant de matériels utilisés pour stocker les récoltes destinées a la consommation ou aux semences. La manière de conserver Les épis et les panicules sont nattés puis suspendus aux arbres ou classés dans un coin de grenier ou du silo. Aucun produit de conservation. Les épis ou panicules sont rassemblés en « diguiri » petits tas pour le mil ou en « kaloré » petites grappes pour le sorgho, et conservé sur les arbres, proches de la concession ou sur les toits des cases ou souvent dans un même grenier que les récoltes. Les panicules et épis des céréales sont attachés en botte et conservés au grenier ou dans les silos en paille. Les graines des légumineuses sont conservées dans les silos en terre, dans les marmites et des jarres. Les espèces et les produits utilisés pour conserverLe plus souvent les céréales en épis ou panicules ne nécessitent pas de produits de conservation. Cependant les autres semences en demandent. Les semences de légumineuses sont mélangées à de la cendre chauffée et conservées dans les jarres, canaris, ou sacs. Les feuilles de « Youmbyouga » (Hyptis spicigera) servent aussi de plantes de conservation. La conservation des gousses d’arachide s’effectue sans produit de conservation. Les grains du Niébé sont mélangés soit à la poudre de feuilles d’arbre soit avec de la cendre préchauffée. Le Gombo est soit attaché au poutre des cases soit, se conserve sous forme de fruits accrochés par les pédoncules aux arbres, soit sous forme de grains enrouillés dans les canaris ou dans les gourdes. L’intérêt de suspendre les semences c’est la réduction du taux d’humidité a un niveau raisonnable pour assurer la viabilité des graines. Pour lutter contre les termites, les paysans utilisent très souvent les résidus de beurre de karité, les charbons des anciennes piles les excréments d’animaux et les cendres de karité et de Combretum fragrans (Koimiga en Mooré) pour badigeonner les greniers. Les plantes suivantes sont aussi utilisées pour conserver les légumineuses ; ce sont : Cissus quadrangularis, Hyptis spicigera, Hyptis suaveolens, Sansevieria liberica, boscia senegalensis, Crotalaria pallida et Hibiscus asper. Une utilisation rationnelle des techniques endogènes CES : par l’usage des cordons pierreux ; du zaï, du reboisement ; de compost .La conservation des eaux et des sols (CES) : C’est une technique de lutte contre la dégradation des terres de culture en particulier ; dégradation due aux forts courants de ruissellement des eaux de pluies qui lessivent les sols. Les populations construisent en général des cordons pierreux suivant les courbes de niveau pour ralentir le courant de l’eau et favoriser ainsi son infiltration dans les champs de culture. Le Zaï : C’est une technique qui permet de pratiquer l’agriculture sur des terres totalement lessivées grâce à la mise en place de poquets dont les dimensions varient sur le type de culture envisagé. Cette technique permet également une utilisation rationnelle des intrants (engrais organiques, semences etc.).Le reboisement : Il s’agit surtout du reboisement des ouvrages CES et d’autres ouvrages contre les effets des phénomènes naturels (vent, ruissellement des eaux etc.).La valorisation des ressources locales : Par l’usage des fosses fumières, des parcs d’hivernage. Le Phosphate naturel peut recapitaliser la fertilité des sols. Le compost peut être produit facilement en milieu paysan pour amender les terres de culture. Les techniques de production doivent être dispensées et le suivi de l’application desdits techniques doit être de rigueur. Les formationsElles ont porté sur les thèmes suivants :- les techniques de fertilisation et de gestion de la fertilité des sols (usage du compost, rotations culturales et les plantes de couverture)- la notion de sélection en tenant compte des différents critères (bonne qualité des graines, la maturité, la résistance ou tolérance aux nuisibles. - la production et la distribution des semences (recherche sur la production de semences de base et certifiés). - la défense des cultures (lutte génétique par des variétés résistantes ou tolérantes, les pratiques culturales par des dates de semis de gestion des résidus de rotation et fertilisation et lutte chimique par des extraits naturels de « neem » (Azadirachta indica) ou de pourgère (Jatropha curcas) Les femmes participent activement dans tous les domaines agricoles. Elles se réservent exclusivement la culture du piment, du gombo, du « daa », du « gara », du « boutou ».
6. Les contraintes
Plusieurs principaux goulots d’étranglement, qui sont surtout des contraintes dues à la nature, interviennent dans la sélection variétale. On peut citer :Un environnement pédoclimatique défavorable Il s’agit essentiellement du comportement capricieux et agressif du climat, de la pauvreté naturelle des sols et de la faible utilisation des intrants. Les contraintes biotiques Ce sont la faible productivité des cultivars traditionnels due à la sensibilité au photopériodisme, surtout chez les céréales, aux actions néfastes des nuisibles (Insectes, maladies attaquant les tiges, feuilles, graines, le mildiou, les mauvaises herbes dont le Striga. Les contraintes techniques de stockageLes causes de la détérioration des semences connues par les paysans sont l’humidité, la température, les insectes et la main de l’homme. En effet, une petite variation de la teneur en eau a un effet important sur la durée de conservation. La teneur qui prolonge la viabilité des semences pendant le stockage est autour de 7 % (IPGRI, 1995). Cependant, les paysans ne disposent que de leur méthode traditionnelle de séchage qui ne leur permet pas de connaître cette teneur. Quelquefois, les semences sont conservées avec un taux d’humidité un peu plus élevée, ce qui entraîne le plus souvent des champignons sur les stocks. Les contraintes sociales Le paysan est souvent confronté à la famine. Il est donc difficile pour lui de conserver les semences pour la prochaine saison. Les graines destinées à la consommation et aux semences sont conservées dans le même grenier.
7. Leçons apprises. Le système de conservation des semences en milieu paysan est resté traditionnel depuis des années. La biodiversité cultivée est essentiellement locale. Il existe une variabilité importante de matériels et de produits de conservation à laquelle les paysans sont fermement attachés. Les efforts ont été fournis pour pérenniser cette conservation mais les contraintes environnementales, biotiques, techniques, sociales demeurent toujours. Pour envisager une amélioration dans la gestion durable des ressources agricoles, le paysan doit bénéficier de la formation pour lui permettre de faire face aux multiples goulots d’étranglements et pour bien utiliser les techniques endogènes de conservation des eaux et des sols.
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