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Titre de l’expérience : La pêche à Ganvié : la gestion durable des ressources halieutiques par les pêcheurs

 

Auteurs :       La communauté des propriétaires d’acadja de Ganvié et ID - Pêche

Pays : Bénin

Village : Ganvié, Département de l’Atlantique

Région écologique :   Village entièrement lacustre

Résumé :

Le village lacustre de Ganvié occupe une grande partie du lac Nokoué ouvert sur l’Océan Atlantique par le chenal Totché de Cotonou. L’activité principale qui y est pratiquée est la pêche, et ceux qui exercent cette activité sont installés sur le lac vers le 18è siècle, en fuyant les razzias des rois d’Abomey. La division sexuelle du travail est très accentuée : tandis que l’homme s’occupe de la fabrication des engins de pêche, de la capture des produits, de la construction des trous à poissons et de l’aménagement des parcs à branchages dit Acadja, la femme est entièrement responsable des opérations post capture (transformation, conservation, commercialisation) et de l’entretien du ménage. Elles peuvent également pêcher les crabes nageurs et collecter les huîtres.

La gestion traditionnelle des pêches repose sur trois composantes : la croyance et la crainte des dieux, le respect de la parole des aînées et le contrôle social. Les acteurs de la gestion traditionnelle des pêcheries sont : les chefs traditionnels, les chefs de collectivités familiale, les chefs féticheurs et les notables. Les parcs à  branchages ou acadja restent une pratique qui porte moins atteinte à la conservation de la biodiversité car contribue à la régénération des ressources halieutiques. Les interdits occupent une place de choix dans les mesures traditionnelles d’aménagement. Actuellement, l’Etat et la coopération bilatérale contribuent à la gestion durable des pêcheries à travers les comités de pêche. Mais leur succès est mitigé et explique la naissance actuelle de cogestion ou gestion participative de la pêche.

La communauté de Ganvié est très hiérarchisée. L’héritage se fait de père en fils, et les pratiques relatives au lignage est conservée jusqu’à ce jour où cohabitent tendances individualistes et communautaires. Les communautés de pêcheurs utilisent une diversité de techniques et d’engins de pêche. Plusieurs d’entre eux sont dévastateurs et ont des impacts négatifs. La gestion traditionnelle des ressources halieutiques utilisent des méthodes d’aménagement spécifiques, avec des interdits associés à des sanctions.

 

 

Contact :

·         Pêcheurs propriétaires d’Acadja – Village de Ganvié

·         ID – Pêche, 03 BP 3558 – Cotonou – BENIN

Téléphone : 229 32 42 36 Fax : 229 33 05 19 ; 229 33 84 34 ; E mail : ldehy@yahoo.fr


1.      Brève description de l’organisation locale 

Nous sommes ici en cité lacustre. On compte près de 22.000 habitants à Ganvié. Les principaux usagers du plan d’eau sont les pêcheurs et pisciculteurs, les femmes transformatrices et commerçantes des produits halieutiques, les transporteurs des branchages pour acadjas et pour des activités non liées à la pêche ; on peut citer également les commerçants et les commerçantes des produits pétroliers, de matériaux de construction et de divers produits manufacturés.

Les pêcheurs sont installés sur le lac Nokoué vers le 18esiècle par une population fuyant des razzias des rois d’Abomey. Cette communauté est très hiérarchisée. L’héritage se faisait de père en fils et la question de lignage est très conservée jusqu’à ce jour où cohabitent tendances individualistes et communautaires. L’activité principale est la pêche. La division sexuelle du travail est très accentuée, tandis que l’homme s’occupe de la fabrication des engins de pêche, de la capture des produits, de la construction des trous à poisson et de l’aménagement des parcs à branchages dits acadjas, la femme est entièrement responsable des opérations post-capture et de l’entretient du ménage. Les femmes peuvent pêcher les crabes nageurs et collecter les huîtres mais elles monopolisent surtout toutes les activités post-captures

Dès le bas âge, les enfants abandonnent l’école et sont initiés à ces métiers dans l’optique de poursuivre l’héritage qu’ont laissé les parents compte tenu de l’enclavement de la zone et le peu d’attrait qu’elle offre par apport à la ville ; les fonctionnaires de l’Etat sont très peu motivés pour aller servir dans le milieu ce qui joue considérablement sur l’enthousiasme des enfants face à la scolarisation.

2.      L’ONG partenaire : ID pêche

 

Enregistrée sous le N° 95/35/MISAT/DC/DAT/SAAP-ASSOC du 27/02/1995, Initiatives Développement Pêche (I.D. Pêche) est une association à but non lucratif créée en 1994 par une équipe de professionnels des pêches artisanales.

 

Ses objectifs

·        Concourir au développement économique et social du secteur des pêches artisanales dans la sous-région (Ghana, Togo, Bénin et Nigeria).

·        Aider à l’émergence des organisations professionnelles dans la perspective de leur auto-promotion et leur autonomie.

·        Aider à la conception, la mise en œuvre et l’animation de programmes d’épargne et de crédit.

·        Réaliser des études et procéder à tous autres travaux en relation directe avec la pêche artisanale.

·        Œuvrer à la sauvegarde de l’environnement.

 

Sa stratégie

ID Pêche croit au développement participatif et se présente comme :

·        Une structure d’appui qui accompagne des actions et projets identifiés et initiés par des groupements de pêcheurs et de femmes transformatrices – commerçantes de poissons pour un développement intégré des pêches artisanales.

·        Une structure de formation dont l’expertise fait acquérir aux communautés de pêcheurs, de nouvelles connaissances susceptibles d’améliorer qualitativement leurs activités.

·        Un cadre de concertation, d’échanges d’expériences et de savoir-faire.

 

Domaines d’activités

Les activités réalisées couvrent les domaines suivants :

·        Organisation des acteurs de la pêche artisanale.

·        Formation pour le renforcement des capacités des organisations professionnelles.

·        Appui pour des activités de transformation, conservation et commercialisation des produits de pêche.

·        Mise en place d’un système d’épargne – crédit adapté au secteur de développement rural intégré.

·        Appui aux activités agricoles (maraîchage, conservation des céréales, etc).

·        Etudes – Appui – Conseil et Suivi dans les pêches.

·         Formation sur divers thèmes du secteur des pêches et de l’agriculture.

3. Contexte local

Ganvié occupe une grande partie du lac Nokoué ; ses habitants constituent en majorité les occupants du plan d’eau. Le lac Nokoué est l’un des plus grands lacs du pays avec une superficie de 150 km². Il est ouvert sur l’océan l’Océan Atlantique par le chenal Totché de Cotonou long de 3 km environ. La pêche s’y pratique intensément pendant au moins sept mois de l’année (de décembre à juin où les eaux sont basses). La crue provenant du fleuve Ouémé et de la rivière Sô vers juin réduit les activités de pêche.

Techniques et engins de pêche : les communautés de pêcheurs utilisent une diversité de techniques et d’engins de pêche. Dans le cadre de cette étude, nous insisterons sur les engins dévastateurs et la technique de reconstitution de la faune selon la compréhension des pêcheurs.

Le filet fixe ‘’Médokponou/Tokpokonou ‘’ : c’est un type de filet fixe qui pêche les poissons de petite tailles et particulièrement les ethmaloses  qui n’ont pas encore atteint la taille de première maturité sexuelle. Il pêche également des Saratherodon melanothron ainsi que des crevettes de petites tailles.

Le filet fixe ‘’avê ‘’ : il est spécialisé dans la capture jeunes poissons et crevettes durant leur migration vers la lagune ou la mer.

Le filet traînant ‘’azui’’ : c’est un genre de chalut traîné par deux pêcheurs pour la pêche des crevettes. Il n’aurait pas été considéré comme un engin destructeur si son maillage était moins fin.

Le filet ‘’épervier ‘’ : de moins en moins utilisé sur le lac Nokoué selon la déclaration des pêcheurs, ce type d’engin n’est utilisé que par les pêcheurs qui pratiquent la pêche de subsistance à cause de son faible pouvoir pêchant. Il est surtout utilisé par les enfants qui apprennent à pêcher et par des pêcheurs non loin des parcs acadjas pour avoir du poisson destiné à l’autoconsommation immédiate.

            Les acadjas

A la fois considéré comme technique d’élevage, piège et refuge où les poissons naissent, se nourrissent, se développent, l’acadja (parcs de branchages) peut être considéré comme un moyen de reconstitution de la biodiversité et une technique de rente pratiquée par la grande majorité des pêcheurs du sud Bénin. Ainsi, considérés comme une expérience socio-économique et contribuant à la sécurité alimentaire, ils seront traités avec plus de détails par rapport aux autres engins de manière à servir d’exemple de conservation de la biodiversité à partager.

L’implantation de l’acadja consiste en la délimitation d’une clôture avec des bois très résistants pouvant résister aux courants forts des crues et aux grands vents. Des branchages sont disposés en grandes quantités de manière à tapir le site sur une hauteur de 0,5 à 1 mètre. De petites allées ça et là sont aménagées, facilitant le passage des pirogues au cours de l’exploitation. Un habitat artificiel est ainsi constitué pour certaines espèces de poissons. L’acadja offre une protection contre les prédateurs, sert de frayères commodes et de l’alimentation par le développement du plancton sur les surfaces des branchages immergés et sur le fond de l’eau clos enrichi par la décomposition du bois.

Une fois l’acadja aménagé, le refuge qu’il constitue favorise la pénétration des poissons pendant plusieurs mois, voire plus d’un an. Quatre facteurs fondamentaux concourent à la croissance de la population de poissons dont l’importance relative varie au fur et à mesure que l’acadja mûrit : l’immigration des poissons extérieurs, leur croissance et leur reproduction à l’intérieur de l’acadja, la densité des branchages pendant la crue.

L’exploitation d’un acadja de grande superficie (ava) se fait une ou deux fois par an. La pêche dans ces acadjas nécessite une main d’œuvre importante et un matériel adéquat composé surtout de filet, de nasses, de cages, d’éperviers, de perches et de pirogues que l’exploitant loue ou apprête la veille du  début de l’exploitation.

Impacts de l’implantation des acadjas sur le lac

Impacts positifs : Les acadjas sont considérés comme l’une des techniques les plus productives de la pêche continentale du Bénin et du lac Nokoué en particulier. En effet, par sa pratique, le stock de poissons est sans cesse renouvelé. Certains écrits font état d’un rendement d’une tonne/hectare contre 0,2 à 0,3 tonne/hectare dans les lagunes Ouest-Africaine sans acadja (Van Thielen, 1994 cité par Aglinglo).

Par ailleurs, elle constitue une source de fourniture importante de protéine animale par rapport aux autres techniques de pêche et crée une multitude d’emplois pour la satisfaction des besoins vitaux des acteurs de cette activité (vendeurs de branchages, pêcheurs, femmes transformatrices, commerçants de matériels de pêche). Ainsi, les acadjas constituent un mode d’exploitation de rente qui suscite beaucoup d’engouement au sein des pêcheurs du Sud-Bénin par l’importance des revenus qu’ils leur procurent. Par exemple, les recettes d’exploitation varient de 3 à 1é millions de francs CFA selon la superficie et la densité des branchages du parc.

De plus, les acadjas contribuent à la réduction du stock du poisson importé.

Impacts négatifs : L’installation d’un parc nécessite beaucoup d’investissement dans une communauté où les capitaux font généralement défaut.

L’installation des parcs avec leur extension a rendu la navigation lagunaire très difficile due essentiellement à l’occupation anarchique des espaces occupés par ces parcs. Ensuite, la réduction de l’espace de pêche en eau libre aux autres corps de métier  entraîne des conflits entre les exploitants des acadjas et ceux des autres engins de pêche.

Sur le plan écologique, le couvert végétal est continuellement détruit suite aux prélèvements des branchages; ce qui fait d’ailleurs reculer sans cesse les zones d’approvisionnement en branchages. En effet on observe déjà une dégradation progressive sinon très avancée du couvert végétal immédiat du lac. A cela s’ajoute la réduction de la durée d’efficacité des branchages suite à l’attaque des tarets dont la prolifération est due à l’augmentation de la salinité de l’eau.

 

La gestion de la pêche à Ganvié

L’histoire de la gestion des pêcheries du lac Nokoué révèle à nos yeux trois différents modes de gestion : la gestion traditionnelle, la gestion par l’administration des pêches et la gestion participative.

La gestion traditionnelle

Dans les sociétés traditionnelles africaines, et dans celles des pêcheurs du lac Nokoué en particulier, trois éléments nous semblent constituer les bases sinon la force de la gestion traditionnelle des pêcheries. Ce sont la croyance et la crainte des dieux, le respect de la parole des aînés et le contrôle social.

Dans le milieu pêcheur, tout le monde croyait aux dieux vulgairement appelés Vaudou. On les craignait fortement parce qu‘elles sont considérées comme des dieux vengeurs et punitifs en cas de violation de leurs interdits. Il est à souligner que la plupart des mesures d’aménagement des pêches seraient dictées sous la bénédiction de ces divinités.

Ensuite le respect de la parole des aînés et des notables des villages constitue le second pilier sur lequel reposent les mesures d’aménagement. Dans les sociétés africaines, l’éducation depuis le bas âge est faite pour amener l’individu au respect strict de la parole des aînés et des personnes âgées parce que, de par leur âge et leur sagesse, ils sont supposés incarner et défendre infailliblement les intérêts de la communauté. En ce qui concerne les interdits sur la pêche, ils sont élaborés par le conseil des notables de chaque localité ou de l’ensemble des villages du lac.

Le troisième élément considéré comme la base de la gestion traditionnelle des pêches sur le lac Nokoué, est la société elle-même qui, grâce à la cohésion qui y régnait, exerçait un contrôle sur chaque individu, quant au respect des normes définies par tous et censées renforcer cette cohésion.

Les mesures traditionnelles d’aménagement

Les mesures traditionnelles d’aménagement sur le lac Nokoué sont  de nature à la fois divine, parce que intimement liées aux divinités de l’eau, et humaine car elles sont faites aussi pour protéger l’activité dominante des hommes sur le lac. Ces mesures ont pour objectifs :

-          d’éviter d’offenser les divinités de l’eau, pourvoyeuses du lac en poisson ;

-          préserver la ressource en lui permettant de se reproduire et d’atteindre la taille adulte ;

-          d’éviter l’utilisation des engins et techniques destructeurs.

Les tableaux suivants présentent l’importance des interdits et des mesures d’aménagement adaptées par les communautés.

 

Interdits traditionnels relatifs à l’utilisation du plan d’eau

 

INTERDITS LIES A L’AMENAGEMENT

INTERDITS NON LIES A L’AMENAGEMENT

Interdiction de pêcher certains jours de sacrifice ou d’offrande aux dieux

-          Interdiction pour une femme en  période de menstruation d’aller sur l’eau

 

-          Fermeture périodique de la pêche

 

- Interdiction de siffler sur l’eau

Interdiction d’utiliser les filets à mailles fines

-          Interdiction de se battre sur l’eau

 

-          Respect d’un certain espacement pour les lattes des nasses

 

-          Sacrifices propitiatoires aux divinités des eaux ‘but : attirer plus de poissons dans le lac)

-          Interdiction de pêcher dans les lieux sacrés

 

Interdiction de verser le sang humain sur le lac suite à une bagarre

-          Interdiction de pêcher dans les bas-fonds

 

-          Interdiction de fumer sur l’eau

-          Interdiction de passer sur l’eau avec la lumière la nuit

 

Interdits relatifs à l’aménagement des pêches

 

ELEMENTS D’AMENAGEMENT

MESURES CORRESPONDANTES

-          Les engins de pêche

-          Interdiction d’utiliser les filets à mailles fines

-          Respect d’un certain espacement entre les lattes des nasses

-          Préservation des zones de reproduction

 

-          Interdiction de pêcher dans les lieux définis comme sacrés

§         Interdiction de pêcher dans les bas-fonds

-          Ouverture, fermeture de la pêche

-          Fermeture et ouverture périodiques de la pêche

§                    Un jour sur quatre interdits de sortie pour la pêche

-          Limitation de l’effort de pêche

 

Activités de pêche menées uniquement par les hommes (enfants  et femmes ne pêchaient pas).

 

Au-delà de tous ces facteurs favorables au respect des interdits, la crainte de la sanction en cas de transgression des interdits est un élément déterminant dans le respect de ces mesures.

Les sanctions

Elles sont variées et proportionnelles à la gravité de la faute commise. Ces sanctions vont d’un simple châtiment corporel à l’exclusivité sociale.

 

Fautes et sanctions correspondantes

FAUTES

INTENSITE

SANCTIONS CORRESPONDANTES

Pêcher un jour interdit, pêche dans les bas-fonds et lieux sacrés

Grave

Soulèvement populaire, démolition de la maison du fautif, refus de lui vendre à manger, refus d’acheter le poisson pêché par le fautif, amendes : 1 mouton, 1 cochon, 2 poulets, 10 l de sodabi (liqueur locale), farine de maïs, huile rouge, noix de colas, poivre + 10.000 F CFA

Pêcher pendant la fermeture de la pêche pour raison de cérémonie

Moyenne

Amendes : 1 poulet, huile rouge, noix de colas, 2 l de sodabi.

Utilisation de nasses à lattes serrées ou de filets à petites mailles (rares)

Moins grave

Saisie des filets et nasses du fautif.

 

Les sanctions ont pour objectif premier de punir la faute commise, mais leur ultime but semble être de faire prendre conscience à l’individu des conséquences néfastes de la violation des prescriptions et de lui faire réparer la faute.

Si après ces sanctions, la personne n’accepte pas de réparer sa faute et quitte le village, par exemple, les mêmes sanctions l’attendent dès qu’elle s’installe dans un autre village. Elle n’a donc de répit que quand elle accepte de se soumettre à la sanction. Le signe de son acceptation de la faute et de sa volonté de réparer est qu’elle se met un rameau autour du cou et va se prosterner devant le chef féticheur et le chef traditionnel. C’est alors que les amendes à payer lui sont citées comme mentionnées au tableau ci-dessus. Une fois que les amendes exigées sont payées, des cérémonies d’apaisement des divinités de l’eau sont organisées et l’individu est réintégré à la société.

Aujourd’hui, la gestion traditionnelle s’est réduite à certains interdits tels que :

-          quelques jours de fermeture de pêche,

-          quelques interdits non liés à la pêche.

Parmi les causes de cette dégradation de l’autorité traditionnelle, on peut citer :

-          l’introduction au développement des religions monothéistes ;

-          la désacralisation avec ce qu’elle a entraîné de démystification ;

-          le changement des valeurs traditionnelles au contact du monde extérieur et d’autres valeurs ;

-          le non respect de la parole des aînés ;

-          la forte croissance démographique avec une forte pression sur la ressource.

4. Problème abordé par l’expérience

La gestion traditionnelle durable des ressources halieutiques est le principal problème abordé par les pêcheurs de Ganvié, qui ne font pas toujours une gestion rationnelle des plans d’eau. Toutes les causes citées plus haut ont affaibli l’autorité de cette gestion traditionnelle. Cette situation a entraîné une prolifération de nombreux engins peu favorables à la durabilité de la ressource.

5. Activités développées pour résoudre ce problème

Face à ces problèmes, l’Administration des Pêches a tenté d’apporter des solutions. Elle a instauré une gestion étatique de même qu’une co-gestion avec les pêcheurs pour une gestion plus rationnelle en vue de la sauvegarde des écosystèmes aquatiques. Des bureaux ont été mis sur pied et structurés. Les membres ont été sensibilisés à une meilleure gestion de l’environnement.

6. Réalisation

La gestion étatique

Avec la gestion étatique, beaucoup d’efforts louables ont été fournis et le sous-secteur de la pêche en a ressenti les effets bénéfiques. Mais, il est important de reconnaître que le succès avec cette gestion est limitée, car les bonnes initiatives et même les mesures réglementaires élaborées avec beaucoup de soin n’ont pas connu l’aboutissement souhaité à cause des facteurs limitants tels que :

-          l’absence d’un système efficace de vulgarisation ;

-          le manque de ressources financières ;

-          la non implication des pêcheurs dans l’élaboration des textes réglementaires ;

-          des mesures réglementaires non adaptées à la réalité socio-économique des pêcheurs concernés parce que ne tenant pas compte des dispositions traditionnelles existantes en la matière.

De plus, le fait que l’Administration des Pêches veuille jouer le rôle de vulgarisateur et d’agent de répression a fini par créer une méfiance entre elle et les pêcheurs et à rendre difficile leur adhésion. Ce souci mitigé de la gestion étatique des pêches a donné lieu à la persistance des problèmes et a appelé à la recherche d’une autre forme de gestion plus efficiente.

Aujourd’hui, après les résultats mitigés de la gestion étatique , l’approche d’une co-gestion fait actuellement ses expériences de gestion rationnelle des plans d’eau.

 

L’expérience de la co-gestion avec les comités de pêche

La gestion étatique des pêches est une gestion centralisée entre les mains des structures décentralisées de l’Administration des Pêches, autant que la gestion traditionnelle a été purement locale. La co-gestion se veut plurielle quant à la mise à contribution des principaux intervenants dans le secteur des pêches.

Au Bénin, cette expérience se déroule depuis 1993 au sud-est et l’est du lac Nokoué. Aujourd’hui, il existe une centaine de comités de pêche dans le Sud-Bénin. Le comité de pêche se définit comme une structure communautaire regroupant l’ensemble des pêcheurs d’une localité en vue de la promotion des activités de la pêche. Il a à sa tête, un bureau exécutif. La mise en place du comité de pêche est une initiative de l’administration des pêches qui a reçu un écho auprès des pêcheurs. Le comité de pêche a pour objectifs :

-          de contribuer à l’exploitation rationnelle des ressources halieutiques ;

-          de sensibiliser et d’informer les riverains sur les dispositions légales en vigueur ;

-          de veiller au respect des règles traditionnelles visant la protection du milieu et des ressources ;

-          de servir de cadre de concertation et de conciliation dans le règlement des problèmes socio-professionnels qui pourraient survenir dans les limites de sa juridiction, le village ou la commune.

La co-gestion

Au regard de l’administration des pêches, quatre raisons fondamentales semblent motiver la mise en place des comités de pêche :

-          le vide créé par l’absence de gestion traditionnelle ;

-          l’échec de la gestion administrative ;

-          l’existence de nombreux problèmes sur le plan d’eau ;

-          la nécessité d’une forme d’organisation impliquant les pêcheurs pour venir à bout des problèmes relatifs à la pérennité de la ressource.

Cette initiative a reçu un écho favorable auprès des pêcheurs. En effet, leur préoccupation était de trouver une forme d’organisation efficace car les tentatives d’association en leur sein (bureau des propriétaires d’acadja, association des propriétaires de filets calés, coopératives), avaient des intérêts divergents et ne permettaient pas de résoudre globalement les problèmes de la pêche. En un mot les pêcheurs eux-mêmes sentaient le besoin d’une organisation. Ainsi la proposition de l’administration des pêches de mettre en place les comités de pêche par village ou par commune semble coïncider avec un besoin réel sous-entendu par une situation qui prévalait au niveau de la pêche. A un moment donné il s’est donc avéré nécessaire, du côté de l’administration ainsi que des pêcheurs, de conjuguer les efforts pour venir à bout d’une situation préoccupant l’un et l’autre.

Les comités ont mené à des degrés divers des activités directement liées à l’aménagement des pêches. Au nombre des activités on peut noter :

-          l’organisation de séances de sensibilisation sur les engins qu’il est souhaitable d’utiliser ;

-          des sorties de contrôle de mailles ;

-          des saisies et destruction d’engins à petites mailles utilisés par certains pêcheurs ;

-          le règlement de conflits entre pêcheurs ;

-          le reboisement des berges du lac ;

-          la délimitation avec l’administration des pêches des zones d’acadja, en vue de libérer des espaces pour la pratique de la pêche au filet etc.

 

 Appui de l’administration des pêches aux comités de pêche

Les appuis de l’administration, initiatrice des comités de pêche ont été :

-          l’organisation des sessions de formation des membres des comités des pêches sur leurs attributions et fonctionnements ;

-          le suivi et l’enclavement sur le terrain des comités de pêche ;

-          le support moral et physique lors des règlements des conflits même devant les juridictions.

 

 Le rôle du Projet Pêche Lagunaire (PPL) dans la mise en place des comités de pêche

Si l’administration des pêches a été le promoteur de l’idée de comité de pêche, c’est en fait le Projet Pêche Lagunaire, financé par la GTZ depuis 1987, qui a permis à cette idée d’éclore. L’appui apporté par ce projet à cette structure naissante de co-gestion est tout aussi bien technique, matériel que financier et se traduit par le financement de sessions de formation des comités, leur encadrement technique, la fourniture de logistique aux agents de terrain chargés de la mise en place et du suivi de ces comités.

7. La suite et les futures activités à développer

A l’étape actuelle, le bon fonctionnement des comités de pêche se heurte à de multiples problèmes ; les plus importants sont les suivants :

-          les comités ont tendance à faire de la répression alors qu’ils n’en ont pas là la compétence parce qu’ils ne sont pas assermentés ;

-          la reconversion des mentalités des pêcheurs par une compréhension de la nécessité de leur participation à la gestion de la pêche. Si aujourd’hui, un petit nombre est acquis à cette cause, ce n’est pas le cas pour la majorité ; ceci freine leur adhésion et les actions des comités de pêche.

-          le désintéressement des membres des bureaux des comités : un grand nombre parmi eux n’acceptent pas facilement de consacrer, sans contrepartie, une partie de leur temps à la mise en œuvre de la réglementation des pêches ;

-          le manque de moyens de travail, notamment une barque motorisée pour le déplacement rapide d’une équipe pour les opérations de contrôle sur l’eau ; les pirogues monoxyles étant inadaptées.

Ces différents problèmes, sans toutefois constituer un blocage aux actions des comités, ne facilitent pas la réalisation des objectifs.

Malgré les difficultés auxquelles sont confrontés actuellement les comités de pêche et l’appui limité de l’administration des pêches et autres, ils possèdent des atouts certains qui constituent leurs forces :

-          le fait que la mise en place du comité de pêche correspond à un besoin réel d’organisation ;

-          la participation des pêcheurs, et même des non pêcheurs, aux séances de sensibilisation et aux opérations de contrôle de conformité des maillages organisées par les bureaux des comités, (bien que dans le futur la base de l’adhésion des pêcheurs devra être élargie).

-          Les actions des comités, si modestes soient-elles, contribuent à la résolution de certains problèmes de la pêche (meilleure compréhension des buts des mesures réglementaires, utilisation équitable du plan d’eau entre propriétaires d’acadja et pêcheurs en eau libre, etc.) ;

-          L’utilisation de la structure traditionnelle de sécurité et de contrôle social, par exemple le ‘’Zangan’’ ;

-          La contribution à une gestion particulière des plans d’eau.

 

Au nombre des faiblesses ou facteurs limitant des comités de pêche, il y a lieu de mentionner d’ores et déjà les difficultés citées ci-dessus :

-          manque de matériel de travail ;

-          conversion des mentalités ;

-          motivation des membres des comités ;

-          tendance de substitution à l’administration des pêches.

A tout cela, il faut ajouter le manque d’intérêt immédiat pour les membres des bureaux des comités, parce que les activités de sensibilisation, de contrôle de conformité des maillages empiètent sur leur temps de travail.

Néanmoins, sur le plan triennal (1997-1999) de ce projet, figure en bonne place la multiplication, voire la généralisation, des comités de pêche sur l’ensemble du système lagunaire du sud Bénin.

8. Leçons apprises

Au nombre des engins et techniques de pêche sur le lac Nokoué, les parcs  à branchages appelés acadjas, malgré tous les problèmes sociaux qu’ils engendrent, restent une pratique qui porte moins atteinte à la biodiversité. C’est pourquoi loin d’être frappée d’interdiction, les réflexions militent en faveur de sa réorganisation.

Cette technique mérite alors un appui pour continuer son rôle de source de régénération des ressources halieutiques. Cet appui pourrait se traduire à travers des actions suivantes :

-          sensibilisation des pêcheurs à l’abandon des filets à mailles fines à l’exploitation des parcs acadjas ;

-          sensibilisation des femmes à l’abandon d’achat de produits halieutiques au stade juvénile ;

-          initiation ou appui aux études visant à l’amélioration du rendement des acadjas tout en réduisant la quantité de branchages et par conséquent, son impact négatif sur le couvert végétal ;

-          appui au reboisement dans les villages avoisinant le lac ;

-          accès facile au crédit adapté au sous-secteur.

Après analyse, il est aisé d’affirmer qu’il n’existe qu’un faible système de gestion traditionnelle des ressources sur le lac Nokoué. Cette gestion dont l’objectif ultime est la conservation de la ressource halieutique plonge ses racines dans les valeurs propres à ce milieu, à savoir la croyance et la crainte des dieux de l’eau et le respect de la parole des aînés. La mise en pratique des mesures et interdits édictées par les acteurs de cette gestion est aidée par les sanctions qui s’en suivent en cas de transgression et aussi par la cohésion et le contrôle social. Ce système de gestion traditionnelle a fait preuve d’efficacité quant au respect des règles visant la conservation du poisson aux bénéfices de toute la communauté jusqu’à l’introduction de nouvelles valeurs, notamment par la colonisation.

Les tentatives de l’administration aussi bien coloniale que post-coloniale ont abouti à un succès mitigé parce que souvent cette administration n’a pas les moyens de sa politique et que les mesures d’aménagement calquées sur une réalité autre que celle des pêcheurs concernés n’ont pas reçu l’adhésion de ces mesures. C’est ce qui fonde aujourd’hui l’expérience de co-gestion en cours sur le lac Nokoué et qui a pour base la gestion plurielle et participative de la pêche.

Mais pour que cette expérience aboutisse à un véritable partenariat entre l’administration et les pêcheurs, elle comporte des exigences pour les uns et les autres.

Pour l’administration, un effort doit être fait pour :

-          définir plus clairement son rôle auprès de cette structure naissante ;

-          la multiplier et la généraliser d’abord sur l’ensemble du lac Nokoué, sur les autres plans d’eau ensuite ;

-          élargir les bases de l’adhésion à la structure à un plus grand nombre de partenaires ;

-          mettre un accent particulier sur la sensibilisation et l’éducation des besoins à définir.

 

Pour les pêcheurs :

-          sensibiliser leurs confrères sur leur adhésion une gestion plus durable des ressources ;

-          s’organiser en union pour impliquer tous les acteurs intervenant dans l’exploitation des plans d’eau.

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