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Titre de l’expérience : La gestion de l’agrobiodiversité dans le village littoral d’Avlékété : rôle des femmes.

Auteurs :       * Groupements « Yémalin » d’Avlékété-île et « Affodoté »

   d’Avlékété-Houta

* Organisation des Femmes pour la gestion de l’Energie, de l’Environnement et la promotion d’un développement Intégré (OFEDI)

Pays : Bénin

Village : Avlékété, Département du Littoral

Région écologique : Zone littorale avec des mangroves

Résumé :

Situé à environ 25 km de Cotonou, le village d’Avlékété se trouve au Sud du Bénin, dans une zone littorale qui comporte des écosystèmes extrêmement fragiles, dont les mangroves avec des animaux et des végétaux adaptés à ces milieux. La population, dont une partie est d’origine ghanéenne (Guin et Ewé) pratique la pêche, l’agriculture et l’élevage. La vie économique du village est animée en majorité par les femmes qui travaillent individuellement ou en groupe.

La société traditionnelle est organisée autour d’un chef de village. Autrefois, un jour de repos a été décrété. Dénommé ZOGBODOGAN, il a lieu tous les neuf jours. Ce jour-là, agriculteurs et pêcheurs étant au repos, ils effectuent en commun tous les travaux de salubrité, de réparation de leurs filets, des barques ou débattent de la vie publique. Ce jour étant également le jour de fêtes des fétiches Vodoun, celui qui enfreint à la règle de repos paie une très forte amende et peut même y perdre sa vie ou la vie de l’un de ses proches. 

Avec l’explosion démographique et la surexploitation des ressources biologiques, des problèmes se posaient. Depuis 1995, l’ONG OFEDI aide les femmes à mieux structurer leur action économique basée sur une meilleure utilisation des ressources biologiques dans le respect de la nature et surtout des connaissances traditionnelles. Les populations d’Avlékété ont plusieurs pratiques et interdits qui leur permettent de réglementer leur vie quotidienne et de gérer au mieux les ressources naturelles. Dans le but de protéger la diversité biologique des mangroves, diverses activités intégrées ont été initiées pour amener les femmes à ne plus déraciner les palétuviers. Il s’agit de la construction des foyers économiques, de la plantation d’arbres, du maraîchage, des séances de sensibilisation, et de la mise sur pied d’une Caisse Rurale d’Epargne et Prêt (CREP).

 

Contact :

Organisation des Femmes pour la gestion de l’Energie, de l’Environnement et la promotion d’un Développement Intégré (OFEDI)

04 BP 1530, Cotonou – BENIN

Tél. 229 30 29 53 – Fax 229 30 30 84 ; Email : djinadoualice@yahoo.fr
1. Les groupements de femmes d’Avlékété

Le village d’Avlékété, un des villages côtiers du Bénin est localisé à 25 Km environ de Cotonou, la capitale économique du Bénin. L’ONG OFEDI (Organisation des Femmes pour la gestion de l’Energie, de l’Environnement, et la promotion d’un Développement Intégré) y intervient depuis quatre ans dans le cadre d’un écodéveloppement par la restauration de la mangrove et la gestion intégrée de cet environnement particulier.

Initialement, un groupement de 40 femmes d’Avlékété venant des deux agglomérations a été constitué et dénommé «Yémalin». Après deux ans, il a paru plus intéressant, sous les conseils de l’OFEDI et pour raison de commodité et d’efficacité, de scinder le groupement en deux, un dans chaque agglomération. Ainsi sont nés le groupement «Yémalin» d’Avlékété-île et que le groupement «Affodoté» d’Avlékété-Houta. La structuration des deux groupements a eu lieu le 06 Septembre 1997 sur la place publique. Chaque groupement a élu une Présidente, une vice – Présidente , une secrétaire et son adjointe, une trésorière et son adjointe, de même que trois commissaires aux comptes. Ces structures officiellement formées sont connues des autorités du village d’Avlékété.

2. L’ Organisation des Femmes pour la gestion de l’Energie, de l’Environnement, et la promotion d’un Développement Intégré

L’OFEDI (Organisation des Femmes pour la gestion de l’Energie, de l’Environnement, et la promotion d’un Développement Intégré) est une ONG qui offre un éventail de solutions aux multiples problèmes de l’énergie, de l’environnement et du développement. Elle a pour devise de maîtriser l’énergie et promouvoir un développement intégré dans un environnement sain.

L’organisation poursuit les objectifs essentiels suivants :

Ø      réunir et travailler avec toutes les personnes physiques et morales qui se préoccupent de l’étroite relation qui lie le développement et l’environnement d’une part, et reconnaissent d’autre part le rôle important et indéniable de la femme dans la société ;

Ø      promouvoir la foresterie sociale, la diversité biologiques et la gestion des déchets ;

Ø      élaborer et exécuter un programme adéquat d’éducation mésologique (éducation relative à l’environnement) ;

Ø      contribuer à la maîtrise de l’énergie domestique et à l’amélioration des techniques de transformation ;

Ø      contribuer à la promotion de la médecine traditionnelle ;

Ø      organiser et encadrer les femmes qui s’adonnent aux transformations agro-alimentaires afin d’améliorer les techniques de transformations, d’économiser de l’énergie et de les protéger contre les affections ;

Ø      promouvoir chez la population des comportements écologiques ;

Ø      revaloriser certaines plantes médicinales ou alimentaires en voie de disparition ;

Ø      aider les agricultrices, les ouvrières et les commerçantes à développer et diversifier leurs sources de revenus tout en gardant l’environnement sain et viable.

Ø      contribuer à la promotion de la femme de façon intégrée sur les plans environnemental, énergétique, socio-économique, etc..

3. Contexte local

La zone littorale du Bénin, d’une faible longueur (125 Km seulement) comporte des écosystèmes extrêmement fragiles. Une partie de la côte est urbanisée, le reste étant dédié à la pêche, à l’agriculture et à l’élevage. En l’absence d’une politique qui définisse et fasse respecter les règles d’une gestion rationnelle, le littoral béninois connaît de sérieux problèmes.

Le littoral est caractérisé par la diversité de ses formations végétales. On y retrouve des écosystèmes très particuliers dont un cordon littoral, des mangroves et des plans d’eau saumâtre. Ces écosystèmes très diversifiés constituent un réservoir et un refuge pour les animaux et les végétaux qui parviennent à s’adapter aux conditions de ce milieu.

Caractéristiques physiques et socio-économiques du village

Ø      Le climat

Le village jouit d’un climat sub-équatorial à deux saisons de pluie ; une grande saison de mars à juillet et une petite de septembre à novembre et deux saisons sèches. Sa pluviométrie moyenne se situe entre 1100 et 1300 mm. Au niveau de la mer, se développent les activités de pêche maritime artisanale.

Ø      Le sol : Il existe deux types de sols :

-          des sables littoraux en général pauvres : c’est le cordon littoral supportant des cocotiers et le fourré littoral,

-          des sols vaseux hydromorphes et des marécages en général plus fertiles, mais souvent difficiles à travailler, servent de support aux palétuviers, aux grandes fougères des mangroves et autres espèces, végétales et animales adaptées aux sols et aux eaux saumâtres.

Ø      La végétation : Elle comprend deux grandes zones :

-          La zone sableuse du littoral est dominée par les plantations de cocotiers, Filao, Eucalyptus et Acacia. La forêt naturelle y est pratiquement inexistante.

-          Les zones de bas–fonds constituent les aires de cultures vivrières et maraîchères. On retrouve le long des plans d’eau des Avicennia germinense et Rhizophora racemosa qui protègent les berges.

Ø      Le milieu humain : Selon le recensement général de 1992, le village d’Avlékété compte une population d’environ 5 154 habitants dont le groupe ethnique Xwla constitue la majorité. On note deux agglomérations dont une d’origine ghanéenne (GUIN et EWE ) est située au bord de la mer : c’est Avlékété Houta. Ses habitants se livrent à des activités de pêche maritime. La deuxième agglomération, Avlékété île, est

Ø      L’organisation économique : Elle est basée sur : l’agriculture, l’élevage et la pêche. La vie économique du village est animée en majorité par les femmes qui travaillent individuellement ou en groupes. Celles-ci se livrent au petit commerce de diverses denrées (denrées vivrières, poisson fumé, etc.), à la transformation du coco en huile,à la production maraîchère  tomate, piment, légumes feuilles , etc., au fumage de poisson et d’autres produits halieutiques et à l’extraction artisanale de sel.

Les hommes se livrent essentiellement aux activités de pêche, à l’exploitation des cocoteraies, et dans une moindre mesure au maraîchage.

4. Problème abordé par l’expérience

L’état de pauvreté des populations des villages littoraux en général et des femmes en particulier, est lié à la gestion non rationnelle de leurs ressources naturelles qui s’amenuisent de plus en plus. 

5. Activités développées pour résoudre ce problème

L’OFEDI a utilisé plusieurs approches et développé plusieurs mécanismes et activités pour aider un tant soit peu les femmes à comprendre que la survie dépend d’une meilleure gestion de leur environnement. Des séances de sensibilisation, de formation et de démonstrations de même que des dons ont été organisées. Tout au long de ces activités, l’OFEDI a veillé à la protection du savoir local.

Les outils de collecte des données sont la documentation, la pré – enquête, l’enquête par questionnaires, les entretiens informels, les entrevues semi – structurées et l’observation directe. Ensuite, des activités sont réalisées pour résoudre les problèmes soulevées pendant les enquêtes.

Les mécanismes de protection du savoir local

Les populations d’Avlékété ont plusieurs pratiques et interdits qui leur permettent de réglementer leur vie quotidienne et de gérer au  mieux les ressources naturelles que leur ont laissé leurs ancêtres. L’OFEDI, à travers des séances d’information et de sensibilisation, en a discuté avec elles et les a encouragé à les maintenir.

Depuis les temps anciens, un jour de repos a été décrété et dénommé ZOGBODOGAN qui se succède tous les neuf jours. Ce jour-là, les pêcheurs ne vont pas à la pêche ; les agriculteurs ne vont pas au champ. Ils restent au village. Ils se reposent ou effectuent en commun tous les travaux de réparation de leurs filets, des ponts et des routes, de leurs barques ou mènent des débats sur la place publique. Tout le monde nettoie le village. Quant aux femmes, elles s'occupent de la réparation de leur foyer économique.

La raison du décret de ce jour est qu’il s’agit du jour de fête des fétiches Vodoun. Celui qui enfreint à la règle de repos ce jour-là et qui va pêcher ou cultiver paie une très forte amende et peut y perdre sa vie ou la vie d’un de ses proches.

Les palétuviers qui bordent le long du plan d’eau Djèssin sont très fortement prélevés par les femmes et hommes pour leurs activités quotidiennes. Néanmoins, il y a un îlot forestier qui est encore très fourni. La raison est que personne n’a le droit d’y toucher. La légende dit que quelqu’un y touche, même si on ne le voit pas, on le sait car les moustiques envahissent le village pendant trois mois. La raison est qu’il s’agit de la forêt fétiche et le domaine du fétiche Avlékété qui a donné son nom au village. Ainsi, cet îlot constitue une réserve inestimable de ressources naturelles pour le village. Le fait que personne ne peut y prélever des palétuviers permet aux animaux aquatiques de se reproduire à l’aise. On trouve dans les environs toutes sortes de poissons, à savoir : Wétin, Apklo, Apkavi, Ofin, etc.. Si l’on attrape quelqu’un qui y a pénétré, on détruit sa maison, et il dépense plus de 200 000 F. Au pire, s’il ne sait pas bien négocier, il peut y perdre sa vie ou la vie de l’un de ses proches.

Autrefois, il y avait des endroits où l’on ne devait jamais jeter le filet. Il s’agit des endroits réservés aux Vodoun, protecteurs du village. Au risque donc de les chasser, il était interdit d’y pêcher. Mais avec la révolution, tout cela a un peu disparu.

Des temps anciens jusqu’à nos jours, il est interdit de toucher à un arbre dénommé Kpatin, le Newbouldia laevis. C’est la plante utilisée par les Vodoun lors de leurs sorties. Quelqu’un qui en coupe est pendu par les pieds pendant 15 jours.

Il existe des méthodes locales pour la conservation des semences de cultures maraîchères. Les graines de tomate sont séchées et mises en bouteille jusqu’à la prochaine saison de culture. On laisse le gombo durcir, sécher et on le conserve à l’abri des souris. Il existait une ancienne variété de tomate Kèkèfo, qui a progressivement remplacée par les variétés améliorées.

6. Réalisation

Dans le but de protéger la diversité biologique de la mangrove, plusieurs activités sont menées de manière intégrée avec les groupements et parfois avec toute la population. L’approche systémique nécessite que l’on aborde le problème du bois-énergie non pas seulement en reboisant et en utilisant des foyers économiques, mais en menant également avec les femmes des activités qui leur permettent d’améliorer leurs conditions de vie en augmentant leurs revenus.

Le constat est que les activités de génération de revenus des femmes sont fortement tributaires du bois. Or, le bois est très cher, ce qui amène les femmes à aller le chercher dans les formations forestières environnantes. Ce prélèvement intensif entraîne le déboisement de la mangrove. Les femmes se rabattent sur les palétuviers, ce qui crée un déséquilibre écologique. Or ces palétuviers rouges, que l’on retrouve le long des berges et au milieu des cours d’eau, servent de frayère pour les animaux aquatiques. Ils vont s’y reposer, pondre et s’alimenter. Leur disparition entraîne donc le dépoissonnement de ces cours d’eau. De plus, le bois de ces espèces donne beaucoup de fumée et leur crée des problèmes de santé.

Diverses activités intégrées ont donc été menées pour amener les femmes à ne plus déraciner les palétuviers. Il s’agit de :

 

Ø      Construction des foyers économiques

Ce sont des foyers qui ont pour caractéristique d’utiliser moins de bois que les foyers traditionnels.

Plusieurs types de foyers avaient été conçus compte tenu des usages quotidiens que les femmes. Il y avait donc 3 types de foyers économiques:

- Foyers économiques pour la préparation artisanale du sel

- Fumoirs économiques pour le fumage du poisson

- Foyers économiques pour la cuisson quotidienne des repas.

Les femmes ont très bien apprécié ces types de foyers économiques. Néanmoins, elles ont souhaité que ces foyers économiques aient 2 ou 3 brûleurs avec une seule chambre de combustion afin de maximiser le gain de temps, ce qui fut fait.

Les foyers sont entièrement construits avec des matériaux locaux : terre de barre, argile, tourteaux (fibres de palme) ou paille et un peu de sable. Pour le réaliser, les femmes pétrissent convenablement l’argile ou la terre de barre et y ajoutent les autres constituants. Pour la construction d’un foyer économique pour la cuisson de sel, on procède de la manière suivante : à l’aide de corde et de quelques briques, on trace quatre cercles concentriques et l’on y pose les 2 bassines que l’on entoure d’argile pétrie. L’épaisseur le couronne du foyer est d’au moins 10 à 15 cm. Après 1 ou 2 jours selon les cas, on aménage l’ouverture du foyer qui doit respecter les normes d’un foyer «éco» c’est-à-dire assez réduite, capable de conduire de l’air sans exiger beaucoup de bois et ayant une assez épaisse couronne (20 cm) pour conserver l’énergie.

Après la construction des foyers économiques, les membres de l’OFEDI et les femmes elles-mêmes mesureront la performance des foyers et une étude énergétique comparative (foyer ancien et foyer «éco») est menée.

 

Ø      La plantation d’arbres et de palétuviers

Toujours dans la but de restaurer la mangrove et limiter le déboisement de cet environnement, des arbres à croissance rapide ont été plantés. Les espèces plantées sont retenues avec les femmes qui obtiennent les terrains de leurs maris ou des autorités politico-administratives locales. C’est ainsi que chaque année de 1994 à 1998, sous les cocotiers et  le long du cordon littoral, un total de 4.000 plants d’Acacia auriculiformis, 2.000 plants d’Acacia mangium, 4.000 plants d’Eucalyptus equisefolia et 4.000 plants de filao.

Une première coupe a été déjà faite et les arbres repoussent.

Pendant trois ans, des palétuviers rouges ont été plantés le long des berges dans le mois de décembre.

 

Ø      Cuisson de sel solaire

Une autre action permettant de réduire la pression sur les formations forestières de la mangrove a été la cuisson du sel solaire. Jusque-là, le sel était toujours artisanalement cuit sur le feu dans des foyers grands demandeurs de bois. Un voyage d’études a été organisé par l’OFEDI pour amener les femmes d’Avlékété voir comment cela se faisait à Houakpè-Daho, village voisin. Ensuite, l’OFEDI les a correctement formées et leur a fourni des bâches.

 

Ø      Le maraîchage

Les femmes ont été appuyées pour la mise en place et l’entretien de pépinières de piment vert communément appelé «Gbatakin». Sur le plan de la rentabilité économique, le coût de production se calculait à partir des données suivantes :

Pour une superficie de 400 m² par personne, avec un écartement de 0,80 m pour obtenir 500 plants : du défrichement au transport en passant par l’entretien et la récolte, on a un total de 15.000 F  Le coût de vente à raison de 150 FCFA par plant est de 75.000 FCFA d’où une marge bénéficiaire brute de 60.000 FCFA.

 

Ø      Formations et séances d’éducation environnementale

Il faut noter que depuis 1995, l’OFEDI saisit toutes les occasions pour éduquer la communauté toute entière et les femmes en particulier. Cette tâche est subdivisée en plusieurs activités qui s’intègrent : éducation relative à l’économie du bois-énergie; éducation relative à l’amélioration du cadre de vie, éducation relative à la gestion durable des ressources naturelles, éducation pour la gestion des activités génératrices de revenus et autres sujets. Afin de se rendre compte de ce que captent les femmes, des concours avec remise de prix sont organisés.

Des formations ont été menées sur plusieurs sujets : construction de foyers économiques, mise en place et entretien d’une pépinière de plants et de piment, installation et entretien des plantations d’arbres, cuisson du sel solaire, gestion des activités génératrices de revenu.

Après avoir été formées à la cuisson de sel solaire et à la construction de foyers économiques, les femmes des groupements d’Avlékété sont devenues des formatrices et personnes ressources qui ont monnayé leur savoir-faire à plusieurs séminaires dans d’autres régions du pays.

Toutes ces formations  et séances de sensibilisation se sont couronnés par une émission rurale radiophonique dénommée « Atchapkodji ». C’était une sorte d’évaluation interne pour l’OFEDI car l’animateur de la radio posait des questions aux femmes sur le sujet de la gestion rationnelle de leur environnement et les femmes répondaient et évoquaient les acquis des différentes activités menées avec l’ONG.

 

Ø      Commercialisation de bois- énergie

Toujours dans le but de freiner le prélèvement du bois dans la mangrove, les femmes ont très bien épousé l’idée de créer un stock de bois de feu provenant des plantations de bois de feu de Pahou. Ce stock est géré par un comité de femmes du groupement. La commercialisation se poursuit normalement et des bénéfices substantiels de plus de 25 % sont observés à chaque opération.

 

Ø      Commercialisation du pétrole

Toujours pour améliorer les conditions de vie des femmes, l’OFEDI les a organisées autour de la commercialisation du pétrole, une source d’énergie très précieuse dans ces localités. Ce commerce leur apporte un bénéfice de 25 F par litre et leur permet au groupement de s’exercer à la gestion financière.

 

Ø      Mise sur pied d’une Caisse Rurale d’Epargne et Prêt (CREP)

En vue d’améliorer les conditions de vie des femmes autour des activités qu’elles mènent quotidiennement, l’OFEDI leur a apporté un appui technique matériel et financier à travers la formation et la mise en place d’une ligne de crédit. Le système de crédit choisi en commun avec les femmes est celui de la Caisse Rurale d’Epargne et Prêt (CREP). Un projet à trois composantes a été mené : volet activités génératrices de revenus, volet crédit et volet formation.

La création de la CREP d’Avlékété a eu lieu au sein du village. Elle a été présidée par Dr. Gléhouénou Bernardin, Responsable de l’ONG internationale Sasakawa Global 2000, formateur en analyse d’activités économiques et consultant pour monter le programme de crédit dans le cadre de ce projet. Il a expliqué le rôle de la CREP: l’épargne, le retrait et le crédit. Le taux d’intérêt d’épargne est 6 % par an et le taux d’intérêt de crédit est 15 % par an. La contribution de chaque adhérent au capital social est de 2.000 F et les droits d’adhésion s’élèvent à 500 F. Il a ensuite cité quelques activités de la CREP: vente d’engrais chimiques, achat de moulins pour le village, la sécurité sociale des membres qui s’abonnent. La sécurité sociale permet aux membres d’être pris en charge pour les frais médicaux par la CREP de même que des membres de leurs familles ( onze personnes pour un membre ). Ce membre doit payer 25.000 F par an. Avant l’accord d’un crédit, le membre doit donner des garanties en nature valant le crédit qu’on lui accorde. Le crédit accordé à un membre qui meurt par la suite doit être remboursé par sa famille.

Après toutes ces explications, l’élection du comité de gestion et de surveillance de la CREP a été faite et le rôle de chaque responsable a été expliqué. Le gérant et son adjoint commenceront à être payés après six mois.

Leur salaire varie selon l’évolution de la CREP. De même, le crédit doit être accordé aux membres six mois après la création de la CREP. Les membres fondateurs ont été au nombre de 69 : ce sont ceux qui ont payé un droit d’adhésion de deux cent (200 ) francs.

Le gérant et son adjoint ont subi une formation afin de pouvoir assumer le rôle qui est désormais le leur. Ils ont, entres autres, appris à remplir les documents pour les membres de la CREP. Plusieurs réunions ont eu lieu avec les responsables de gestion et de surveillance de la CREP pour leur donner plus de détails et répondre à leurs questions. Un local a été mis à disposition par un leader d’opinion du village pour abriter la banque. Cependant, il a été réfectionné par l’OFEDI avec la contribution des populations. Il faut retenir que la CREP ne concerne pas uniquement les groupements ; toutes les autres couches des populations de la localité peuvent y adhérer, épargner et prendre des prêts.

 

Ø      Allocation de crédits

A plusieurs reprises depuis 1998, des crédits individuels et communs ont été octroyés aux femmes membres des groupements. Le remboursement a commencé après une période de trois mois. Chacune des femmes a décidé de faire du petit commerce avec son crédit individuel. Le crédit commun est utilisé pour la culture du piment, la production d’huile de coco et le petit commerce en groupe. Les prêts sont remboursés à la CREP qui se charge de leur octroyer un autre prêt dès que les conditions s’y prêtent.

 

Ø      Divers dons

Chaque année, l’OFEDI fait don aux deux groupements de divers matériels nécessaires pour faciliter leur travail quotidien : il s’agit de bassines pour la cuisson du sel, de coupe-coupe, de houes, d’arrosoirs, de bottes pour les travaux au champ, de bâches pour la cuisson du sel solaire, des médicaments.

 

7. Les contraintes et les activités à développer

Les goulots d’étranglements sont nombreux et contraignants.

 

Ø      L'insuffisance de fonds

Les moyens financiers ne suffisent pas pour satisfaire les membres du groupement chacune individuellement ou pour les activités en commun. Il faudrait plus de bâches pour que l’activité soit rentable.

 

Ø      Le retard dans l'exécution de certaines activités

Quelques activités n'ont pas été exécutées aux moments indiqués favorables. C'est le cas de la plantation des palétuviers et de la préparation de sel solaire qui sont deux activités saisonnières et de la commercialisation du bois de feu. Les raisons du retard sont  diverses et varient selon l'activité.

Le retard au niveau du reboisement des berges de la mangrove est dû aux pesanteurs culturelles et à une certaine ignorance des populations qui s'y sont opposées au départ. Pour le sel solaire, les raisons sont d'ordre climatique : parfois, après la saison des pluies, les eaux se retirent tardivement et les espaces pour installer les bâches restent longtemps humides. Quant à la commercialisation du bois, ce sont des difficultés de transport qui rendent cette activité pénible et pas aussi rentable qu’elle devrait l’être.

 

Ø      La non diversification des activités des femmes

Toutes les femmes d’Avlékété mènent les mêmes types d’activité. Les femmes utilisent le crédit commun pour mener une seule activité à savoir la préparation d'huile de coco. Cette activité est d'une part saisonnière du point de  vue rentabilité et d'autre part les femmes ne disposent pas du matériel nécessaire à l'exercice de cette  activité. L'activité s'est ainsi ralenti à un moment donné parce que peu rentable et complètement bloqué à un autre moment  parce que le moulin qui sert à écraser les noix de coco était en panne. Le propriétaire du moulin n'a pas jugé urgente la réparation de l'appareil bloquant ainsi cette activité dans toute la région qui dépend de ce moulin.

 

Ø      L'enclavement des zones

Le manque de débouchés pour les produits et le difficile accès à la région constituent un véritable problème. Le sel solaire et aussi plus difficile à écouler que le sel cuit, mais les femmes ont déjà réussi à contourner ce problème.

     Il n’est pas impossible de surmonter ces contraintes. Les femmes doivent apprendre à diversifier leurs activités génératrices de revenus, s’alphabétiser pour être capable de lire les fiches techniques des centres de recherche sur la manière de conserver les semences, et d’appliquer les itinéraires techniques des cultures qu’ils pratiquent.

 

Suite des activités

Les mesures incitatives intégrées utilisées par l’OFEDI ont montré aux femmes rurales d’Avlékété qu’il leur faut améliorer leur cadre de vie de diverses manières : en épargnant, en gérant mieux leurs activités sans utiliser capital et bénéfices dans les cérémonies, en restaurant la mangrove environnante dont dépend leur survie. A partir du projet GD, elles vont continuer et à accentuer leurs actions.

Après avoir entendu parler du projet Growing Diversity, les femmes d’Avlékété ont déclaré ceci : «Nous désirons partager notre expérience en formant toutes les autres femmes à la construction des foyers économiques et à la cuisson du sel solaire. Nous allons leur faire comprendre que leurs activités doivent aller dans le sens d’une gestion rationnelle des ressources naturelles et de leur environnement. Nous avons compris que nos activités entraînent la disparition des palétuviers de même que les conséquences y afférent »

L’OFEDI envisage un projet global pour tous les villages sur le littoral du Bénin donc la gestion de la mangrove qui est une formation spécifique à équilibre instable et précaire. La suite des activités consistera donc en la sauvegarde de cet écosystème fragile qu’est la mangrove sur tout le littoral béninois.

8. Leçons apprises

Tous les différents acteurs impliqués dans ce projet depuis sa conception jusqu’à son exécution en passant par son financement, ont acquis quelque chose :

L’organisation exécutante (OFEDI), en plus de la satisfaction morale, renforce son expertise et sa connaissance des villages littoraux. Elles disposent aussi davantage de supports pour les séances de formation et de sensibilisation disposent de documents (rapport, photos, cassettes audio - visuelles, etc..) qui leur permettent d’avoir une meilleure connaissance du littoral béninois et de ses habitants, d’évaluer le degré de leur contribution à la restauration et conservation des écosystèmes de ce littoral et de mieux orienter leurs actions futures pour une contribution plus efficace. De plus, ils sont de plus en plus connus des populations de cette zone qui leur reconnaisse à juste titre leur participation dans l’amélioration de leur environnement.

Les femmes bénéficiaires sont plus informées et conscientes des problèmes de gestion durable de leurs ressources. En plus des différentes techniques acquises au cours des formations, on note une volonté réelle des femmes à entretenir et à pérenniser les acquis du projet que sont les plantations, l’utilisation des foyers économiques, la préparation de sel solaire, sans oublier l’intensification et la diversification des activités génératrices de revenus. Lorsqu’on compare la situation avant et après le projet, on se rend compte que les femmes ressentent moins la pénurie de bois énergie et leurs conditions de vie se sont légèrement améliorés selon leurs propos et certains indicateurs comme l’épargne, l’habillement, la morphologie, les dépenses, la santé, etc..

En ce qui concerne l’impact du projet, il est réel et positif. En plus des acquis évoqués au niveau des bénéficiaires directes, on se rend compte qu’à travers les activités menées avec ces femmes, ce sont toutes les communautés des villages littoraux concernés qui ont bénéficié du projet d’où la notion de bénéficiaires indirects. Plus proches des femmes, nous avons leurs ménages, à savoir les maris et enfants, dont les conditions de vie intimement liées à celles de ces femmes se sont aussi nécessairement améliorées. Plus loin, certaines personnes de ces villages prennent exemple sur les femmes en utilisant les foyers économiques, en envisageant l’expérimentation de la préparation de sel solaire, en plantant des arbres, en sollicitant des crédits et en épargnant à la CREP d’Avlékété, etc.. Tout cela va plus tard élargir l’impact du projet, la restauration de la mangrove et sa gestion rationnelle sur tout le littoral par les populations riveraines de même qu’une amélioration des conditions de vie des populations dans un cadre plus sain.

Les leçons à tirer sont les suivantes : il est important de ne pas surexploiter nos ressources naturelles car nous dépendons d'elles pour notre survie et celle de nos descendants. Certains interdits et coutumes laissés par nos ancêtres doivent être maintenues car elles permettent de préserver certaines espèces bienfaitrices.

Nous conseillons aux populations des autres villages de former des groupements, de replanter leur environnement et de mener des activités protectrices de l’environnement comme le sel solaire, l’utilisation de foyers économiques pour le sel, le fumage de poissons, l’huile de coco et les repas. Ceci permettra de conserver la diversité biologique dont nous dépendons tous.

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