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En juin 2009, Davi Kopenawa Yanomami, chamane de l’une des communautés Yanomami - ces Indiens, qui vivent au Nord du Brésil, près de la frontière du Venezuela, sont au nombre de 16 000 - a fait une tournée en Europe pour parler aux hommes politiques et à la presse. Il voulait s’assurer qu’une voix indigène pourrait se faire entendre au cours de la préparation à la conférence qui aura lieu à Copenhague en décembre 2009. Les réponses suivantes sont des passages de ses entretiens.

Avez-vous remarqué que le climat est en train de changer en Amazonie brésilienne ?

Nous qui vivons dans la forêt amazonienne, nous voyons la fumée de la pollution. Elle arrive jusqu’à nos terres. La pluie est en retard et le soleil se comporte bizarrement. Le monde est malade. Les poumons du ciel sont pollués. Le changement climatique dont vous parlez est dangereux pour nous ; il est dangereux pour nous tous. Nous savons que c’est une réalité. Nous les chamanes nous respectons et aimons le soleil et la lune, la lumière et l’obscurité et tout ce qui existe dans l’univers. Nos chamanes savent que la planète est en train de changer et que c’est un danger pour nous tous. Si vous continuez à tuer des gens et à détruire la nature pour extraire tout le pétrole, les minéraux et le bois, notre planète va tomber malade et nous mourrons tous, par le feu et par l’eau.

A votre avis, pourquoi les gens de l’extérieur provoquent-ils tant de dégâts dans les forêts ?

L’homme blanc a des racines profondes dans la ville. Il ne peut pas changer : son désir de posséder la terre le rend fou. Il veut obtenir toujours davantage de la terre, afin d’assurer la croissance de la ville. Il ne voit que ce qui se trouve en surface et sous le sol : le pétrole, l’or, les minéraux ; les routes, les voitures, les trains. Il ne peut pas être heureux. Les Yanomami, eux, sont différents : nous pensons et nous parlons avec l’âme de la terre, de l’eau, des rivières, des montagnes, de la lune, des étoiles et du soleil.

En 1992, les Yanomami ont remporté une grande victoire : Le gouvernement brésilien a expulsé les 20 000 orpailleurs qui avaient envahi le territoire Yanomami et fait de cette terre une vaste réserve pour les Yanomami sur 9,4  millions d’hectares. Quelle est la situation aujourd’hui pour les Yanomami ?

Depuis que le Président Lula a pris le pouvoir en 2002, il n’a rien fait pour les Yanomami, ni pour les autres Indiens. Il a fait des promesses mais il ne les a pas tenues. Je pense qu’il nous a oubliés. Trois mille orpailleurs sont revenus sur notre terre et il n’a rien fait. C’est la responsabilité du gouvernement que de les faire partir. Nous avons des droits. Nous sommes les propriétaires de la terre ; la police fédérale doit expulser les mineurs.

La politique des Blancs est difficile à comprendre pour nous Indiens, et même pour vous napë (les Non-Indiens). Qu’est ce que la politique a fait pour vous, napë ? Que savez-vous des partis politiques, des députés et des sénateurs ? Ils sont les seuls à se connaître. Et ce sont des charlatans, qui utilisent la politique pour s’emparer de nos terres.

Avez-vous d’autres ennemis aujourd’hui ?

Les producteurs de soja sont arrivés. Ils ont commencé par s’attaquer au territoire de frères dans le Parc National du Xingu. Ils y ont provoqué une destruction sévère. Ils ont fait disparaître les forêts et ils continuent à faire la même chose autre part. Mais ils n’ont pas encore osé planter du soja sur nos terres. Nous saurons les arrêter. Pour le moment, nos ennemis sont toujours les grands éleveurs de bétail et les orpailleurs.

Avez-vous d’autres problèmes ?

Nous avons peur des grandes entreprises minières. Les gouverneurs, les sénateurs et les députés essayent de faire passer une nouvelle loi minière au Congrès et de la faire signer par Lula. Ils réclament les droits miniers sur 60 % des terres qui sont sous nos forêts. C’est pourquoi nous sommes furieux contre Lula. Mais notre problème majeur actuellement est peut-être la santé. Le gouvernement ne fait pas assez. Il ne veut pas améliorer notre santé et il existe un grand nombre de personnes corrompues qui volent l’argent qui était destiné à notre santé. Les équipements médicaux, les médicaments et les équipes médicales restent dans les villes et n’arrivent pas jusqu’aux Yanomami.

Comment peut-on arrêter la destruction ?

Nous devons faire une alliance de tous les peuples indigènes qui luttent contre l’exploitation minière. Mais pas seulement avec les peuples indigènes. En effet, une telle union serait bien trop faible. Il nous faut nous unir avec les leaders d’autres peuples, non-Indiens, pour organiser un énorme rassemblement pour combattre les compagnies minières qui nous envahissent. L’union sera notre force. Nous nous battrons, non pas avec des armes ou de l’argent, mais en utilisant la force de la nature.

Quel message voulez-vous envoyer au monde à propos du changement climatique ?

Il va y avoir des discussions sur le changement climatique au niveau mondial. L’erreur des napë est qu’ils exploitent les richesses de la terre. Ils ne peuvent pas continuer ainsi. Pourquoi ? Pace que la terre et sacrée. Vous ne pouvez pas la détruire parce que le cœur de notre urihi (forêt) Yanomami constitue les poumons du monde. Il est crucial que les gouvernements mondiaux nous écoutent, nous les peuples indigènes qui vivons depuis des milliers d’années sur la planète. Il faut aider le monde quand il réclame de l’aide, quand il ne pleut pas ou quand il y a beaucoup de tonnerre et trop de pluie. Les shapiripë (les esprits chamaniques) savent comment aider le monde. Ils défendent la nature depuis bien longtemps ; ils ne défendent pas seulement les Yanomami, mais le monde entier, la planète. Tous, les politiques comme les Nations unies, doivent écouter et respecter la terre et mettre fin à la destruction qu’entraîne l’extraction de nos richesses.


Lectures complémentaires

http://www.survival-international.org/tribes/yanomami

http://www.socioambiental.org

http://fr.wikipedia.org/wiki/Davi_Kopenawa

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