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Quelles modes de production pour la semence paysanne ?

Par Abdoulaye SARR

Président du Gadec (Groupe d’Action pour le Développement Communautaire (Tambacounda – Sénégal) et Membre de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN)

Cette communication a été présentée à Djimini (Sénégal) le 7 mars 2009, à la foire des semences paysannes organisée par l’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences paysannes (ASPSP) et l’Association française Biodiversité Echange et Diffusion d’Expériences (BEDE)

Introduction

Notre intention à travers cette modeste communication est de susciter une réflexion sur la question de la problématique des semences paysannes. L’important étant de partager les différentes expériences et de s’enrichir mutuellement à travers cette rencontre. Mon intervention sera axée sur trois points essentiels :

1. Des éléments de vision de la semence dans les civilisations agraires africaines.

2. Un aperçu sur la situation de la semence paysanne au Sénégal

3. L’agrobiologie porteuse d’avenir pour la semence paysanne.

Quelques éléments de vision sur la semence dans les anciennes civilisations agraires Africaines

Les mythes Dogon, Bambara et Sérère convergent pour faire de la graine d’Acacia albida l’intermédiaire de la création du premier monde concernant l’origine de la vie. En effet l’énergie vitale insufflée à la graine d’acacia par le Créateur a joué un rôle important dans la transmission de la vie. Depuis lors l’Acacia albida selon nos traditions, est devenu l’arbre de la fécondité pouvant communiquer ses vertus par son propre symbolisme, à la naissance comme à la mort. Il est curieux de constater que cette espèce est jusqu’ici, grâce à son cycle inversé, la cheville ouvrière de l’agriculture et de l’élevage du paysan Sérére. Par contre, la graine de fonio est considérée comme la source de vie dans la seconde et nouvelle création du monde pour les Dogon du Mali. Et si dans cet élément si petit que constitue la graine de fonio, appelé Po, il y aurait un élément encore plus petit, mais important : la vie.

Or, la vie provient, pour les mythes de l’Afrique profonde, de la transcendance qui anime et renouvelle sans cesse les énergies du cosmos, elle en est Sacrée. Tout en demeurant l’objet d’une expérience humaine et spirituelle, le sacré est ce qui nous dépasse, et peut devenir redoutable et nuisible pour celui qui s’amuse avec l’ordre intime et secret des choses du monde. Des mythes et des légendes de l’Afrique des origines abondent dans ce sens, pour évoquer des abus de pouvoir ayant provoqué des désordres dans les temps originels. C’est pourquoi dans le cadre de l’agriculture traditionnelle les opérations culturales sont accompagnées par les rites d’inauguration: fêtes de prédication, chasse sacrée, des libations a l’esprit des ancêtres. « Ngam jam, o yas jam ; pluie dans la paix, Semailles dans la paix » est la première parole du paysan Sérère puisque dans sa pensée, la semence est un don de dieu qui contient les forces vives de l’univers.

II. Aperçu sur la situation de la semence au Sénégal

2.1. L’Agriculture traditionnelle

Les modes de production de la semence paysanne évoluent avec les différents systèmes culturaux. En agriculture traditionnelle, science, technique et religion font corps et apparaissent dans une relation entre le sacré et le profane, entre ce que nous voyons (le phénotype) et ce que nous ne voyons pas (ex : on introduit dans les semences une peau de porc-épic pour attirer les forces subtiles). Il serait alors impossible et incompréhensible pour un paysan de cette nature de considérer la semence comme une simple matière, soit selon la conception de la science actuelle : une sorte d’arrangement de molécules organiques gouvernées par une superbe molécule appelée ADN. L’éthique, la morale et le respect de la vie est au cœur de la production des semences, dans la mesure où la plante est un don du ciel, et c’est ce don qui la fait vivre.

Dans l’agriculture traditionnelle, le mode de production de la semence repose sur la sélection massale annuellement répété dans un contexte ou l’échange de pollen entre plantes sauvages apparentées telles que les graminées avec les plantes cultivées est relativement maîtrisée. Ici la biodiversité est le fondement de la vie. Les paysans des origines savent gérer les risques de la dégénérescence des formes cultivées, c’est à dire leur retour vers des formes proches de l’état sauvage, puisque la pureté des variétés homogènes sans diversité est très vulnérable aux parasites. Si la sélection est bien menée, la souche bien établie, les risques sont minimes. A la récolte, par exemple : le riz est attaché en bottillons par dessus le foyer, pour bénéficier de la chaleur du fumier, ce qui lui assure une bonne conservation contre les insectes et les maladies. C’est après seulement que la semence est prélevée et conservée dans un endroit approprié (canaris hermétiquement fermé, fûts etc..) en attendant les prochaines récoltes, ou alors elle fait l’objet d’un échange entre voisins amis et parents, qui vont la ressemer dans leurs champs.

Les rendements obtenus avec ces semences n’étaient pas spectaculaires, mais dépassaient les résultats médiocres de beaucoup de semences améliorées actuelles, avec une grande capacité pour s’adapter à des situations de stress extrême. Cette foire nous donne l’occasion d’échanger nos expériences donc de nous enrichir mutuellement dans ce domaine. Nous pouvons dire Dieu merci que ces connaissances ne soient pas totalement perdues dans les villages, elles résistent dans la mémoire des temps de quelques uns, et dans la pratique de beaucoup. Mais la connaissance intégrale issue de ces systèmes devient de plus en plus rare. Nous avons beaucoup à apprendre de ces savoirs anciens. Il ne s’agit pas pour nous de retourner aux anciens systèmes traditionnels pour répondre à la lettre à nos besoins car au Sénégal, ces systèmes ont été profondément déstructurés depuis le pacte colonial, en passant par les différentes interventions des états socialiste, puis libéral.

(A suivre...)

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