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alimentaire de 2004 – 2005 au Niger : Avons-nous tiré les leçons ? (Suite et fin)

Mariama ABDOUSSALAM Epouse HOUNSA

Témoignage fait en décembre 2007, pendant le Cours Régional sur "Les fondements holistiques pour l’évaluation et la régulation du génie génétique et des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) en Afrique"

DES FACTEURS CONJONCTURELS

Ils sont multiples :

•   L’arrêt précoce des pluies ; il s’en est suivi une attaque acridienne qui a entraîné une chute de la production agricole de 11%, et de celle pastorale de 40%, selon la FAO.

•   Une importante hausse des prix des céréales, qui atteint entre 75 et 80% par rapport à la moyenne sur 5 ans (Early Warning / Early Action, 2005). Ceci a contraint les éleveurs à brader leur bétail, afin de se procurer des céréales.

•   Une faible disponibilité en céréales au niveau national (ce qui explique d’ailleurs cette hausse exagérée des prix), en raison de :

•   La chute de la production agricole imputable à l’arrêt précoce des pluies et à l’invasion acridienne.

•   La spéculation entretenue par des commerçants détenteurs du monopôle de la vente des céréales dans les zones à forte production (Maradi, Zinder, Gaya).

•   La réduction des importations de céréales, due à la faible production en grains enregistrée dans les pays voisins exportateurs en 2004 (Bénin, Nigeria, Côte d’Ivoire, Ghana). Au Nigeria particulièrement, cette année-là, la demande intérieure en mil et sorgho avait fortement augmenté, en raison d’une politique gouvernementale visant à promouvoir le revenu des producteurs céréaliers, à travers notamment un contrôle strict des importations massives de riz et de blé.

Cela a alors induit la restriction des exportations vers les pays voisins dont le Niger.

•   Il semblerait aussi que les pays voisins exportateurs précédemment cités, du fait de la faible production enregistrée cette année-là, et donc de leur forte demande intérieure, avaient réussi à importer des céréales, à partir des zones à forte production du Niger.

•   La réaction tardive des autorités nationales et de la communauté internationale au pressant appel lancé par la société civile, le chef du gouvernement, en novembre 2004, sur un besoin d’approvisionnement en céréales de 78 000 tonnes pour compléter le stock de réserves nationales,

•   Etc……

Des facteurs conjoncturels qui ont contribué à donner à la crise une ampleur exceptionnelle, avec la surmédiatisation dont la crise a été l’objet. Une surmédiatisation à juste titre.

Du fait de l’augmentation exponentielle des admissions d’enfants malnutris dans les centres de récupération nutritionnelle, mis en place par l’ONG humanitaire Médecins Sans Frontières-Suisse (MSF-CH), dans la région de Zinder, cette organisation a senti l’extrême nécessité de faire un témoignage. De nos jours, grâce notamment à la toile mondiale (Internet), les informations circulent à travers le monde entier, à une vitesse inimaginable. On comprend pourquoi ce témoignage de MSF-CH a, en si peu de temps, eu l’effet escompté, celui de toucher le maximum de personnes, pour des réponses appropriées et en temps opportun, de la part du gouvernement nigérien et de la communauté internationale.

Mais quelles causes sous-tendent réellement ces fortes admissions d’enfants malnutris dans les centres de récupération nutritionnelle ?

A notre avis, la surmédiatisation était opportuniste.

En effet, entre les 2ème et 1ère moitiés respectives des années 2005 et 2006, certaines ONG internationales avaient purement et simplement instrumentalisé la crise. Beaucoup d’entre elles, en quête de nouveaux fonds pour financer leurs activités, avaient trouvé dans la crise une véritable aubaine. Pour certaines ayant des difficultés financières, la crise était plus que jamais, l’occasion rêvée de voir leur problème résolu.

Quelles leçons tirées ?

Au terme de cette rétrospective sur la crise alimentaire au Niger, on retiendra, outre le caractère multifactoriel de la crise, l’existence de facteurs structurels (conditions physiques, pauvreté, malnutrition, etc.), sur fond desquels, des causes conjoncturelles ont fortement contribué à son déclenchement. La réponse de la communauté internationale est tout a fait logique, mais peu suffisante car la pénurie ne peut rendre compte de la totalité de la malnutrition infantile qui sévit au Niger à l’état endémique. De plus, la contradiction observée entre l’état nutritionnel des enfants et la consommation alimentaire, à Maradi en particulier, n’est qu’une illustration de la réalité locale. L’importante prévalence de la malnutrition infantile dans certaines régions peut s’expliquer par la forte proportion de maladies diarrhéiques, des mères très jeunes à la naissance de leur bébé, et surtout par des habitudes alimentaires inappropriés. Exemple : l’allaitement retardé des nouveaux nés à 4-5 jours après la naissance et nourris à l’eau, aux tisanes et au lait de vache, la rapidité du sevrage au sein de la population haoussa, etc.

Par ailleurs, la mise en place des centres de récupération nutritionnelle, aurait eu pour effet imprévu d’accroître les admissions des enfants dans ces centres, compte tenu, notamment des rations alimentaires distribuées aux enfants, surtout à la fin de leur séjour. Les mamans, semblerait-il, en feraient une « mafia ». On comprend alors l’empressement de ces dernières à transporter leurs enfants dans ces centres, parfois sans aucun signe valable de malnutrition. Evidemment, dans ce cas, l’admission leur est purement et simplement refusée. Par ailleurs, des investigations menées pendant la période de la crise auraient malheureusement révélé que pour bénéficier de ces rations, certaines mamans étaient prêtes à provoquer sciemment des signes de malnutrition modérée voire sévères à leurs enfants. Tout ceci devrait contribuer à relativiser la situation de malnutrition et de crise alimentaire au Niger.

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