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GRAIN

Les variétés de riz Nerica, obtenues par un crosiement entre des riz africain et asiatique, sont actuellement qualifiées de « plantes miracles » susceptibles d’apporter à l’Afrique une révolution verte du riz annoncée depuis bien longtemps. Une puissante coalition de gouvernements, d’instituts de recherche, de semenciers privés et de bailleurs de fonds ont engagé une grande initiative pour diffuser les semences de Nerica dans l’ensemble des rizières du continent. Tous affirment que le Nerica peut développer les rendements et assurer l’autosuffisance de l’Afrique en matière de production rizicole.Cependant, hors des murs des laboratoires, le Nerica ne s’avère pas à la hauteur de la publicité tapageuse qui en est faite. Depuis que les premières variétés de Nerica ont été introduites en 1996, les expériences ont été mitigées chez les agriculteurs, qui signalent un certain nombre de problèmes. Le plus grave problème lié au Nerica est peut-être que sa promotion s’intègre dans un mouvement plus large d’expansion de l’agrobusiness en Afrique, qui menace de faire disparaître les fondements même de la souveraineté alimentaire de l’Afrique: les petits producteurs et leurs systèmes locaux d’utilisation durable de semences.

L’histoire du riz en Afrique est longue et variée. Les agriculteurs africains ont probablement domestiqué cette céréale en même temps que les agriculteurs asiatiques, il y a 3000 ans. Les paysans africains ont développé l’espèce Oryza glaberrima tandis que les paysans asiatiques ont développé Oryza sativa. Cependant, il y a environ 500 ans, Oryza sativa a été introduit en Afrique, et les paysans l’ont depuis adapté à leurs systèmes de riziculture, et ont développé de nombreuses variétés locales de l’espèce asiatique, faisant de l’Afrique un important centre secondaire de sa diversité.
Bien que le riz soit rapidement devenu la plus importante culture vivrière dans une bonne partie de l’Asie, la production de riz en Afrique sub-saharienne est longtemps restée cantonnée à certaines régions du continent. Même dans ces régions, la géographie du riz a été fragmentaire. En Afrique de l’Ouest, par exemple, alors que le riz est depuis longtemps l’une des principales cultures vivrières des populations vivant en Sierra Leone, en Gambie et en Guinée, il n’était qu’une culture vivrière secondaire au Bénin et au Nigéria il y a encore quelques décennies. À l’intérieur même des pays, l’importance du riz est très variable. En Côte d’Ivoire, le riz est depuis toujours un aliment de base chez les Bété de Gagnoa, mais ce n’est pas du tout le cas pour les Ivoiriens de Bonoua ou de Ferkéssédougou.

Aujourd’hui, pourtant, le riz est devenu l’une des plus importantes cultures vivrières de l’Afrique. Depuis l’époque coloniale, les gouvernements ont adopté des politiques favorisant le riz comme aliment de base pour les populations urbaines en pleine expansion. La production de riz sur le continent a augmenté, mais pas suffisamment pour suivre le rythme de la hausse de la consommation. Alors que la production rizicole en Afrique subsaharienne a connu une croissance annuelle de 3,23 % entre 1961 et 2005, la croissance annuelle de la consommation de riz a été de 4,52 % durant cette même période. Selon le Centre du riz pour l’Afrique (ADRAO), [1] le niveau d’autosuffisance en riz en Afrique subsaharienne a connu une baisse, passant de 112 % en 1961 à 61 % en 2006; ce qui veut dire qu’aujourd’hui le continent s’approvisionne sur le marché international du riz pour satisfaire environ 39 % de ses besoins de consommation en riz.2 Le coût de ces importations s’élève à presque 2 milliards de dollars par an.

Encadré 1: Le Nerica, les hybrides et les OGM

Les croisements interspécifiques entre Oryza sativa et Oryza glaberrima se soldent souvent par des échecs parce que leur descendance est généralement stérile. Pour empêcher ce phénomène, l’équipe de chercheurs du Nerica a pris la descendance issue des premiers croisements et ont effectué un rétrocroisement avec son parent Oryza sativa pour restaurer la fertilité et, ainsi, constituer un stock de semences.

Le Nerica est donc considéré comme un hybride interspécifique, mais pas du type normalement désigné par l’expression « semence hybride ». Ces semences hybrides sont produites grâce à une technique complexe qui fait intervenir essentiellement le croisement de deux parents très consanguins pour produire des semences identiques et qui se dégradent de façon significative après la première année. Les agriculteurs qui achètent des semences hybrides doivent acheter de nouvelles semences à chaque campagne agricole.

Le Nerica n’est pas non plus un OGM dans la mesure où il ne procède d’aucune modification génétique, même si des techniques biotechnologiques, comme le sauvetage d’embryon, ont été utilisées au cours du processus.

Les organisations paysannes dénoncent cette situation depuis des années. Elles soulignent que les politiques d’ajustement structurel imposées aux pays africains par les institutions financières internationales depuis les années 1980 ont remis en cause le soutien de l’État à l’agriculture et réduit ses possibilités de contrôler les frontières pour protéger la production locale contre le dumping du riz importé. Elles ont fait remarquer que, en délaissant la production locale du riz et en s’appuyant sur les importations et l’aide alimentaire, les gouvernements allaient détruire les moyens de subsistance des riziculteurs locaux, enrichir un petit nombre d’importateurs, et exposer leurs populations aux graves risques des hausses de prix sur le marché mondial. Avec la crise alimentaire qui sévit actuellement et un prix du riz qui a pratiquement doublé depuis 2002, les gouvernements africains commencent à réévaluer leur dépendance vis-à-vis des importations de riz et d’autres aliments de base. Aujourd’hui, tout le monde - les agriculteurs, les politiciens et les bailleurs de fonds - semble reconnaître que quelque chose doit être fait pour changer la situation.

Certains font valoir que la crise du riz en Afrique ne peut être résolue que par une augmentation de la production locale, grâce à une augmentation des rendements. Ils sont convaincus que le problème est essentiellement d’ordre technique, plus que politique. À leurs yeux, la culture traditionnelle du riz est inefficace et souffre d’un manque d’infrastructures, d’intrants chimiques et, en particulier, de semences à haut rendement comme celles qui ont transformé la culture du riz en Asie au cours de la Révolution verte des années 1960 et 1970. Pour eux, si les précédentes tentatives de faire évoluer la culture du riz en Afrique dans ce sens ont échoué, cela ne tient pas à l’approche, ou au mauvais choix des technologies, mais à l’absence de variétés améliorées adaptées aux conditions de culture en Afrique. Ils croient qu’ils ont maintenant trouvé la solution avec les variétés de riz Nerica (un acronyme qui vient de l’anglais “New Rice for Africa”, un nouveau riz pour l’Afrique).

Aujourd’hui, le Nerica suscite un très grand intérêt, et des investissements importants ont été consacrés à sa diffusion à travers l’Afrique. Cependant, au-delà de la publicité, il n’y a pas eu jusqu’à présent beaucoup de discussions concrètes sur les conséquences qu’un tel déploiement rapide et massif pourrait avoir pour le continent et surtout pour les paysans. L’expérience déjà acquise laisse supposer que le Nerica n’est pas à la hauteur de ses promesses et suscite d’importantes inquiétudes, tant au niveau de ses performances que de ses effets à long terme. La promotion du Nerica suit une logique « top-down » (du haut en bas) et menace la survie des variétés locales de riz et des autres cultures vivrières traditionnelles. En outre, la diffusion du Nerica est liée à la flambée des investissements privés dans de nouvelles filières de riz étroitement contrôlées par de grandes entreprises qui s’intéressent uniquement à l’agriculture industrielle, et aux profits qu’ils peuvent en tirer; ceci constitue une grave menace pour l’agriculture paysanne.

Le Nerica dans le berceau rizicole de l’Afrique

Le Nerica est présenté par ses promoteurs comme une « percée scientifique ». Le soi-disant « miracle » du Nerica tient au fait qu’il provient d’un complexe sauvetage d’embryons d’hybrides issus du croisement entre un riz asiatique Oryza sativa et un riz africain Oryza glaberrima. La première lignée de Nerica a été obtenue en 1994 par des chercheurs de l’ADRAO, [3] à partir du croisement d’une variété Oryza sativa japonica (WAB 56-104) et d’une variété africaine Oryza glaberrima (CG 14). Plusieurs autres lignées ont cependant été mises au point par les chercheurs de l’ADRAO, travaillant avec des chercheurs japonais dans le cadre du projet Inter-specific Hybridization Project (IHP) financé par le gouvernement du Japon, la Fondation Rockefeller (États-Unis) et le PNUD. Ces variétés interspécifiques de riz sont censées combiner les avantages du rendement élevé de leur parent asiatique et des caractéristiques d’adaptation aux conditions locales de leur parent africain.

La plupart des variétés Nerica introduites par l’ADRAO sont destinées à l’agriculture pluviale,qui représente environ 40 % de la superficie rizicole de l’Afrique de l’Ouest. Les rendements du riz local sont sans doute relativement faibles dans ces systèmes (environ une tonne par hectare en moyenne), mais leur biodiversité est incroyablement riche, malgré la pression constante de la pauvreté, la guerre, les expulsions des terres et les programmes de vulgarisation qui encouragent l’utilisation de variétés modernes. Pour ne donner qu’un seul exemple, une étude entreprise en 1983 auprès de 98 ménages du district de Mogbuama en Sierra Leone a établi que ces paysans semaient 59 variétés de riz différentes. L’étude a également révélé que ces paysans associaient le riz avec d’autres cultures dans leur exploitation, et qu’une ferme typique avec une douzaine de cultures sur un hectare, obtenait un rendement total de près de 4 tonnes. [4]

Tableau 1. Répartition des fonds de la BAD au projet de diffusion du riz Nerica (2003)

Pays

Montant (millions de $)

Bénin

2,0

Gambie

2,16

Ghana

3,67

Guinée

4,15

Mali

4,04

Nigeria

7,70

Sierra Leone

3,94

Au début, les chercheurs qui ont mis au point le Nerica ont affirmé que leur intention n’était pas de supprimer cette diversité au profit du Nerica. Ainsi, le Dr Monty Jones, chercheur de l’ADRAO à la tête du projet Nerica, explique-t-il : « Nous ne voulons pas remplacer les variétés locales, mais plutôt d’encourager les agriculteurs à intégrer le Nerica, et d’autres variétés nouvelles, dans leur portefeuille variétal. » [5] L’intégration de nouvelles semences n’est pas quelque chose de nouveau pour les paysans africains. Ils ont adopté l’Oryza sativa quand il est arrivé sur le continent il y a 500 ans, et ils ont également intégré plusieurs variétés modernes mises au point par les programmes de recherche nationaux au cours des dernières décennies. Les nouvelles variétés sont souvent mélangées aux variétés locales et participent au processus de sélection, contribuant ainsi au patrimoine génétique local. [6] Les paysans africains ont des systèmes de semence de riz si divers et si complexes qu’ils ont effectivement mis au point leur propre riz hybride interspécifique à partir d’Oryza sativa et d’Oryza glaberrima, bien avant que les chercheurs du Nerica aient entrepris de le faire.[7]

Les chercheurs du projet Nerica auraient dû se servir de ces systèmes de semences paysannes comme d’un point de départ pour leur programme. Ils ont cependant choisi de s’isoler dans leurs laboratoires, et de travailler avec des lignées conservées dans les banques de gènes du GCRAI. Ce n’est qu’après avoir mis au point les variétés Nerica, que le programme s’est tourné vers les agriculteurs.

L’équipe du projet Nerica craignait que les systèmes officiels de semences ne soient trop lents pour l’introduction de ces variétés. Ils ont alors décidé de poursuivre une stratégie de « sélection variétale participative » et un « système communautaire de production de semences » en collaboration avec certaines ONG et programmes de vulgarisation gouvernementaux, ce qui supposait notamment la mise en place dans les différents pays de sites de démonstration où des paysans viendraient évaluer les différentes variétés. C’était ensuite aux paysans de choisir les variétés qu’ils souhaitaient cultiver dans leurs champs, de faire la comparaison avec leurs variétés locales, et ensuite d’acheter les semences de variétés Nerica qu’ils avaient choisies pour l’année suivante. [8]

La Guinée a été l’un des principaux pays pilotes pour ce projet. En 1996-1997, l’ONG japonaise Sassakawa Global (SG) 2000 a lancé un projet Nerica avec l’ADRAO, et les services de vulgarisation du gouvernement. En 2000, près de 2000 sites de démonstration du Nerica ont été mis en place dans le pays et, selon le Ministre japonais des Affaires étrangères, plus de 12,5 millions de dollars ont été consacrés au développement et à la promotion du Nerica dans le cadre de ce programme. [9] Pourtant, même si la Guinée est rapidement devenue le plus grand producteur de semences de Nerica, seulement environ la moitié des agriculteurs associés au programme Nerica ont fini par adopter ces variétés. En 2003, seuls 50.000 hectares ont été semés avec des variétés Nerica dans l’ensemble du pays, soit moins de 10 % de l’ensemble des terres rizicoles. [10] Apparemment, les paysans guinéens ont préféré garder leurs propres variétés. En fait, une étude de 2003, portant sur près de 1 700 exploitations agricoles dans 79 villages guinéens, a révélé que plus de 80 % des variétés cultivées dans ces fermes étaient de variétés locales traditionnelles. [11]

Des résultats similaires ont été obtenus en Côte d’Ivoire, où des variétés Nerica ont été introduites en1996, et où le siège de l’ADRAO se situait jusqu’en 2005. Une enquête de l’ADRAO publiée en 2006, portant sur 1 500 agriculteurs dans 50 villages, a révélé qu’en moyenne chaque village avait connaissance de 25 variétés de riz : 21 variétés traditionnelles et 4 variétés modernes, dont une seule mise au point par l’ADRAO. L’étude a également révélé qu’en moyenne chaque agriculteur avait connaissance de 14 variétés de riz (12 traditionnelles et 2 modernes) et cultivait 4 variétés par saison (3 traditionnelles et 1 moderne). Seulement 28 % des agriculteurs interrogés par l’ADRAO avaient connaissance d’une variété de l’ADRAO, alors que 75 % d’entre eux avaient connaissance d’au moins une variété moderne. [12]

A la lumière de ces premières expériences de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, le Nerica aurait pu être considéré comme un succès relatif : une variété de riz intéressante parmi de nombreuses autres dans le « portefeuille » variétal du paysan. Pourtant, loin des champs des paysans, on commençait à présenter autrement le Nerica et à préparer le terrain politique pour ouvrir la voie à un grand succès comparable à la « révolution verte ».

La croisade Nerica

En 2002, après plusieurs années de manœuvres en coulisses, l’ADRAO et la Fondation Rockefeller ont réuni sept pays d’Afrique de l’Ouest pour constituer l’Initiative africaine pour le riz (ARI) et son organe exécutif, le Consortium Nerica pour la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne. L’objectif déclaré de ce groupe était « d’appuyer la diffusion et la dissémination rapides des variétés de riz Nerica aux agriculteurs pauvres d’Afrique subsaharienne. » [13]

L’ARI a mis en place un secrétariat et a élaboré un plan pour la mise en œuvre du projet. Les ressources financières ont été obtenues en 2003, par le biais d’un financement de la Banque Africaine de Développement (BAD), d’un montant de 35 millions de dollars, dont 27 millions de dollars de prêts, pour la diffusion des variétés Nerica dans les sept pays cibles (voir Tableau 1). Les prêts ont été mis à disposition en 2005, une fois que les pays ont rempli les conditions requises de la BAD. Des fonds supplémentaires ont également été fournis par l’Agence de coopération internationale du Japon (JICA), la Banque Mondiale, l’USAID, et, plus récemment, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui est financée par la Fondation Bill & Melinda Gates. Le gouvernement japonais a aussi signé un certain nombre d’accords bilatéraux pour soutenir des projets Nerica gérés par la FAO : 900.000 $ chacun pour la Sierra Leone et le Ghana, 1,37 million de dollars pour le Burkina Faso et plus de 2,7 millions de dollars pour l’Ouganda.

Ce que l’ARI n’a pas mentionné publiquement, c’est qu’elle avait été constituée principalement pour répondre à une «crise de qualité des semences » qui affectait la diffusion du Nerica. [14] Dans le cadre du système de semences Nerica la production de semences s’effectue en grande partie à la ferme et certains, au sein du projet Nerica, s’inquiétaient du fait qu’on aboutissait ainsi à une « contamination » des stocks de semences qui compromettait la pureté du Nerica. [15] Pourtant, pour les systèmes de semences paysans, et surtout pour les systèmes de semences de riz en Afrique, une telle « contamination » est inhérente à l’innovation ; les paysans mettent au point leurs semences locales à travers un processus permanent dans lequel les semences sont mélangées, sélectionnées, expérimentées et partagées. [16] Le souci de « pureté » de l’équipe du Nerica laisse penser que la décision d’adopter un système de semences communautaires visait plus la diffusion la plus large possible du Nerica qu’une réelle intégration avec les systèmes de semences existant.

Le plan d’action de l’ARI pour augmenter la production de semences et veiller à la “qualité des semences” n’a pas été très bénéfique de ce point de vue. Il a mis en place un système plus centralisé dans lequel l’ADRAO est en charge de la sélection des plants et de la production des semences de pré-base. Cependant, sur le terrain, il n’y a guère eu d’intégration avec les systèmes de semences des paysans. Pour des raisons inexpliquées par les chercheurs, les semences Nerica ne sont pas sauvegardées par les paysans, et ne circulent pas d’un paysan à l’autre comme c’est toujours le cas avec les semences locales. [17] En fait, les semences Nerica sont souvent expédiées à des communautés dans le cadre des opérations de secours des organismes gouvernementaux ou distribuées par les ONG. [18] Il n’est pas rare non plus que des contrats soient conclus avec des organisations paysannes pour la production de semences, par des ONG ou des agences gouvernementales. Dans plusieurs programmes Nerica nationaux la production des semences est aux mains de quelques compagnies financières et de personnalités bénéficiant de relations politiques qui ont accès à de vastes zones de terres.

Au Mali, un seul producteur de semences fournit l’essentiel des semences Nerica subventionnées dans le cadre de l’initiative nationale sur le riz. Bakary Togola, l’ancien Président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agricultures du Mali, et l’un des principaux partisans de cette initiative lorsqu’il siégeait à ce poste, a déclaré qu’il a gagné 124 .000 $ en vendant des semences Nerica en 2007, et qu’il allait doubler la surface de ses terres consacrées à la production des semences et la porter à 160 hectares en 2008. [19] De même, en Gambie, le producteur de semences Suleyman Mboob a indiqué qu’il avait gagné plus de 26 000 $ en vendant les semences Nerica produites sur ses 25 hectares. Selon l’ONU, la FAO a versé à Kamtech, une société d’importation de riz en Guinée, plus de 600,000 $ pour des semences de riz destinées à ses opérations de secours en Sierra Leone et en Guinée. En Ouganda, où des millions de dollars ont été avancés pour renforcer l’approvisionnement en semences de Nerica, deux entreprises de semences ont reçu le droit exclusif de produire et de vendre des semences pour les deux plus récentes variétés de Nerica introduites dans le pays. [20] Les promoteurs du Nerica ont beau prétendre que ces mesures visent à assurer la qualité des semences, cela n’a pas empêché la vente de « fausses semences » et de semences Nerica de « mauvaise qualité ». [21]

Les lois sur les semences récemment instituées dans la plupart des pays ciblés par le projet Nerica ne feront que renforcer cette tendance. Ces lois exigent que les nouvelles variétés soient inscrites au catalogue et elles imposent des restrictions, voire des interdictions sur la vente ou sur l’échange des semences non certifiées. [22] Le Mali, par exemple, a bloqué les importations de semences de Nerica venant de la Guinée, car ces dernières n’avaient pas été produites conformément aux normes maliennes. [23] Pourtant, les organismes qui assurent la promotion du Nerica exigent une harmonisation et un respect plus strict de ces lois en Afrique.

En fait, il est de plus en plus évident que le projet Nerica voit dans le secteur privé le moteur principal de l’augmentation de la production de semences de « qualité ». « La contrainte que nous avons en Afrique sub-saharienne pour la diffusion du Nerica est le manque de semences. Nous essayons donc de réduire ces contraintes en invitant le secteur privé à investir dans la production de semences », explique le Dr Akintayo Innoussa, Coordonnateur de l’ARI. [24]

En Mai 2008, la JICA, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et l’AGRA ont mis en place une Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (CARD), présentée comme la nouvelle plate-forme centrale pour le Nerica. Dans sa déclaration fondatrice, la CARD critique la faible productivité des pratiques agricoles traditionnelles en Afrique et déclare qu’elle va doubler la production de riz en Afrique sub-saharienne en diffusant de plus en plus de semences Nerica et d’intrants chimiques aux agriculteurs par le biais du secteur privé. La CARD n’a formulé qu’un vague engagement à « étudier l’applicabilité » du système de production de semences à base communautaire et a annoncé son soutien aux entreprises privés et aux « agriculteurs contractuels » produisant des semences certifiées de variétés de Nerica inscrites. La CARD a par ailleurs exhorté les pays participants à « accélérer la procédure d’inscription des variétés » pour accélérer leur mise sur le marché. [25] Dans le même esprit, le Directeur général de l’ADRAO, Dr Papa Abdoulaye Seck, au cours de la 26e session du Conseil des ministres de l’ADRAO en septembre 2007, a déclaré aux gouvernements africains que « la législation semencière encourage la participation du secteur privé à l’approvisionnement et au commerce des semences. » [26]

L’ADRAO elle-même se comporte de plus en plus comme une entreprise privée. En 2002, elle a déposé la marque de commerce « Nerica » aux États-Unis, obtenant ainsi les droits exclusifs sur l’usage de ce nom. De façon encore plus choquante, l’ADRAO a proposé, dans son plan stratégique pour 2003-2012, la création d’une société de semences, « WARDA Inc. », qui travaillerait directement avec l’agrobusiness ! La création de WARDA Inc reste en discussion. [27]

Nerica, l’agrobusiness et la ruée vers l’Afrique

La diffusion du Nerica dans les champs des paysans s’appuie plus sur des programmes extérieurs que sur la demande des paysans euxmêmes. Délibérément ou non, le Nerica s’est intégré à une vague d’investissements privés qui ébranle l’agriculture africaine. Une illustration de cette situation est fournie par l’Ouganda, l’un des rares pays qui a déjà acquis une expérience longue et approfondie sur le Nerica.

L’histoire du Nerica en Ouganda remonte à 1996, lorsque Tilda, une filiale de l’entreprise britannique United Rice Land, l’un des plus grands producteurs et négociants de riz basmati indien, a repris l’exploitation de la rizière Kibimba, à environ 140 km à l’est de Kampala. Cette rizière, qui était à l’origine un projet de la coopération chinoise dans les années 1970, a été exploitée par les paysans de la région jusqu’à sa privatisation et sa vente à Tilda. Avec un prêt de 2,4 millions de dollars, et une garantie de 3,5 millions de dollars de la Banque mondiale, Tilda a entrepris une vaste réhabilitation et une expansion de la rizière, prévoyant notamment de porter à 36 000 tonnes la capacité annuelle de l’usine. La société a expulsé les paysans de la rizière, a lancé sa propre production et a commencé à bombarder les champs de riz (et les communautés environnantes) avec des pulvérisations aériennes de pesticides. [28] Ainsi, Tilda est rapidement devenu le plus grand producteur et fournisseur de riz en Ouganda, et un important exportateur vers les pays voisins.

L’une des grandes difficultés auxquelles Tilda a été confronté a été d’identifier une variété de riz qui permettait des rendements élevés, sans être détruite par les ravageurs et les maladies locales. En 1999, la société a engagé un sélectionneur de l’ADRAO, qui a amené avec lui 30 variétés de l’ADRAO. L’une de ces variétés a obtenu de bons résultats dans la rizière de Tilda et, de plus, la société s’est rendu compte que certaines de ces variétés de l’ADRAO, en fait les variétés Nerica, étaient bien adaptées à l’agriculture pluviale qui se pratiquait dans la région. Tilda a alors vu la possibilité de lancer un grand programme de production contractuelle avec les paysans des environs pour fournir le riz dont Tilda avait besoin pour faire tourner son usine à pleine capacité.

Tableau 2. Quelques projets du secteur privé dans la filière du riz en Afrique

Bénin
Le Groupe Tundé, détenu par Razaki Babatunde Ollofindji, est en train de promouvoir le riz Nerica d’une opération agro-industrielle plus large qu’il met en place au Benin. Cette opération comprend toute une gamme d’activités, qui vont des semences à la commercialisation, en passant par la distribution des intrants chimiques et la minoterie.

Cameroun
En mai 2008, la chaine de télévision française TF1 a réalisé une émission d’investigation sur la prise du contrôle de 10 000 hectares de terres camerounaises pour la production locale du riz par un homme d’affaires chinois, Jianjun Wang. Les travailleurs camerounais engagés par la ferme sont convaincus que le riz est destiné à l’exportation vers la Chine.

Guinée
En 1996, la Guinée a créé  avec l’entreprise malaise Bernas Company, une joint-venture du nom de SOBERGUI, pour produire du riz sur une surface irriguée de 3 000 hectares. En 1997, elle a réalisé une opération du même type avec la Chine, à travers le SIGUICODA, sur 1 800 hectares. Récemment, la SOBERGUI a été vendue à un homme d’affaires et importateur de riz guinéen, El Hadj Alsény Barry, qui dirige la Société africaine pour l’industrie et le commerce (SAFRICOM).

Liberia
En décembre 2007, une entreprise financière libyenne (Libyan African Investment Portfolio) dont le siège est en Suisse, a investi 30 millions de dollars américains dans un énorme projet rizicole au Liberia, dans le cadre d’un accord avec une ONG locale (Foundation for African Development Aid). Le gouvernement libérien a octroyé à la joint-venture, dénommée ADA/LAP Inc, une concession foncière de plus de 17 000 ha pour une production de riz destinée aux marchés local et international, dont sûrement la Libye elle-même.
Avec l’appui du gouvernement chinois, la Longping High-Tech Agriculture Company a mis en place le Centre de démonstration des technologies agricoles au Liberia où elle assure la formation des populations locales à la production d’une variété de riz hybride, le LP121. La même firme gère un autre projet sur le riz hybride au Sierra Leone.

Mozambique
Depuis 2006, selon une étude faite par le fils de Ramos Horta, le président du Timor oriental, le gouvernement chinois investit dans un projet de développement d’infrastructures, de réforme politique, de recherche, d’information et de formation afin de renforcer la production rizicole au Mozambique pour l’exportation vers la Chine. L’Eximbank a déjà octroyé un prêt de deux milliards de dollars US ainsi qu’une promesse de 800 millions de dollars supplémentaires pour ces activités. Quelques 10 000 migrants chinois participent aux travaux. Des contrats entre les deux gouvernements et des accords fonciers sont toujours en négociation.

Nigeria
VeeTee Rice, une entreprise de commerce du riz basée en Angleterre, est en train de monter un projet de production du riz dans l’État de Ogun qui mobilise 25 000 à 30 000 paysans nigérians. La firme VeeTee fournira les semences dites à haut rendement, ainsi que des intrants à travers un système de crédits.
Le Groupe Stallion, dont le siège est à Dubaï, a engagé un projet de production rizicole régional qui s’élève à 1,2 milliard de dollars US en partenariat avec le ministère nigérian de l’Agriculture et des Ressources hydriques. L’entreprise a comme but la production annuelle de 2,25 millions de tonnes de riz au Nigéria et de 500 000 tonnes supplémentaires au Ghana. Elle investit dans la fourniture des machines agricoles, l’augmentation des capacités en minoterie et une usine qui produira, sur place, 700 000 tonnes d’engrais par an.
Olam, une filiale du groupe singapourien Kewalram Chanrai, élargit son projet de production de riz sous contrat au Nigeria. Le projet associe actuellement 6 000 paysans dans sept États. Il s’étendra à 250 grands exploitants supplémentaires sur 10 000 ha dans l’État de Benue grâce à un programme de crédits de plusieurs millions de dollars géré par le gouvernement fédéral et la First Bank nigériane.

Ouganda
Tilda Company, basée en Angleterre, gère une plantation rizicole de 600 ha irrigués où 600 paysans produisent du riz sous contrat. Il envisage d’augmenter de 50 % la superficie du projet d’ici peu.

Rwanda
La firme agro-industrielle australienne ICM vient de prendre le contrôle de la gestion de deux projets rizicoles, concernant 2 000 ha au total, au Rwanda. Ces projets ont été acquis dans le cadre d’un programme de privatisation dans lequel les agriculteurs eux-mêmes vont devenir actionnaires. L’ICM précise qu’elle envisage le développement de grosses fermes industrielles qui utilisent de nouvelles technologies.

Sierra Leone
Une joint-venture germano-vietnamienne, le Groupe Agricole Vedico, a monté une ferme de vulgarisation et de formation sur un terrain de 110 ha près de Mange Bureh. La firme a fait venir des semences et des paysans du Viet Nam et est en train de former les paysans locaux. Elle va bientôt commencer à créer de grandes exploitations rizicoles et, dans le cadre d’un programme intitulé « Le riz pour l’Afrique », elle proposera des actions dans le projet au prix de 2 500 dollars par hectare. Vedico a indiqué qu’il envisage des opérations du même type au Ghana et au Nigéria.

Tanzanie
En 2008, une entreprise chinoise, Chongqing Seed Corp, a annoncé avoir choisi 300 ha pour la production de son riz hybride en Tanzanie. Elle débutera en 2009. La firme passera des contrats avec des paysans locaux qui produiront du riz pour l’exportation vers la Chine. Chongqing a monté un projet similaire au Nigéria il y a quelques années.

Tilda a alors contacté l’ONG SG 2000 et une autre ONG financée par l’USAID, Investment in Developing Export Agriculture (IDEA), et les trois entités ont lancé ensemble un vaste programme de Nerica avec la mise en place de sites de démonstration à travers le pays. En 2002, deux variétés de Nerica destinées à l’agriculture pluviale ont été introduites. Nalweyo Seed Company (NASECO), une société privée de semences appartenant à un entrepreneur belge, a été choisie comme principal fournisseur de semences et FICA, un négociant d’intrants ougandais appartenant à l’entreprise Afro-Kai, a été chargé de l’approvisionnement en herbicides. [29] Ce programme de Tilda est essentiellement un système de production contractuelle où la société fournit à crédit les semences et les intrants aux agriculteurs, qui sont obligés de vendre leur récolte à Tilda. Avec l’initiative du riz lancé en 2004 par le vice-président du pays et financée par le Japon, d’autres sociétés sont maintenant en train de se lancer dans ce type de programmes de production de riz contractuelle avec le Nerica.

Avec la diffusion généralisée du Nerica dans le pays, l’Ouganda est devenu un exportateur de riz. Quelles ont été les conséquences pour les paysans ? La diffusion du Nerica, une culture de rente en Ouganda, remplace la production de cultures vivrières et entraîne les paysans dans une situation précaire du fait des arrangements contractuels signés avec les grandes entreprises. Une enquête entreprise par le gouvernement ougandais en 2007 auprès des paysans de la zone où intervient Tilda a révélé que deux tiers des producteurs de riz estimaient qu’il était moins avantageux pour les agriculteurs de produire sous contrat avec Tilda. Parmi les problèmes majeurs, les paysans ont surtout souligné les exigences strictes du contrat et les prix faibles payés par Tilda (environ 0,30 $/kg pour le riz sec). De plus, certains des paysans sous contrat avec Tilda se sont plaints de la qualité des semences ! [30]

Une histoire similaire se déroule actuellement au Bénin. Le Groupe Tunde, société contrôlée par Razaki Babatunde Ollofindji, un homme d’affaires lié à l’actuel Président de la République du Bénin, est engagé dans une campagne nationale de promotion de la production des semences Nerica. Avec l’appui d’une initiative présidentielle de riz, Babatunde Ollofindji prévoit la création d’une grande filière pour le riz, avec une intégration complète de la production des semences jusqu’à la commercialisation du riz. Le riz Nerica de Tunde servira à fournir les usines que la société a l’intention d’établir à l’intérieur du pays, en vue de l’exportation vers le Nigéria. [31]

Mais le Nerica n’est pas la seule nouvelle semence utilisée par l’agrobusiness. Cette année, le gouvernement du Libéria a accordé une concession de15 000 hectares à une entreprise helvéto-libyenne pour la production de riz hybride (voir tableau 2). [32] Le gouvernement a aussi négocié une concession de terres pour la production de riz sur 2 000 hectares avec une société, et une autre avec une société chinoise sur 300 hectares. [33] Dans le même temps, la Banque mondiale, par l’intermédiaire de ses Fonds d’urgence pour la crise alimentaire, va fournir au Libéria 40 millions de dollars en prêt au cours des quatre prochaines années. Ce prêt servira en grande partie à l’approvisionnement en semences « améliorées » et en engrais, à la conversion des terres à la riziculture à grande échelle, et à supprimer les taxes sur l’importation du riz. [34] Le tableau 2 présente différents projets récents de riziculture dans le secteur privé en Afrique.

Encadré 2: Aller vers une vraie souveraineté alimentaire*

Au Bénin comme dans tous les pays africains, nous pensons qu’il faut vite sortir des programmes d’urgence, et des initiatives riz, pour mettre en place des programmes de développement de riz local. Pour cela, il faut :

•  évaluer les programmes nationaux de riz en Afrique, avant la fin de l’année 2008, et en tirer des éléments pour la mise en œuvre de programmes à plus long terme d’aménagement des rizières ;

•  réaliser dès maintenant une filière céréalière digne de ce nom, organisant de façon systématique et systémique la production nationale des céréales, la mise sur le marché et la transformation, avec un accent particulier sur le riz ;

•  prévoir des autonomies régionales dans la filière ;

•  la mise sur le marché doit assurer un bon prix rémunérateur aux producteurs ;

•  réguler de façon souveraine l’importation du riz, de sorte que progressivement, d’année en année, le riz localement produit remplace le riz importé.1

1 - JINUKUN, Synergie Paysanne et GRAIN, « Resisting transnationals – the experience of farming families in south-west Benin », Seedling, octobre 2008, http://www.grain.org/seedling/?id=566

* - René Segbenou, Déclaration liminaire à la conférence de presse du 10 Juin 2008, Cotonou, BENIN.

La frontière entre philanthropie et affaires est souvent brouillée dans ces investissements privés. Par exemple, en Sierra Leone, le Groupe Vedico, une co-entreprise européenne-vietnamienne, a mis en place un site de démonstration et de formation sur le riz sur un terrain de 110 hectares, près de la ville de Mange Bureh. La société a fourni des semences et fait venir des agriculteurs du Vietnam, et est maintenant en train de former des travailleurs agricoles. Elle se prépare à créer bientôt de vastes exploitations rizicoles, dans le cadre d’un programme intitulé « Riz pour l’Afrique » qui propose des actions dans ce projet à 2500 $ l’hectare. La société veut maintenant étendre le projet au Ghana et au Nigéria. [35]

L’investissement dans l’agriculture n’est pas une mauvaise chose. Il est évident que des efforts bien supérieurs doivent être déployés pour soutenir la production de riz en Afrique et réduire sa dépendance vis-à-vis des importations. Le problème est toutefois que les investissements qui affluent actuellement sur le continent sont strictement orientés vers l’agriculture industrielle, soit dans le cadre de projets de production à grande échelle, soit dans le cadre de programmes de production contractuelle avec des paysans. Pour prendre un autre exemple, au Nigéria, en 2004, le Président a lancé une initiative nationale sur le riz afin de promouvoir la production de riz domestique. L’initiative propose plusieurs mesures destinées à encourager les principaux importateurs de riz à s’impliquer dans la production locale. Une de ces sociétés est Olam, une filiale du groupe Kewalram Chanrai de Singapour, et l’un des plus grands négociants de produits agricoles de base. Au Nigeria, Olam possède une usine de fabrication de pesticides et d’engrais chimiques, ainsi qu’une filière de riz avec une base de production qui s’étend sur sept États et à la quelle participent 6 000 agriculteurs contractuels. L’entreprise est en train d’élargir sa filière de riz avec l’appui de l’USAID, qui fournira les variétés de riz et les services de vulgarisation, et le soutien de plusieurs gouvernements d’États nigérians, du gouvernement fédéral et de la First Bank qui vont mettre des millions de dollars de prêts à la disposition des producteurs sous contrat avec Olam. Dans l’État de Bénoué, Olam a déjà passé des contrats avec 250 gros producteurs qui cultiveront du riz sur 10 000 hectares de terres. [36]

Dans ce contexte, le projet Nerica est en train de mettre en place les fondations d’un système de semences qui répondra aux besoins de l’agro-business, en développant des variétés adaptées et des réseaux de producteurs de semences, et intégrera les paysans africains dans des réseaux gérés par de grandes entreprises. Plus que toute autre chose, cela pourra bien être la contribution la plus durable de la révolution verte Nerica.

Les réalités de terrain de l’expérience Nerica

L’autre élément clé du programme Nerica, au-delà de la mise en place de l’infrastructure pour la production de semences, c’est la propagande. Le Nerica est vanté comme la semence de la nouvelle révolution verte en Afrique, et bien de choses ont été dites à propos de ses qualités. Mais jusqu’à présent, le battage médiatique autour du Nerica, généré essentiellement par l’ADRAO et des bailleurs de fonds comme l’AGRA et la JICA, est très éloigné de l’expérience sur le terrain.

Les promoteurs du Nerica vantent essentiellement ses rendements plus élevés, sa précocité, sa résistance aux stress locaux, et sa haute teneur en protéines. Un panel du Conseil scientifique du GCRAI conteste certaines de ces allégations. Dans un rapport sur l’ADRAO de juillet 2008, ce panel souligne que « des questions se posent encore sur le fait de savoir si ces caractéristiques se manifestent pleinement parmi les variétés Nerica et si les conclusions auxquelles on est arrivé jusqu’ici sont confirmées par les données agro-physiques. »

Sur les performances du Nerica jusqu’ici, le panel a mis en avant les points suivants :

L’impact de l’adoption du Nerica sur les rendements dans les champs des paysans est hétérogène : chez certains paysans, il n’y a aucune augmentation des rendements quand ils adoptent le Nerica.

Les preuves de la tolérance à la sécheresse chez les variétés Nerica sont toujours limitées, malgré les prévisions optimistes en ce domaine.

Peu d’informations sont disponibles sur la tolérance à la chaleur parmi les variétés Nerica.

La précocité peut être à l’origine de dégâts par les oiseaux si seulement quelques agriculteurs cultivent le Nerica dans certains endroits ; ces dégâts apparaissent comme une contrainte majeure.

Comme la paille de ce riz [Nerica] est courte, les femmes doivent se pencher plus pour le récolter à la faucille. Cela est plus pénible et plus difficile que la récolte des riz à paille longue. La paille courte est également désavantageuse si elle est utilisée pour le fourrage, les toitures ou à d’autres fins.
Le panel a estimé que « les données qui montreraient que l’ADRAO a tenu compte des leçons tirées de ces difficultés sont limitées. » Il a également averti que « la crédibilité scientifique de l’ADRAO serait compromise si l’Association n’avait pas de stratégie de recherche forte et équilibrée pour évaluer ces difficultés. » Le panel va plus loin et déclare sans mâcher ses mots :

« Les institutions qui dépendent uniquement des dons financiers pour leur survie sont souvent amenées à surestimer la valeur de leurs résultats potentiels afin de satisfaire les bailleurs de fonds. Les innovations scientifiques sont, par définition, des évènements uniques et il est difficile de maintenir le niveau d’intérêt des bailleurs sur une longue période. La surestimation des potentiels de la recherche a un impact immédiat sur le soutien apporté par les bailleurs, qui récompensent les avancées. Mais ceci a un coût à long terme : la perte de confiance de la communauté scientifique quand les résultats de la recherche ne confirment pas les prétentions initiales ... Le panel juge que l’ADRAO elle-même devrait être plus prudente sur la question du Nerica et la manière dont elle est communiquée, qui relève parfois d’un optimisme exagéré. » [37]

Au Bénin, par exemple, une vaste campagne est dirigée vers les agriculteurs, qui prétend que le Nerica va leur donner des rendements sans précédent. Mais où en est la preuve ? Les plus récents essais en champs du Nerica, menés par l’INRAB et des scientifiques japonais à cinq endroits, avec quatre variétés Nerica au cours de la saison des pluies de 2007, se sont heurtés constamment à des problèmes ; des rongeurs ont ravagé un champ, un autre a reçu trop d’engrais chimiques, un troisième a subi de faibles précipitations tandis qu’un quatrième a été inondé. Les chercheurs affirment qu’ils n’ont pu parvenir qu’à une « évaluation raisonnable » à l’un des endroits à cause de ces problèmes, alors qu’il s’agit des difficultés auxquelles les agriculteurs sont confrontés quotidiennement. Une autre étude sur la sélection participative des variétés Nerica menée par l’ADRAO au Bénin (Dassa et Glazoué) et au Nigéria (Kogi, Ogun et Ebonyi) a établi que les préférences des paysans pour les variétés de riz étaient très variables et que le Nerica et d’autres variétés modernes n’ont pas montré un « fort avantage technologique » par rapport à la variété locale qui avait été incluse dans l’étude. [38]

Les observations et les enquêtes que le réseau JINUKUN et GRAIN ont menées sur le terrain au Bénin ont également permis de constater plusieurs échecs dans la culture du Nerica. Dans certains villages le Nerica a été ravagé par des rats et des oiseaux et plusieurs paysans ont rencontré des problèmes avec la main d’œuvre. Au Centre du pays, dans la région de Glazoué, où le Projet de diffusion du Nerica par le Ministère de l’agriculture a démarré depuis plus de trois ans, le rendement des Nerica 1, 2 et 4 n’a été que de trois tonnes à l’hectare, au lieu de sept tonnes annoncées.
Le riz Nerica est, de façon générale, une variété exigeante par rapport aux variétés locales ; il nécessite plus de travail, plus de soins et, surtout, plus d’engrais. [39] Pour en tirer les résultats annoncés par les promoteurs du Nerica, les paysans doivent avoir un bon accès à des intrants et à des services de vulgarisation. Dans certains cas, les semences Nerica sont fournies gratuitement avec un paquet d’engrais et de pesticides. Pourtant dans la majorité des cas, les paysans ne reçoivent que des semences et, s’ils reçoivent les engrais, il n’y a aucune garantie que les subventions qui rendent leurs prix abordables seront maintenues. En effet, la gestion de la fertilité des sols est déjà apparue comme l’un des principaux problèmes avec le Nerica en Ouganda et en Guinée. [40] Les promoteurs du Nerica feront bien d’écouter les conseils de Té Adjarra, paysan béninois du village de Kolokondé (Commune de Djougou) qui dit, à partir de l’expérience locale avec le Nerica : « Chaque semence de riz a son sol. »

Avec les variétés de la Révolution verte en Asie, il y a toujours eu une énorme différence entre les rendements que les chercheurs ont pu obtenir dans leurs stations expérimentales et les rendements obtenus dans les champs des paysans. Cet écart n’a jamais été comblé. Le Nerica suit le même chemin. Une étude que l’ADRAO a réalisée elle-même en 2003-2004 sur l’expérience des agriculteurs avec le Nerica dans les deux pays qui cultivent ce riz depuis longtemps, la Guinée et la Côte d’Ivoire, a montré que le Nerica n’a pas d’impact significatif sur les rendements. Ceci pourrait peut-être expliquer pourquoi le Nerica n’a été adopté que par 53 % des agriculteurs à qui il a été proposé en Guinée et seulement 38 % des agriculteurs en Côte d’Ivoire. [41] Et ceci explique sans doute pourquoi, lorsque les agriculteurs ne reçoivent pas des semences gratuites ou à bon marché, ils cessent d’utiliser les semences Nerica. [42]

Conclusion

Le riz africain a été créé par des paysans africains et il appartient à eux tous. L’ADRAO, avec le soutien des gouvernements de tous les continents, mais surtout d’Afrique et d’Asie, présente le Nerica comme « sa propriété » (marque déposée). D’une façon générale, malgré les dénonciations et les luttes des organisations paysannes pour le respect de leurs connaissances endogènes sur les semences, et la prise en compte de leurs intérêts dans les politiques agricoles nationales et régionales, la priorité accordée généreusement au Nerica en dit long sur la façon dont la politique agricole est définie en Afrique.

En effet, la place accordée à ce « Nouveau riz pour l’Afrique » par tous les ministères de l’agriculture en général, et les instituts de recherche agronomique nationaux et internationaux en Afrique, indique, s’il en était encore besoin, l’important soutien politique dont il bénéficie, au détriment du riz traditionnel adapté aux conditions environnementales africaines. C’est ainsi que, pendant des millénaires, il a contribué à la survie des populations guinéennes, maliennes, libériennes et ivoiriennes, pour ne citer que celles-là. Dans ces conditions, et dans l’intérêt des peuples et des générations futures, l’on est en droit de se demander comment aller vers la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire produire ce que l’on consomme, et consommer ce que l’on produit, comme du temps de nos ancêtres ? Ce qui ne signifie absolument pas que l’on est rétrograde comme certains se plaisent à le dire. Bien au contraire, comme le dit un proverbe béninois, « c’est au bout de l’ancienne corde qu’il faut tisser la nouvelle », en valorisant le travail multiséculaire des agriculteurs sur le riz africain.

Par ailleurs, s’il est difficile de changer les habitudes alimentaires du jour au lendemain, un des avantages de la crise alimentaire actuelle est d’amener les Africains à se poser des questions sur leur propre consommation alimentaire, qui a subi des modifications avec la colonisation et le développement des villes, et de ce fait, sur leur propre identité. Pour y arriver, il faudrait cependant que la recherche agronomique portant sur la biodiversité et les semences locales traditionnelles en général, et sur la valorisation du riz en particulier, soit réorientée en mettant le producteur de riz au centre du système, au lieu de l’utiliser comme « testeur » de Nerica, et d’ouvrir la voie à la mainmise de l’agrobusiness sur les rizières de l’Afrique. C’est dans ce contexte que le syndicat paysan béninois Synergie Paysanne (SYNPA) et JINUKUN (Réseau national pour une utilisation durable des ressources génétiques – Point focal au Bénin de COPAGEN (Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain)) ont fait des propositions au cours de la conférence de presse qui a eu lieu le 10 juin 2008 sur la crise alimentaire (Voir encadré 2).

Les pays où les semences Nerica sont mis à l’essai ou fournis aux agriculteurs

africa map

[couleur noir] Semences Nerica fournies aux paysans

[couleur gris] Champs d’essai de riz Nerica

 


1 - Le Centre du riz pour l’Afrique a été autrefois l’Association pour le developpement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (ADRAO).
2 - ADRAO, Tendances rizicoles en Afrique -- Vue d’ensemble sur l’évolution du secteur rizicole en ASS, Synthèse 2007, http://tinyurl.com/7knj5u
3 - L’ADRAO, un des membres du Groupe Consultatif de Recherche Agronomique Internationale (GCRAI), est composée de 22 pays membres : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Côte d’Ivoire, Egypte, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Ouganda, Sénégal, Sierra Leone, République centrafricaine, République du Congo, République démocratique du Congo et Togo. Depuis janvier 2005, le Centre fonctionne à partir de Cotonou, Bénin, après avoir quitté son siège de Bouaké, en Côte d’Ivoire, à cause de la guerre civile dans ce pays. Il a des stations régionales de recherche près de St Louis au Sénégal, et à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) à Ibadan au Nigeria, http://tinyurl.com/5msnje
4 - Billie Lee Turner et Stephen Brush (eds), Comparative Farming Systems, New York, Guilford Press, 1987.
5 - ADRAO, Annual Report 2001–2, Features.
6 - Edwin Nuijten, “Farmer management of gene flow: The impact of gender and breeding system on genetic diversity and crop improvement in The Gambia”, thesis, University of Wageningen, 30 novembre 2005.
7 - Malcolm Jusu, “Management of genetic variability in rice (Oryza sativa L and O. glaberrima Steud.) by breeders and farmers in Sierra Leone,” doctoral thesis, University of Wageningen, 21 decembre 1999; M. B. Barry et al., “Genetic diversity of the two cultivated rice species (O. sativa & O. glaberrima) in Maritime Guinea: Evidence for interspecific recombination”, Euphytica (2007) 154: 127–37.
8 - H.E. Gridley et al., “Development of New Rice for Africa (Nerica) and participatory varietal selection”, Conference Paper, 2002, http://tinyurl.com/6dzjov
9 - MOFA (Japan), “Nations Promoting Dissemination of Nerica”, July 2006, http://tinyurl.com/5f245g
10 - Voir “Module 14” de: E.A. Somado, R.G. Guei and S.O. Keya (eds), “Nerica: the New Rice for Africa – a Compendium: 2008 edition”, ADRAO, 2008.
11 - M.B. Barry et al., “Recent changes in varietal diversity of rice in Guinea”, in Plant Genetic Resources: Characterization and Utilization, 2 septembre 2008.
12 - E.A. Somado, R.G. Guei and S.O. Keya (eds), “Nerica: the New Rice for Africa – a Compendium: 2008 edition,” ADRAO, 2008.
13 - See http://tinyurl.com/66oche and http://www.warda.org/ari/
14 - CGIAR Science Council, “Report of the Fifth External Program and Management Review of the Africa Rice Center”, janvier 2008.
15 - A. Babatunde Obilana et Bernard N. Okumu, “Interspecific Hybridisation between African and Asian Rice Species: Evaluation Study Report”, UNDP, SU/SSC et ADRAO, October 2005, p. 16.
16 - Malcolm Jusu, “Management of genetic variability in rice (Oryza sativa L and O. glaberrima Steud.) by breeders and farmers in Sierra Leone”, doctoral thesis, University of Wageningen, 21 decembre 1999.
17 - CGIAR Science Council, “Report of the Fifth External Program and Management Review of the Africa Rice Center”, janvier 2008.
18 - ADRAO, “Nerica Contributes to Record Rice Harvest in Africa”, 3 mai 2007, http://tinyurl.com/6d6ojb
19 - Mariétou Konaté, “Initiative Riz: Les propositions de Bakary Togola”, Soir de Bamako, 23 avril 2008; Y. Coulibaly, “Initiative Riz ou Initiative Famine”, Inter (Bamako), 4 août 2008; Gouvernement du Mali, “Initiative riz dans la region de Sikasso: La campagne agricole 2008–2009 se porte bien”, 14 juillet 2008, http://tinyurl.com/6j9bcm
20 - FICA Seeds a obtenu le droit à Nerica-1 et NASECO a eu le droit à Nerica-10. ASARECA – Technology Uptake and Up-scaling Support Initiative, “Three commercial upland rice varieties (Nerica-1, Nerica-10 and Nerica-4) for uptake by farmers”, http://tinyurl.com/5h4gu7
21 - Voir le rapport de Self Help Development International – Uganda Annual Report 2005, http://tinyurl.com/5zfkh4
et, un rapport de Afrique Vert du 30 septembre 2008 sur la situation au Mali. http://tinyurl.com/6d3egr
22 - GRAIN, “Lois sur les semences in Africa: Un tapis rouge pour les sociétés privées”, Seedling, juillet 2005, http://www.grain.org/seedling/?id=402
23 - A. Babatunde Obilana et Bernard N. Okumu, “Interspecific Hybridisation between African and Asian Rice Species: Evaluation Study Report”, UNDP, SU/SSC and ADRAO, octobre 2005.
24 - Ibid.
25 - JICA/AGRA, “Coalition for African Rice Development (CARD)”,29 mai 2008, http://tinyurl.com/64wcyo
26 - Papa Abdoulaye Seck, “Rice Crisis: Myth or Reality”, 28 September 2007, http://tinyurl.com/5easxm
Une version française intitulée “Crise alimentaire, la solution in Africa” est disponible ici http://tinyurl.com/5kderx
27 - CGIAR Science Council, “Report of the Fifth External Program and Management Review of the Africa Rice Center”, janvier 2008.
28 - Government of Uganda, “Uganda Participatory Poverty Assessment PPA II: Bugiri District Draft Report”, juillet 2002.
29 - “Uganda IDEA: Building Foundations for Agribusiness”, Final Report, 2004, http://tinyurl.com/5g6s4k
ADRAO, “The Africa Rice Center – Recognizing WARDA’s Role in sub-Saharan Africa”, http://tinyurl.com/5p4c6r
30 - Ministry of Trade, Tourism & Industry of Uganda, “Contract Farming, Smallholders and the Commercialization of Agriculture in Uganda: The Case of Sorghum, Sunflower, Rice, and Poultry Contract Schemes”, study commissioned by the Uganda Programme for Trade Opportunities and Policy, 2007, http://tinyurl.com/5rroxs
31 - Site web de Tunde Agro Business, http://tinyurl.com/6lqls9
32 - Melissa Chea-Annan, “GOL, ADA Sign Agreement to Increase Rice Production”, The Inquirer (Monrovia), 9 April 2008. Site web de ADA est http://adalap.com/
33 - “Govt’s Response To Global Commodity Price Increase”, The Analyst (Monrovia), 30 juin 2008.
34 - Voir http://tinyurl.com/5eqbz5
35 - Voir http://tinyurl.com/6qpqyr
36 - “Firm Gets Certificate Over Parboiled Rice”, Daily Trust (Abuja), 6 mars 2008. http://www.chanrai.com/africagroup
Simeon Nwakaudu, “Obasanjo wants greater private sector investment in agric. ”, 2 mai 2008; Sulaiman Adenekan, “Firm to invest $1.5m on rice processing plant”, http://tinyurl.com/6obz4g
John Akpodovhan, “Nigeria’s First bank partners Benue State to increase rice production”, The Tide, 7 août 2008, http://tinyurl.com/6db692
Peter Duru, “First Bank, Olam, Farmers Co-operatives sign N500m MOU”, 10 juin 2008.
37 - CGIAR Science Council, “Report of the Fifth External Program and Management Review of the Africa Rice Center”, janvier 2008.
38 - J. Daniela Horna, Melinda Smale and Matthias von Oppen, “Farmer Willingness to Pay for Seed-Related Information: Rice Varieties in Nigeria and Benin”, EPT Discussion Paper 142, septembre 2005.
39 - Voir, par exemple, ADRAO, “Nerica Rice Crop Management”, http://tinyurl.com/68qlhy
40 - Yoko Kijima, Keijiro Otsuka et Dick Sserunkuuma, “Assessing the Impact of a Nerica on Income and Poverty in Central and Western Uganda”, FASID Discussion Paper Series on International Development Strategies, août 2007; A. Babatunde Obilana et Bernard N. Okumu, “Interspecific Hybridisation between African and Asian Rice Species: Evaluation Study Report”, UNDP, SU/SSC and ADRAO, octobre 2005.
41 - Voir “Module 14” de E.A. Somado, R.G. Guei and S.O. Keya (eds), “Nerica: the New Rice for Africa – a Compendium: 2008 edition,” ADRAO, 2008.
42 - CGIAR Science Council, “Report of the Fifth External Program and Management Review of the Africa Rice Center”, janvier 2008; D. Spencer et al., “Evaluation of adoption of Nerica and other improved upland rice varieties following varietal promotion activities in Nigeria: A study for the Gatsby and Rockefeller Foundations. Final report”, 2006.

 

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